gôy גּוֹי

Strong H1471 · nom masculin · nation · 555 occurrences

Un peuple considéré comme une entité politique, avec son territoire, sa langue et son gouvernement. Au pluriel, les gôyim désignent le plus souvent les nations étrangères à Israël, mais la promesse faite à Abraham les inclut dans le dessein de Dieu.

Racine et étymologie

Le mot gôy n'est rattaché à aucun verbe hébreu connu. Certains lexicographes ont proposé un lien avec gēw, « dos, corps », ou avec gewiyyāh, « corps, cadavre », comme si la nation était d'abord un « corps » de personnes. Ce rapprochement reste une hypothèse : la Bible ne joue jamais sur ce lien, et il est plus prudent de définir le mot par ses emplois. On le trouve dès les généalogies de la Genèse, où il appartient au vocabulaire de la classification des peuples.

La « table des peuples » de Genèse 10 en donne la définition implicite : les descendants de Noé se répartissent « selon leurs familles, selon leurs langues, selon leurs pays, selon leurs nations ». Le gôy est donc une unité politique et géographique, distincte de la famille (mišpāḥāh) et de la langue. C'est un terme plus extérieur, plus institutionnel que ʿam, « peuple », qui évoque plutôt la parenté et la communauté.

Au pluriel, gôyim devient peu à peu un terme technique pour les peuples autres qu'Israël, d'où l'usage juif postérieur de « goy » pour désigner un non-Juif. Mais dans la Bible le singulier s'applique sans difficulté à Israël lui-même : « une nation sainte » (Ex 19.6). Le lexique de STEPBible relève aussi un emploi figuré pour un essaim d'insectes (Jl 1.6) et le nom propre Goyim, royaume de Tidéal (Gn 14.1).

Sens et emplois

  1. Peuple organisé sur un territoire

    Le sens de base : une population définie par sa terre, sa langue et ses clans. Genèse 10 classe ainsi l'humanité dispersée après le déluge, sans jugement de valeur.

    « selon la langue de chacun, selon leurs familles, selon leurs nations. »Gn 10.5, Segond 1910
  2. Israël, nation promise

    La promesse fondatrice : la descendance d'Abraham deviendra un gôy, c'est-à-dire une entité politique durable, avec une terre, et non seulement un clan.

    « Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai; »Gn 12.2, Segond 1910
  3. Une nation mise à part

    Au Sinaï, Israël reçoit sa vocation : être un gôy comme les autres par son organisation, mais différent par sa consécration à Dieu.

    « vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. »Ex 19.6, Segond 1910
  4. Les nations étrangères

    Au pluriel, le mot désigne très souvent les peuples païens, en particulier dans les Psaumes et les prophètes, où ils apparaissent comme puissances hostiles à Dieu et à son oint.

    « Pourquoi ce tumulte parmi les nations, »Ps 2.1, Segond 1910
  5. Une multitude, au sens figuré

    Joël compare l'invasion de sauterelles à une armée de peuple étranger : le mot sert alors à décrire une masse innombrable et organisée.

    « Car un peuple est venu fondre sur mon pays, Puissant et innombrable. »Jl 1.6, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit gôy presque toujours par ἔθνος (ethnos), dont le pluriel τὰ ἔθνη devient dans le Nouveau Testament le nom ordinaire des « païens » ou « Gentils ». Le grec reprend ainsi la distinction hébraïque : λαός (laos), qui traduit ʿam, est réservé au peuple de Dieu, tandis que ἔθνη désigne les autres peuples.

Cette répartition éclaire des textes majeurs. Quand Jésus envoie les disciples « faire de toutes les nations des disciples » (Mt 28.19), c'est πάντα τὰ ἔθνη : l'horizon de Genèse 12 et d'Ésaïe 2 s'ouvre. Jacques, à Jérusalem, résume le renversement : Dieu a choisi « du milieu des nations un peuple » (Ac 15.14), ex ethnôn laon. La Vulgate rend le mot par « gens » ou « gentes », d'où le français « Gentils ». Segond alterne « nation » et « peuple » selon le contexte, ce qui masque parfois la différence avec ʿam.

Le débat

Gôy et ʿam désignent-ils deux réalités différentes, ou sont-ils de simples synonymes ?

La distinction de Speiser reste utile : gôy regarde la nation de l'extérieur, comme corps politique, ʿam de l'intérieur, comme communauté. Mais le parallélisme poétique montre qu'il ne faut pas en faire une règle absolue. Le sens « païens » est un usage du pluriel, non le sens premier du mot.

Portée théologique

Le mot gôy porte une tension qui traverse toute l'Écriture. Israël est appelé à devenir une nation, avec une terre et des institutions, mais une nation « sainte », c'est-à-dire différente. Il n'est pas arraché à l'humanité des nations de Genèse 10 : il est mis à part pour elles, puisque la promesse à Abraham annonce que « toutes les nations de la terre » seront bénies en lui.

Les Psaumes et les prophètes montrent les nations en révolte contre Dieu, mais aussi en marche vers Sion pour apprendre ses voies (És 2.2-4). Le Nouveau Testament voit dans l'Église la réalisation de cette espérance : des croyants « de toute nation » forment un seul peuple. Pour la prédication, le mot rappelle que la foi biblique ne nie pas les appartenances nationales, mais les relativise : aucune nation n'est le salut, et aucune n'en est exclue.

Chaîne : Les nations dans le dessein de Dieu

  1. Gn 10.5 La table des peuples : « C'est par eux qu'ont été peuplées les îles des nations selon leurs terres, selon la langue de chacun, selon leurs familles, selon leurs nations. »
  2. Gn 12.2 Une grande nation : « Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. »
  3. Gn 17.4 Père d'une multitude de nations : « Voici mon alliance, que je fais avec toi. Tu deviendras père d'une multitude de nations. »
  4. Ex 19.6 Une nation sainte : « vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. Voilà les paroles que tu diras aux enfants d'Israël. »
  5. Dt 4.6 Un témoignage aux yeux des peuples : « Vous les observerez et vous les mettrez en pratique; car ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples, qui entendront parler de toutes ces lois et qui diront: Cette grande nation est un peuple absolument sage et intelligent! »
  6. Ps 2.1 Le tumulte des nations : « Pourquoi ce tumulte parmi les nations, Ces vaines pensées parmi les peuples? »
  7. És 2.4 La paix entre les nations : « Il sera le juge des nations, L'arbitre d'un grand nombre de peuples. De leurs glaives ils forgeront des hoyaux, Et de leurs lances des serpes: Une nation ne tirera plus l'épée contre une autre, Et l'on n'apprendra plus la guerre. »
  8. Mt 28.19 Toutes les nations disciples : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, »
  9. Ac 15.14 Un peuple tiré des nations : « Simon a raconté comment Dieu a d'abord jeté les regards sur les nations pour choisir du milieu d'elles un peuple qui portât son nom. »
  10. Rm 15.10 Nations, réjouissez-vous : « Il est dit encore: Nations, réjouissez-vous avec son peuple! »
  11. Ap 7.9 La foule de toute nation : « Après cela, je regardai, et voici, il y avait une grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue. Ils se tenaient devant le trône et devant l'agneau, revêtus de robes blanches, et des palmes dans leurs mains. »

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Bibliographie

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