Anecdote pour la prédication · Grâce
« Vous seul avez saisi la question essentielle » : Luther répond à Érasme
Pendant des années, Érasme a refusé de prendre parti publiquement contre Luther. Il partage beaucoup de ses critiques contre les abus de l'Église, mais il redoute le désordre et la rupture. Pressé par le pape, par des princes et par le roi d'Angleterre, il finit par écrire contre lui. Il choisit un sujet précis : en 1524 paraît sa « Diatribe sur le libre arbitre ».
Érasme y défend, avec prudence et élégance, l'idée que l'homme garde une part de liberté pour coopérer avec la grâce de Dieu en vue du salut. Il ajoute que, sur des questions aussi obscures, il vaudrait mieux ne pas trop affirmer.
Luther répond en décembre 1525 par un long traité, « Du serf arbitre ». Il y soutient que l'homme pécheur ne peut se tourner vers Dieu par ses propres forces, et que le salut dépend entièrement de la grâce. Il reproche à Érasme de se dérober : le chrétien, écrit-il, aime les affirmations, et l'Esprit saint n'est pas un sceptique.
Pourtant, à la fin du livre, Luther rend à son adversaire un hommage inattendu. Il le remercie de n'avoir pas attaqué, comme les autres, la papauté, le purgatoire ou les indulgences, qui sont des bagatelles, mais d'avoir seul vu le gond sur lequel tout tourne, et d'avoir visé la gorge. Érasme répondit par deux volumes amers. Les deux hommes ne se réconcilièrent jamais.
Pour la prédication
La question de la grâce est le cœur de l'Évangile : sommes-nous sauvés en partie par nous-mêmes, ou entièrement par Dieu ? L'anecdote permet d'aborder Jn 6.44 et Ép 2.1-5, et montre qu'on peut reconnaître la lucidité d'un adversaire tout en le contredisant.
Versets à lire
« Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ c'est par grâce que vous êtes sauvés); »Ep 2.4-5 (Segond 1910)
« Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire; et je le ressusciterai au dernier jour. »Jn 6.44 (Segond 1910)
« Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. »Rm 9.16 (Segond 1910)
Mots hébreux et grecs
charis : grâce, faveur eleos : miséricorde