diathēkē διαθήκη
Strong G1242 · nom féminin · alliance, testament · 33 occurrences
En grec courant, la disposition par laquelle quelqu'un règle souverainement une affaire, surtout le testament. Dans la Bible grecque, le mot traduit l'hébreu berît et désigne l'alliance que Dieu établit avec son peuple, jusqu'à la « nouvelle alliance » scellée dans le sang du Christ.
Racine et étymologie
διαθήκη est formé sur le verbe διατίθημι (G1303), composé de διά, « à travers, de part en part », et de τίθημι, « poser, placer ». Le verbe signifie « disposer, arranger, mettre en ordre », et, à la voix moyenne, « disposer de ses biens », c'est-à-dire tester. Le suffixe -κη désigne le résultat de l'action : la διαθήκη est donc une disposition, un arrangement fixé par quelqu'un.
Dans le grec classique et dans les papyrus de l'époque hellénistique, le sens dominant est celui de « testament » : l'acte par lequel une personne, de sa seule autorité, décide du sort de ses biens après sa mort. Le bénéficiaire n'en négocie pas les termes ; il les reçoit. Pour un accord négocié entre deux parties, le grec disposait d'un autre mot, συνθήκη, « convention, traité », formé avec σύν, « ensemble ».
Le verbe apparaît dans le Nouveau Testament avec ce sens de disposition souveraine : « je dispose du royaume en votre faveur, comme mon Père en a disposé en ma faveur » (Lc 22.29), et dans la citation de Jérémie en Hébreux 8.10, où il signifie « conclure une alliance ».
Sens et emplois
L'alliance avec les pères
Dans le cantique de Zacharie, la venue du Messie est comprise comme l'accomplissement de l'alliance conclue avec Abraham. Le mot a ici exactement le sens de l'hébreu berît.
« Et se souvient de sa sainte alliance, »Lc 1.72, Segond 1910
La nouvelle alliance dans le sang du Christ
Au dernier repas, Jésus interprète sa mort comme le sacrifice qui inaugure l'alliance nouvelle annoncée par Jérémie, en reprenant le « sang de l'alliance » d'Exode 24.8.
« Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous. »Lc 22.20, Segond 1910
Disposition juridique irrévocable
Paul argumente « à la manière des hommes » : une disposition validée ne peut être modifiée après coup. La promesse faite à Abraham ne peut donc être annulée par la Loi venue plus tard (Ga 3.17). Segond traduit ici par « disposition ».
« une disposition en bonne forme, bien que faite par un homme, n'est annulée par personne »Ga 3.15, Segond 1910
Testament
En Hébreux 9.16-17, l'auteur joue sur le sens courant du mot : un testament n'entre en vigueur qu'à la mort de son auteur. La mort du Christ fait ainsi entrer les appelés dans l'héritage promis.
« Car là où il y a un testament, il est nécessaire que la mort du testateur soit constatée. »Hé 9.16, Segond 1910
Les alliances, privilège d'Israël
Au pluriel, le mot désigne l'ensemble des alliances conclues avec les patriarches, avec Israël au Sinaï et avec David. Paul les compte parmi les dons irrévocables faits à son peuple.
« et les alliances, et la loi, et le culte, et les promesses »Rm 9.4, Segond 1910
Le livre de l'ancienne alliance
Paul parle de « lire » l'ancienne alliance : pour la première fois, le mot désigne un ensemble d'écrits. C'est l'origine lointaine de l'expression « Ancien Testament ».
« ils font la lecture de l'Ancien Testament »2 Co 3.14, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, διαθήκη est la traduction presque constante de l'hébreu berît. Le choix est significatif : les traducteurs auraient pu prendre συνθήκη, le mot des traités entre parties, mais ils ont préféré le terme de la disposition unilatérale. Ils ont ainsi marqué que l'alliance biblique procède de l'initiative souveraine de Dieu, même lorsqu'elle comporte des engagements pour le peuple. La prophétie de l'alliance nouvelle (Jr 31.31, numérotée 38.31 dans la Septante) devient διαθήκη καινή, l'expression même que reprennent la Cène et l'épître aux Hébreux.
Derrière presque chaque emploi néotestamentaire, il faut donc entendre berît : le « sang de l'alliance » de la Cène (Mt 26.28) cite Exode 24.8, et Hébreux 8.8-12 reproduit en entier Jérémie 31.31-34. Seuls quelques passages exploitent le sens grec de testament. La Vulgate a traduit par « testamentum », d'où les noms d'Ancien et de Nouveau Testament ; Segond dit « alliance », mais garde « testament » en Hébreux 9.16-17 et 2 Corinthiens 3.14.
Le débat
En Hébreux 9.15-18, διαθήκη signifie-t-il « testament » ou « alliance » ?
- Une disposition souveraine de Dieu (Johannes Behm, TDNT vol. 2 (éd. allemande 1935)) : Dans son article du dictionnaire de Kittel, Behm soutient que, dans la Bible grecque, διαθήκη désigne toujours la disposition que Dieu établit souverainement, et non un contrat. Le sens juridique de testament n'est exploité que ponctuellement, en Galates 3.15 et en Hébreux 9.16-17.
- Un jeu de mots sur le testament (Harold W. Attridge, 1989) : Dans son commentaire de l'épître aux Hébreux (Hermeneia), Attridge estime que l'auteur passe délibérément du sens d'alliance (v. 15) à celui de testament (v. 16-17) : comme un testament exige la mort du testateur, l'alliance nouvelle exige la mort du Christ. L'argument repose sur le double sens du mot grec.
