Anecdote pour la prédication · Église et communion
Polycarpe et Anicet : en désaccord, mais à la même table
Vers le milieu du IIe siècle, le vieil évêque Polycarpe quitte Smyrne pour Rome. Il vient rencontrer Anicet, évêque de la ville, au sujet de plusieurs questions, dont une qui divise déjà les Églises : la date de la fête de Pâques. En Asie, on la célèbre le quatorzième jour du mois lunaire, quel que soit le jour de la semaine, selon un usage que Polycarpe dit tenir de l'apôtre Jean et des autres disciples qu'il a connus. À Rome, on la fête le dimanche.
Les deux hommes discutent. Aucun ne parvient à convaincre l'autre : Anicet ne peut persuader Polycarpe d'abandonner la coutume reçue des apôtres, et Polycarpe ne peut amener Anicet à renoncer à celle de ses prédécesseurs. Mais ils ne rompent pas. Selon le témoignage d'Irénée de Lyon, qui fut disciple de Polycarpe, ils restent en communion, et Anicet, par déférence, cède à son hôte l'honneur de célébrer l'eucharistie dans son Église. Ils se quittent en paix.
Ce même séjour montre pourtant que Polycarpe n'était pas un homme sans convictions. Irénée rapporte qu'il ramena à l'Église plusieurs personnes égarées par des doctrines contraires à l'Évangile. Lorsque Marcion, qui rejetait l'Ancien Testament et le Dieu créateur, l'aborda en lui disant : « Reconnais-nous », le vieil évêque répondit : « Je te reconnais : tu es le premier-né de Satan. »
Une génération plus tard, quand l'évêque de Rome Victor menaça de rompre avec les Églises d'Asie pour cette même question de Pâques, Irénée lui rappela l'exemple de Polycarpe et d'Anicet : on peut différer sur une coutume sans briser la paix.
Pour la prédication
L'anecdote aide à distinguer ce qui touche le cœur de l'Évangile, où Polycarpe ne transige pas, et ce qui relève des usages, où il garde la communion malgré le désaccord. Utile pour prêcher sur l'unité de l'Église et le support mutuel dans les questions secondaires.
Versets à lire
« Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur. Celui qui mange, c'est pour le Seigneur qu'il mange, car il rend grâces à Dieu; celui qui ne mange pas, c'est pour le Seigneur qu'il ne mange pas, et il rend grâces à Dieu. »Rm 14.5-6 (Segond 1910)
« en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres avec charité, vous efforçant de conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix. »Ep 4.2-3 (Segond 1910)
« Bien-aimés, comme je désirais vivement vous écrire au sujet de notre salut commun, je me suis senti obligé de le faire afin de vous exhorter à combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes. »Jd 1.3 (Segond 1910)
Mots hébreux et grecs
ekklēsia : assemblée, Église eirēnē : paix alētheia : vérité