ṣedāqāh צְדָקָה

Strong H6666 · nom féminin · justice, droiture · 154 occurrences

La conduite droite qui répond à ce que l'on doit à Dieu et aux autres, et l'action qui rétablit chacun dans son droit. Appliquée à Dieu, la ṣedāqāh n'est pas d'abord la sanction : c'est la justice qui sauve, qui délivre l'opprimé et tient les promesses.

Racine et étymologie

La racine ṣ-d-q est attestée dans plusieurs langues sémitiques, avec l'idée de ce qui est droit, conforme, exact. En hébreu, elle a donné le verbe ṣādaq (H6663), « être juste, avoir raison » et, à la forme causative, « déclarer juste, justifier », le nom masculin ṣedeq (H6664), proche synonyme de notre mot, et l'adjectif ṣaddîq (H6662), « juste », qui désigne aussi bien l'innocent dans un procès que l'homme fidèle à Dieu.

La différence entre ṣedeq et ṣedāqāh est subtile et discutée. On a proposé que le masculin désigne plutôt la norme ou l'état de droiture, et le féminin l'acte concret qui la réalise ; le pluriel ṣidqôt, « actes de justice », va dans ce sens. Mais les deux mots alternent souvent en parallèle, et la distinction ne vaut pas partout.

La racine se retrouve dans plusieurs noms propres : Melchisédek, « mon roi est justice », Sadoq, le prêtre de David, et Sédécias, « le Seigneur est ma justice », dernier roi de Juda. Dans l'hébreu postbiblique, ṣedāqāh prendra le sens d'« aumône », la justice rendue au pauvre, sens que l'on voit déjà poindre dans la Bible.

Sens et emplois

  1. Droiture personnelle, honnêteté

    Au sens le plus simple, la ṣedāqāh est l'honnêteté vérifiable d'un homme dans ses relations. Jacob propose à Laban un arrangement où sa probité pourra être contrôlée sur pièces.

    « Ma droiture répondra pour moi demain, quand tu viendras voir mon salaire »Gn 30.33, Segond 1910
  2. La justice imputée par Dieu

    Abram n'a encore accompli aucune œuvre de la Loi : c'est sa confiance en la promesse que Dieu « compte » comme justice. Ce verset devient central chez Paul (Rm 4.3 ; Ga 3.6).

    « Abram eut confiance en l'Éternel, qui le lui imputa à justice. »Gn 15.6, Segond 1910
  3. Justice sociale et royale

    Associée à mishpāṭ, « droit », la ṣedāqāh désigne la justice que le roi doit garantir à tous, surtout aux faibles. Le binôme « droit et justice » résume l'idéal de gouvernement en Israël.

    « David régna sur Israël, et il faisait droit et justice à tout son peuple. »2 S 8.15, Segond 1910
  4. La justice qui sauve

    Dans la seconde partie d'Ésaïe et dans les Psaumes, la justice de Dieu est mise en parallèle avec son salut : elle n'est pas la menace d'une sanction, mais l'intervention qui rétablit son peuple.

    « Je fais approcher ma justice: elle n'est pas loin; Et mon salut: il ne tardera pas. »És 46.13, Segond 1910
  5. Au pluriel : les hauts faits de Dieu

    Le pluriel ṣidqôt désigne les actes par lesquels Dieu a fait triompher son peuple. Segond traduit par « bienfaits » : dans le cantique de Débora, ce sont les victoires de l'Éternel que l'on raconte.

    « Célèbrent les bienfaits de l'Éternel »Jg 5.11, Segond 1910
  6. L'acte de bonté envers le pauvre

    Rendre avant la nuit le manteau gagé d'un pauvre est appelé ṣedāqāh. La justice biblique inclut ce qui, pour nous, relève de la générosité : c'est l'origine du sens d'« aumône ».

    « et cela te sera imputé à justice devant l'Éternel, ton Dieu. »Dt 24.13, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend ṣedāqāh surtout par δικαιοσύνη, le mot grec de la justice, vertu qui donne à chacun ce qui lui revient. Mais dans quelques passages où la justice consiste en un acte de bonté, elle emploie ἐλεημοσύνη, « miséricorde, aumône » : ainsi en Deutéronome 6.25 et 24.13. On saisit là le passage du sens « justice » au sens « aumône ». L'Évangile de Matthieu en garde la trace : en Matthieu 6.1, « pratiquer votre justice », une partie des manuscrits lit « votre aumône », et le verset suivant parle effectivement de l'aumône.

