poreuomai πορεύομαι
Strong G4198 · verbe (moyen-passif déponent) · aller, marcher, s'en aller · 152 occurrences
Le verbe grec du déplacement orienté : partir vers un but, faire route. Dans la Bible, il désigne aussi la manière de vivre, la « marche » devant Dieu, et devient chez Luc le verbe du chemin de Jésus vers Jérusalem et de l'envoi des disciples.
Racine et étymologie
Le verbe se rattache au nom πόρος, « passage, gué, voie », et à toute une famille indo-européenne liée à l'idée de traverser : le latin porta (« porte ») et portus (« port ») en sont des cousins éloignés. À l'actif, πορεύω signifiait en grec classique « faire passer, transporter ». Mais cet actif a presque disparu à l'époque hellénistique : il ne reste guère que la voix moyenne πορεύομαι, « se faire passer », c'est-à-dire « se mettre en route, aller ».
La nuance propre de πορεύομαι, par rapport au simple ἔρχομαι (« venir, aller »), est l'orientation : on part de quelque part vers un but. Le verbe convient donc aux départs, aux missions, aux voyages et aux congés (« va »). Il a donné plusieurs composés que le Nouveau Testament emploie aussi : εἰσπορεύομαι (« entrer »), ἐκπορεύομαι (« sortir », dit notamment de l'Esprit en Jn 15.26), παραπορεύομαι (« passer le long de »), προπορεύομαι (« marcher devant »).
Le sens figuré, « se conduire, vivre de telle façon », existe déjà en grec profane, mais il prend dans la Bible une importance considérable sous l'influence de l'hébreu, comme on le verra dans la passerelle. Le Nouveau Testament compte un peu plus de cent cinquante emplois, dont plus de la moitié dans l'œuvre de Luc (évangile et Actes).
Sens et emplois
Aller, se rendre quelque part
Le sens concret et le plus fréquent : un déplacement vers un lieu précis. Chez Luc, ce mouvement prend une valeur théologique : Jésus « dresse sa face » vers Jérusalem, où l'attendent la croix et l'élévation.
« Jésus prit la résolution de se rendre à Jérusalem. »Lc 9.51, Segond 1910
Partir en mission, être envoyé
À l'impératif ou au participe, le verbe introduit un envoi. Le participe πορευθέντες ouvre le grand ordre missionnaire de Matthieu : le départ fait partie de la mission elle-même.
« Allez, faites de toutes les nations des disciples, »Mt 28.19, Segond 1910
Marcher, se conduire
Sous l'influence de l'hébreu hālak, « marcher » signifie vivre selon une règle. Zacharie et Élisabeth « marchaient » dans les commandements ; Segond le rend ici par « observant ».
« Tous deux étaient justes devant Dieu, observant d'une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur. »Lc 1.6, Segond 1910
S'en aller, mourir, être congédié
Le verbe peut désigner le départ définitif : Jésus annonce son départ vers le Père, qui est à la fois sa mort et son retour auprès de Dieu, pour préparer une place aux siens.
« Je vais vous préparer une place. »Jn 14.2, Segond 1910
« Va » : la parole qui renvoie
L'impératif πορεύου clôt souvent une rencontre avec Jésus. Ce n'est pas un simple congé : la personne est renvoyée dans sa vie avec une parole qui la transforme.
« Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. »Jn 8.11, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, πορεύομαι traduit avant tout l'hébreu hālak (H1980), « aller, marcher », l'un des verbes les plus fréquents de l'Ancien Testament. Or hālak ne dit pas seulement le déplacement : « marcher avec Dieu » (Gn 5.24), « marcher dans ses voies » (Dt 10.12), « marcher humblement » (Mi 6.8) désignent la vie entière orientée vers Dieu. En adoptant πορεύομαι pour hālak, les traducteurs ont chargé le verbe grec de cette dimension éthique et religieuse.
C'est ce qui explique les emplois figurés du Nouveau Testament : l'Église « marchant dans la crainte du Seigneur » (Ac 9.31), les païens « marchant dans la dissolution » (1 P 4.3). Paul, lui, préfère pour ce sens un autre verbe, περιπατέω (« circuler, se promener »), qui traduit lui aussi hālak et dont il fait le verbe de la conduite chrétienne. Le fond hébraïque est le même : la vie de foi est une route. La Vulgate rend généralement le verbe par ire ou ambulare.
Le débat
Le voyage de Jésus vers Jérusalem dans l'évangile de Luc (Lc 9.51 à 19.28) est-il un itinéraire réel ou d'abord une construction théologique ?
- Une construction théologique (Hans Conzelmann, Die Mitte der Zeit, 1954) : Luc organise son évangile selon une géographie théologique : Galilée, voyage, Jérusalem. Le récit de voyage manque de repères précis et sert à montrer Jésus marchant vers sa passion selon le plan de Dieu ; les verbes de marche (πορεύομαι) en sont le fil conducteur.
- Un souvenir historique remanié (exégèse plus conservatrice) : Les évangiles attestent plusieurs montées de Jésus à Jérusalem. Luc regroupe des traditions authentiques autour d'un voyage réel, même s'il en ordonne librement le contenu. Les deux dimensions, histoire et théologie, ne s'excluent pas.
