ʾĕmet אֱמֶת

Strong H571 · nom féminin · fidélité, vérité · 127 occurrences

Ce qui tient, ce sur quoi l'on peut s'appuyer : la fiabilité d'une personne, la solidité d'une parole, la conformité d'un fait au réel. Appliqué à Dieu, c'est la fidélité qui garantit ses promesses ; appliqué à l'homme, la sincérité.

Racine et étymologie

ʾĕmet appartient à la famille de la racine ʾ-m-n, qui exprime l'idée de ce qui est ferme, stable, digne de confiance. La forme s'explique par une ancienne base *ʾamint- : le n s'est assimilé au t final, ce qui explique qu'on ne le voie plus dans le mot, mais qu'il réapparaisse dès qu'on ajoute un suffixe (ʾămittô, « sa fidélité », en Genèse 24.27 ; ʾămittekā, « ta vérité », au Psaume 25.5, avec un t redoublé).

La même racine a donné quelques-uns des mots les plus importants de la Bible. Le verbe ʾāman (H539) signifie au passif « être sûr, être fidèle » et, à la forme causative, « tenir pour sûr, se fier à », c'est-à-dire « croire » : « Abram eut confiance en l'Éternel » (Gn 15.6). Le nom ʾĕmûnāh (H530) désigne la fidélité, la constance. L'adverbe ʾāmēn (H543), « c'est sûr, qu'il en soit ainsi », est passé tel quel dans le grec, le latin et toutes les liturgies chrétiennes.

Cette parenté est décisive pour comprendre le mot : en hébreu, « vrai » et « fiable » ne sont pas deux notions séparées. Est ʾĕmet ce qui ne se dérobe pas quand on s'y appuie : un témoignage, une promesse, une personne. Croire (heʾĕmîn) consiste à s'appuyer sur ce qui est ʾĕmet.

Sens et emplois

  1. La fidélité de Dieu

    Le sens théologique majeur : Dieu tient parole et ne se dément pas. Le mot est alors presque toujours couplé avec ḥesed, « bonté », comme dans le plus court des psaumes, qui en fait le résumé de toute louange.

    « Car sa bonté pour nous est grande, Et sa fidélité dure à toujours. »Ps 117.2, Segond 1910
  2. La vérité d'un fait

    Dans la langue juridique et courante, ʾĕmet qualifie ce qui est conforme à la réalité, après enquête. Le Deutéronome exige qu'on vérifie une accusation avant de condamner : le mot désigne ici l'exactitude des faits, sans aucune nuance religieuse.

    « La chose est-elle vraie, le fait est-il établi »Dt 17.4, Segond 1910
  3. La parole fiable

    Une parole est ʾĕmet quand elle se réalise. David répond à la promesse dynastique transmise par Nathan en confessant que la parole de Dieu est sûre : ce qui est dit sera fait.

    « tu es Dieu, et tes paroles sont vérité »2 S 7.28, Segond 1910
  4. Sincérité et intégrité de l'homme

    Chez l'homme, ʾĕmet désigne l'accord entre le cœur, la parole et la conduite. Josué demande à Israël un service de Dieu sans double jeu, par opposition au culte partagé avec d'autres dieux.

    « servez-le avec intégrité et fidélité »Jos 24.14, Segond 1910
  5. Garantie, assurance

    Le sens concret de « solidité » apparaît quand Rahab demande aux espions un gage sûr pour sa famille. Segond traduit par « assurance » : le mot désigne un signe sur lequel on peut compter.

    « Donnez-moi l'assurance »Jos 2.12, Segond 1910
  6. Équité dans le jugement

    Dans la vie sociale, ʾĕmet devient une exigence de justice : témoigner sans mentir et juger selon les faits. Zacharie en fait le programme de la communauté restaurée après l'exil.

    « jugez dans vos portes selon la vérité et en vue de la paix »Za 8.16, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend ʾĕmet le plus souvent par ἀλήθεια, « vérité », parfois par l'adjectif ἀληθινός, « véritable », et quelquefois par πίστις ou δικαιοσύνη lorsque le contexte souligne la fidélité ou la droiture. Dans la formule d'Exode 34.6, « riche en bonté et en fidélité », le grec dit πολυέλεος καὶ ἀληθινός : ḥesed y devient ἔλεος, et ʾĕmet devient l'adjectif « véritable ».

Ce passage par le grec n'est pas neutre. Pour un lecteur grec, ἀλήθεια évoque d'abord ce qui est dévoilé, l'exactitude d'un énoncé ; l'idée de constance, très présente dans l'hébreu, s'y entend moins. C'est pourquoi le prologue de Jean est si remarquable : « pleine de grâce et de vérité » (Jn 1.14) reprend le couple ḥesed weʾĕmet d'Exode 34. La « vérité » johannique garde ainsi la saveur hébraïque de la fiabilité : Jésus est la vérité (Jn 14.6) parce qu'en lui Dieu tient ses promesses. La Vulgate a fixé « veritas », d'où la prédominance de « vérité » dans nos bibles, Segond alternant avec « fidélité » selon le contexte.