Le choix de δικαιοσύνη a eu des conséquences considérables. Quand Paul parle de « la justice de Dieu » (Rm 1.17) et cite Genèse 15.6 (Rm 4.3), c'est l'arrière-plan hébreu qu'il faut entendre : non une qualité abstraite, mais la fidélité active de Dieu qui sauve. La Vulgate a fixé « iustitia », d'où le vocabulaire juridique de la « justification » dans la théologie occidentale ; Segond alterne entre « justice », « droiture » et, au pluriel, « bienfaits ».

Le débat

La justice biblique est-elle conformité à une norme, fidélité à une relation, ou respect d'un ordre du monde ?

Aucune définition unique ne couvre tous les emplois. La lecture relationnelle rend bien compte des textes où la justice de Dieu sauve (És 46.13 ; Ps 71.2), mais Seifrid a raison de rappeler que la ṣedāqāh implique aussi un jugement selon une norme, et Schmid que cette norme est l'ordre voulu par le Créateur. La ṣedāqāh est la droiture qui remet les choses et les personnes à leur juste place : elle condamne l'oppresseur et relève l'opprimé.

Portée théologique

La ṣedāqāh corrige une idée répandue : dans la Bible hébraïque, la justice de Dieu n'est pas d'abord ce qui fait peur. Les Psaumes et Ésaïe la placent en parallèle avec le salut : quand Dieu « fait approcher sa justice », il vient délivrer (És 46.13). C'est pourquoi le psalmiste peut prier « Dans ta justice, sauve-moi » (Ps 71.2). Cette justice reste pourtant exigeante : elle s'oppose à l'oppression, et le chant de la vigne (És 5.7) montre que Dieu attendait de la justice et n'a trouvé que des cris de détresse.

L'histoire d'Abraham pose le fondement de la doctrine paulinienne : la justice est d'abord reçue, comptée par Dieu à celui qui se fie à sa promesse (Gn 15.6), et le Deutéronome précise qu'Israël ne reçoit pas le pays à cause de sa propre justice (Dt 9.4). Mais la même justice doit ensuite être pratiquée : le roi doit faire « droit et justice », Amos veut qu'elle coule comme un torrent. Pour la prédication, on tiendra les deux ensemble : la justice qui justifie et la justice qui se pratique, jusque dans le geste concret de rendre au pauvre son manteau avant la nuit.

Chaîne : La justice qui sauve

  1. Gn 15.6 La foi d'Abram comptée comme justice : « Abram eut confiance en l'Éternel, qui le lui imputa à justice. »
  2. Gn 18.19 La vocation d'Abraham : « Car je l'ai choisi, afin qu'il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l'Éternel, en pratiquant la droiture et la justice, et qu'ainsi l'Éternel accomplisse en faveur d'Abraham les promesses qu'il lui a faites... »
  3. Dt 9.4 Pas à cause de ta justice : « Lorsque l'Éternel, ton Dieu, les chassera devant toi, ne dis pas en ton cœur: C'est à cause de ma justice que l'Éternel me fait entrer en possession de ce pays. Car c'est à cause de la méchanceté de ces nations que l'Éternel les chasse devant toi. »
  4. 2 S 8.15 Le roi qui fait droit et justice : « David régna sur Israël, et il faisait droit et justice à tout son peuple. »
  5. Ps 71.2 Dans ta justice, sauve-moi : « Dans ta justice, sauve-moi et délivre-moi! Incline vers moi ton oreille, et secours-moi! »
  6. És 5.7 Le chant de la vigne : « La vigne de l'Éternel des armées, c'est la maison d'Israël, Et les hommes de Juda, c'est le plant qu'il chérissait. Il avait espéré de la droiture, et voici du sang versé! De la justice, et voici des cris de détresse! »
  7. És 46.13 Justice et salut : « Je fais approcher ma justice: elle n'est pas loin; Et mon salut: il ne tardera pas. Je mettrai le salut en Sion, Et ma gloire sur Israël. »
  8. Jr 23.5 Le germe juste : « Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, Où je susciterai à David un germe juste; Il régnera en roi et prospérera, Il pratiquera la justice et l'équité dans le pays. »
  9. Am 5.24 Un torrent qui ne tarit pas : « Mais que la droiture soit comme un courant d'eau, Et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. »
  10. Mt 6.1 Pratiquer la justice en secret : « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus; autrement, vous n'aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. »
  11. Rm 1.17 La justice de Dieu révélée : « parce qu'en lui est révélée la justice de Dieu par la foi et pour la foi, selon qu'il est écrit: Le juste vivra par la foi. »
  12. Rm 4.3 Paul relit Genèse 15 : « Car que dit l'Écriture? Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. »

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Bibliographie

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