Le cadre de voyage est très peu géographique (Jésus est encore entre Samarie et Galilée en Lc 17.11), ce qui donne raison à Conzelmann sur l'intention théologique. Mais le schéma « marcher vers Jérusalem » repose sur un fait solide : Jésus est bien monté à Jérusalem pour y mourir. Le verbe dit à la fois un chemin réel et le sens de ce chemin.
Portée théologique
La Bible pense volontiers la foi comme un chemin. Abram « part » sur une simple parole, Israël marche au désert, les sages opposent la voie des justes à celle des méchants. En reprenant πορεύομαι, le Nouveau Testament hérite de cette image : croire, c'est se mettre en route derrière quelqu'un qui marche devant.
Luc en fait la structure même de son évangile. Jésus ne subit pas sa passion : il y marche, résolument, parce qu'« il faut » qu'il aille à Jérusalem (Lc 13.33). Le fils prodigue, lui, se lève et va vers son père : la conversion est un retour à pied, un mouvement du corps autant que du cœur. Et le Ressuscité renvoie les siens sur les routes du monde : « Allez ».
Pour la prédication, le petit mot « va » prononcé par Jésus mérite attention. Il ne congédie pas ; il envoie. À la femme pardonnée, au docteur de la loi après la parabole du Samaritain (« Va, et toi, fais de même », Lc 10.37), il rend la responsabilité d'une vie nouvelle. La grâce ne fige pas le croyant : elle le remet en marche.
Chaîne : La vie comme une marche
- Gn 5.24 Hénoc marchait avec Dieu : « Hénoc marcha avec Dieu; puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit. »
- Gn 12.4 Abram part sur la parole : « Abram partit, comme l'Éternel le lui avait dit, et Lot partit avec lui. Abram était âgé de soixante-quinze ans, lorsqu'il sortit de Charan. »
- Ps 1.1 Ne pas marcher selon les méchants : « Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, Qui ne s'arrête pas sur la voie des pécheurs, Et qui ne s'assied pas en compagnie des moqueurs, »
- Mi 6.8 Marcher humblement avec Dieu : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l'Éternel demande de toi, C'est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. »
- Mt 28.19 Allez vers les nations : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, »
- Lc 1.6 Des justes qui marchent : « Tous deux étaient justes devant Dieu, observant d'une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur. »
- Lc 9.51 Le visage tourné vers Jérusalem : « Lorsque le temps où il devait être enlevé du monde approcha, Jésus prit la résolution de se rendre à Jérusalem. »
- Lc 15.18 Le fils qui revient : « Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai: Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, »
- Jn 14.2 Je vais préparer une place : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Si cela n'était pas, je vous l'aurais dit. Je vais vous préparer une place. »
- Ac 9.31 L'Église en marche : « L'Église était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie, s'édifiant et marchant dans la crainte du Seigneur, et elle s'accroissait par l'assistance du Saint-Esprit. »
Mots apparentés
- hālak הָלַךְ : aller, marcher
- erchomai ἔρχομαι : venir, aller
- exerchomai ἐξέρχομαι : sortir, partir
- derek דֶּרֶךְ : chemin, voie, conduite
- aperchomai ἀπέρχομαι : s'en aller, partir
Autres mots du thème « Foi, espérance, amour »
- ʾāman : être ferme ; croire
- bāṭaḥ : se confier, être en sécurité
- yirʾāh : crainte
- ʾāhav : aimer
- šālôm : paix, bien-être, intégrité
- pistis : foi, confiance, fidélité
- elpis : espérance
- agapē : amour, charité
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Assis sur un trottoir de Chicago : la conversion de Billy Sunday (Billy Sunday, 1886)
- Guillaume Farel et le vote de Neuchâtel pour l'Évangile en 1530 (Guillaume Farel, 1530)
- L'amertume changée en douceur : François d'Assise et le lépreux (François d'Assise, vers 1205)
- La brebis renversée sur le dos et le berger qui la relève (La brebis, XXe siècle)
- La loupe qui allume le feu : la force d'une lumière concentrée (La lentille, depuis l'Antiquité)
- Le sermon qui devait ruiner Spurgeon : la « régénération baptismale » (Charles Spurgeon, 5 juin 1864)
- Le temple qui ne fut jamais rebâti : Julien l'Apostat à Jérusalem (Julien l'Apostat, 363)
- Les brebis qui reconnaissent la voix de leur berger en Orient (Le berger d'Orient, XIXe siècle et toujours)
- Les cent de Mount Hermon : naissance d'un mouvement missionnaire (Dwight L. Moody, juillet 1886)
- Simon de Cyrène et Simeon de Cambridge : un verset pour tenir (Charles Simeon, fin du XVIIIe siècle)
- Un baptême dans la rivière Lark : le jour où Spurgeon perdit ses craintes (Charles Spurgeon, 3 mai 1850)
- Un homme à genoux : la soirée qui changea George Müller (George Müller, novembre 1825)
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker, William F. Arndt, F. Wilbur Gingrich, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000. voir sur Amazon
- Theological Dictionary of the New Testament, éd. Gerhard Kittel et Gerhard Friedrich, vol. 6, art. « πορεύομαι ». voir sur Amazon
- James Hope Moulton et George Milligan, The Vocabulary of the Greek Testament, Londres, Hodder and Stoughton, 1930. voir sur Amazon
- Hans Conzelmann, Die Mitte der Zeit. Studien zur Theologie des Lukas, Tübingen, Mohr, 1954. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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