Anecdote pour la prédication · Humilité

« Nous sommes des mendiants » : le dernier billet de Martin Luther

Martin Luther · 16-18 février 1546 · Eisleben, Allemagne

En janvier 1546, Martin Luther, malade et fatigué, entreprend en plein hiver le voyage d'Eisleben, sa ville natale. Les comtes de Mansfeld se disputent, et l'on compte sur lui pour les réconcilier. Il y parvient après plusieurs semaines de négociations, et prêche encore à plusieurs reprises.

Le 16 février, il écrit sur un bout de papier quelques lignes qu'on retrouvera après sa mort. Il y note que personne ne peut comprendre les Bucoliques de Virgile s'il n'a été berger pendant cinq ans, ni les lettres de Cicéron s'il n'a pris part pendant vingt ans aux affaires de l'État. Et personne, poursuit-il, ne doit croire avoir suffisamment goûté les saintes Écritures s'il n'a gouverné des Églises pendant cent ans avec les prophètes et les apôtres. Il termine par ces mots, mi-allemands mi-latins : « Nous sommes des mendiants. C'est la vérité. »

Dans la nuit du 17 au 18 février, il est pris de douleurs à la poitrine. Il prie, recommande son âme à Dieu, cite Jean 3.16. Son ami Justus Jonas lui demande s'il veut mourir dans la foi au Christ et dans la doctrine qu'il a prêchée. Luther répond d'un « Oui » distinct. Il meurt peu avant trois heures du matin, à quelques pas de la maison où il était né.

Le réformateur qui avait bouleversé l'Europe quittait la vie en homme qui n'avait rien à présenter, sinon des mains ouvertes.

Pour la prédication

Devant Dieu, même le plus grand théologien reste un mendiant qui reçoit tout par grâce. L'anecdote illustre Mt 5.3 et 1 Co 4.7 : la connaissance de l'Écriture rend humble, et la mort du croyant repose sur la promesse de Jean 3.16, non sur ses œuvres.

Versets à lire

« Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! »Mt 5.3 (Segond 1910)
« Car qui est-ce qui te distingue? Qu'as-tu que tu n'aies reçu? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l'avais pas reçu? »1 Co 4.7 (Segond 1910)
« Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. »Jn 3.16 (Segond 1910)

Mots hébreux et grecs

charis : grâce, faveur graphē : écrit, Écriture

Thèmes

Humilité Grâce Mort et espérance

Source : Billet autographe de Luther, 16 février 1546 ; récit de sa mort par Justus Jonas et Michael Coelius (1546). Récit rédigé en français par dictionnaireBiblique.com.

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