- L'alliance et la malédiction de mort (Scott W. Hahn, 2004) : Dans un article de la Catholic Biblical Quarterly, Hahn refuse ce glissement : les versets 16-17 parlent toujours de l'alliance. Le « mort » requis est celui qui a rompu l'alliance et encourt la malédiction ; le Christ prend sur lui cette mort au nom du peuple infidèle. Le verset 18, qui parle de la première alliance inaugurée avec du sang, confirmerait cette lecture.
La lecture « testament » reste majoritaire et s'appuie sur le vocabulaire des versets 16-17 (le « testateur », la validité « en cas de mort »), que Segond traduit en ce sens. Mais la proposition de Hahn a le mérite d'expliquer la continuité avec le verset 18 et avec le rite de sang d'Exode 24. Dans les deux cas, l'idée centrale est la même : la mort du Christ rend effectives les promesses de l'alliance nouvelle.
Portée théologique
διαθήκη porte toute l'histoire biblique de l'alliance dans le vocabulaire du Nouveau Testament. En choisissant ce mot, les traducteurs juifs de la Septante ont souligné que l'alliance est d'abord un don de Dieu : il en fixe les termes, il en garantit la durée, il s'y engage le premier. Paul tire la conséquence de ce caractère irrévocable : la promesse faite à Abraham ne peut être annulée par la Loi survenue plus tard (Ga 3.17), et les alliances restent le privilège d'Israël (Rm 9.4).
Le cœur de la théologie néotestamentaire de l'alliance est la Cène. En disant « cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang », Jésus réunit le rite du Sinaï et la promesse de Jérémie : sa mort inaugure l'alliance où la loi est écrite dans le cœur et où les péchés sont pardonnés. L'épître aux Hébreux développe ce thème en présentant le Christ comme médiateur et garant d'une alliance « plus excellente ». Pour la prédication, on rappellera que l'expression « Nouveau Testament » ne désigne pas d'abord un livre, mais un événement : l'engagement de Dieu scellé dans la mort et la résurrection du Christ.
Chaîne : Vers l'alliance nouvelle
- Gn 17.7 L'alliance perpétuelle avec Abraham : « J'établirai mon alliance entre moi et toi, et tes descendants après toi, selon leurs générations: ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi. »
- Ex 24.8 Le sang de l'alliance au Sinaï : « Moïse prit le sang, et il le répandit sur le peuple, en disant: Voici le sang de l'alliance que l'Éternel a faite avec vous selon toutes ces paroles. »
- Jr 31.31 La promesse d'une alliance nouvelle : « Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, Où je ferai avec la maison d'Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle, »
- Za 9.11 L'alliance scellée par le sang : « Et pour toi, à cause de ton alliance scellée par le sang, Je retirerai tes captifs de la fosse où il n'y a pas d'eau. »
- Mt 26.28 Ceci est mon sang : « car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés. »
- Lc 1.72 Le cantique de Zacharie : « C'est ainsi qu'il manifeste sa miséricorde envers nos pères, Et se souvient de sa sainte alliance, »
- Lc 22.20 La coupe de l'alliance nouvelle : « Il prit de même la coupe, après le souper, et la leur donna, en disant: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous. »
- 2 Co 3.6 Ministres d'une nouvelle alliance : « Il nous a aussi rendus capables d'être ministres d'une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l'esprit; car la lettre tue, mais l'esprit vivifie. »
- Ga 3.17 La promesse que la Loi n'annule pas : « Voici ce que j'entends: une disposition, que Dieu a confirmée antérieurement, ne peut pas être annulée, et ainsi la promesse rendue vaine, par la loi survenue quatre cent trente ans plus tard. »
- Hé 8.8 Jérémie cité en entier : « Car c'est avec l'expression d'un blâme que le Seigneur dit à Israël: Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, Où je ferai avec la maison d'Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle, »
- Hé 9.15 Le médiateur et l'héritage : « Et c'est pour cela qu'il est le médiateur d'une nouvelle alliance, afin que, la mort étant intervenue pour le rachat des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui ont été appelés reçoivent l'héritage éternel qui leur a été promis. »
- Hé 13.20 Le sang d'une alliance éternelle : « Que le Dieu de paix, qui a ramené d'entre les morts le grand pasteur des brebis, par le sang d'une alliance éternelle, notre Seigneur Jésus, »
Mots apparentés
- berît בְּרִית : alliance
Autres mots du thème « Alliance et fidélité »
- ḥesed : bonté fidèle
- ʾĕmet : fidélité, vérité
- raḥămîm : compassion, entrailles
- ḥēn : faveur, grâce
- ṣedāqāh : justice, droiture
- mišpāṭ : jugement, droit
- eleos : miséricorde
- charis : grâce, faveur
Bibliographie
- Johannes Behm, Gottfried Quell, art. « διατίθημι, διαθήκη », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2.
- Ernst Lohmeyer, Diatheke. Ein Beitrag zur Erklärung des neutestamentlichen Begriffs, Leipzig, Hinrichs, 1913.
- Harold W. Attridge, The Epistle to the Hebrews, Hermeneia, Philadelphia, Fortress Press, 1989.
- Scott W. Hahn, « A Broken Covenant and the Curse of Death: A Study of Hebrews 9:15-22 », Catholic Biblical Quarterly 66, 2004.
- Ceslas Spicq, L'Épître aux Hébreux, Études bibliques, Paris, Gabalda, 1952-1953.
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