Le débat

La « vérité » hébraïque est-elle d'une autre nature que la vérité grecque : fidélité plutôt qu'exactitude ?

La critique de Barr est fondée : l'hébreu sait parler de faits exacts, et aucune langue n'enferme ses locuteurs dans une mentalité. Mais l'observation de Boman garde une part de vérité au niveau du vocabulaire : la parenté de ʾĕmet avec ʾāman (« croire ») et ʾāmēn fait que, dans la Bible hébraïque, le vrai est presque toujours aussi le fiable. Traduire tantôt « vérité », tantôt « fidélité », comme le fait Segond, est la meilleure solution.

Portée théologique

ʾĕmet dit pourquoi l'on peut faire confiance à Dieu. Dans la Bible hébraïque, Dieu n'est pas d'abord « vrai » au sens où une proposition est exacte, mais au sens où un appui ne cède pas : ses paroles s'accomplissent (2 S 7.28), sa fidélité « dure à toujours » (Ps 117.2). La foi biblique, désignée par un verbe de la même racine, n'est donc pas une opinion mais un appui pris sur ce qui tient. Le « amen » liturgique en garde la trace : dire amen, c'est déclarer qu'on s'appuie sur ce qui vient d'être dit.

Cette fidélité divine fonde une exigence humaine. Osée accuse Israël de manquer de « vérité » autant que de miséricorde (Os 4.1), et Zacharie demande qu'on dise vrai et qu'on juge vrai (Za 8.16) : une société vit de la fiabilité des paroles échangées. Le Nouveau Testament reprend le couple bonté-fidélité pour dire qui est Jésus : en lui la grâce et la vérité d'Exode 34 prennent visage. Pour la prédication, on gagnera à faire entendre derrière chaque « vérité » biblique cette dimension de loyauté : la vérité n'est pas seulement à savoir, elle est à pratiquer et à recevoir comme une promesse tenue.

Chaîne : La fidélité qui ne se dément pas

  1. Gn 24.27 Le serviteur d'Abraham bénit Dieu : « en disant: Béni soit l'Éternel, le Dieu de mon seigneur Abraham, qui n'a pas renoncé à sa miséricorde et à sa fidélité envers mon seigneur! Moi-même, l'Éternel m'a conduit à la maison des frères de mon seigneur. »
  2. Ex 34.6 Riche en bonté et en fidélité : « Et l'Éternel passa devant lui, et s'écria: L'Éternel, l'Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, »
  3. Jos 24.14 Servir Dieu sans partage : « Maintenant, craignez l'Éternel, et servez-le avec intégrité et fidélité. Faites disparaître les dieux qu'ont servis vos pères de l'autre côté du fleuve et en Égypte, et servez l'Éternel. »
  4. 2 S 7.28 Tes paroles sont vérité : « Maintenant, Seigneur Éternel, tu es Dieu, et tes paroles sont vérité, et tu as annoncé cette grâce à ton serviteur. »
  5. Ps 85.11 Bonté et fidélité se rencontrent : « La bonté et la fidélité se rencontrent, La justice et la paix s'embrassent; »
  6. Ps 117.2 Le plus court des psaumes : « Car sa bonté pour nous est grande, Et sa fidélité dure à toujours. Louez l'Éternel! »
  7. És 59.14 La vérité trébuche sur la place : « Et la délivrance s'est retirée, Et le salut se tient éloigné; Car la vérité trébuche sur la place publique, Et la droiture ne peut approcher. »
  8. Jr 10.10 Le Dieu véritable : « Mais l'Éternel est Dieu en vérité, Il est un Dieu vivant et un roi éternel; La terre tremble devant sa colère, Et les nations ne supportent pas sa fureur. »
  9. Os 4.1 Le procès faute de vérité : « Ecoutez la parole de l'Éternel, enfants d'Israël! Car l'Éternel a un procès avec les habitants du pays, Parce qu'il n'y a point de vérité, point de miséricorde, Point de connaissance de Dieu dans le pays. »
  10. Za 8.16 Dire vrai et juger vrai : « Voici ce que vous devez faire: dites la vérité chacun à son prochain; jugez dans vos portes selon la vérité et en vue de la paix; »
  11. Jn 1.14 Plein de grâce et de vérité : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. »
  12. Jn 14.6 Je suis la vérité : « Jésus lui dit: Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. »

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Bibliographie

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