ʾāman אָמַן
Strong H539 · verbe · être ferme ; croire · 105 occurrences
Verbe de la solidité : ce qui tient, ce qui porte, ce sur quoi l'on peut s'appuyer. Au passif, il dit qu'une personne ou une promesse est « sûre » ; à la forme causative, il devient le grand verbe biblique de la foi : « tenir pour sûr », « se fier ».
Racine et étymologie
La racine ʾ-m-n exprime l'idée de stabilité et de fiabilité. Ses trois formes verbales principales se répartissent les rôles. Au qal, seul le participe est employé, avec le sens concret de « porter, soutenir » : l'ʾōmēn est le nourricier qui tient l'enfant contre lui (Nb 11.12), l'ʾōmenet la nourrice (Rt 4.16). Au niphal, le verbe signifie « être ferme, durable, digne de confiance » : une maison « stable », un serviteur « fidèle », une parole « véritable ». Au hiphil enfin, forme dont viennent la plupart des emplois théologiques, il veut dire « tenir pour solide », d'où « croire » ou « se fier à ».
La même racine a donné des mots devenus universels. L'adverbe ʾāmēn (H543), « c'est solide, c'est sûr », ratifie une parole ; il est passé tel quel dans le grec, le latin et toutes les liturgies chrétiennes. Les noms ʾĕmûnāh (H530), « fermeté, fidélité », et ʾĕmet (H571), « fidélité, vérité », en dérivent aussi : en hébreu, la vérité est d'abord ce qui tient et sur quoi l'on peut compter.
Une mise en garde de méthode s'impose. Dans les années 1950, certains théologiens, comme Thomas F. Torrance (1957), ont soutenu que la « foi » biblique contenait toujours, par la racine, l'idée de la fermeté de Dieu. James Barr (The Semantics of Biblical Language, 1961) a montré que l'on ne peut pas charger chaque emploi d'un mot de tout le sens de sa racine. La parenté entre « croire » et « être ferme » est réelle et parfois exploitée par les auteurs bibliques eux-mêmes (És 7.9), mais elle se constate dans les textes, elle ne se présume pas.
Sens et emplois
Porter, élever (qal)
Le participe désigne celui ou celle qui porte et élève un enfant. Mardochée est ainsi le « père nourricier » d'Esther. L'image de la solidité est ici toute physique : on se repose sur des bras qui ne lâchent pas.
« Il élevait Hadassa, qui est Esther, fille de son oncle; »Est 2.7, Segond 1910
Être sûr, fidèle, durable (niphal)
Dit de Dieu, d'une personne ou d'une promesse : ce qui ne se dérobe pas. Le Deutéronome en fait un titre divin, « le Dieu fidèle », garant de l'alliance pour mille générations.
« Ce Dieu fidèle garde son alliance et sa miséricorde jusqu'à la millième génération »Dt 7.9, Segond 1910
Une maison et un règne assurés
Dans la promesse faite à David, le niphal qualifie la dynastie : elle sera « assurée », c'est-à-dire tenue debout par la parole de Dieu. Le verbe est au cœur de l'espérance messianique.
« Ta maison et ton règne seront pour toujours assurés »2 S 7.16, Segond 1910
Croire, se fier (hiphil)
Tenir Dieu ou sa parole pour solide et s'y appuyer. C'est le verbe du premier grand acte de foi de la Bible, qu'on peut traduire « Abram se fia à l'Éternel ».
« Abram eut confiance en l'Éternel, qui le lui imputa à justice. »Gn 15.6, Segond 1910
Ne pas croire : le refus d'appui
Négativement, le verbe décrit le péché du désert : non pas un doute intellectuel, mais le refus de s'appuyer sur un Dieu qui a déjà donné des preuves de sa puissance.
« Jusqu'à quand ne croira-t-il pas en moi, malgré tous les prodiges que j'ai faits au milieu de lui? »Nb 14.11, Segond 1910
Croire une parole, un témoignage
Le hiphil peut aussi signifier simplement « tenir pour vrai » un récit. La reine de Saba n'avait pas cru ce qu'on disait de Salomon avant de le voir ; Jacob ne croit pas d'abord que Joseph vit (Gn 45.26).
« Je ne le croyais pas, avant d'être venue et d'avoir vu de mes yeux. »1 R 10.7, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Les traducteurs de la Septante ont réparti les formes du verbe entre deux familles grecques. Le hiphil « croire » est rendu presque toujours par πιστεύω : « Abram crut à Dieu » (Gn 15.6). Le niphal « être sûr » est généralement rendu par l'adjectif πιστός, « fidèle » : « le Dieu fidèle » de Deutéronome 7.9. Ainsi, le grec πίστις et son verbe héritent d'un double arrière-plan : la confiance de l'homme et la fiabilité de Dieu.
Plusieurs textes de ce vocabulaire deviennent des piliers du Nouveau Testament. Genèse 15.6 est cité par Paul (Rm 4.3 ; Ga 3.6) et par Jacques (Jc 2.23). Ésaïe 28.16, « celui qui croira », est repris en Romains 9.33 et 10.11 et en 1 Pierre 2.6. Ésaïe 53.1, « Qui a cru à ce qui nous était annoncé ? », est cité en Jean 12.38 et Romains 10.16. Notons aussi qu'en Ésaïe 7.9 la Septante traduit « vous ne comprendrez pas » au lieu de « vous ne subsisterez pas » ; par la version latine ancienne, cette lecture a nourri la formule d'Augustin « nisi credideritis, non intelligetis » (si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas).
Le débat
En Genèse 15.6, qui compte quoi à qui ? Dieu compte-t-il la foi d'Abram comme justice, ou Abram compte-t-il la promesse comme une justice de Dieu ?
- Dieu impute à Abram sa confiance (Rashi, commentaire sur la Genèse (XIe siècle)) : Lecture la plus ancienne et la plus répandue, partagée par la Septante, Paul (Rm 4.3) et Jacques (Jc 2.23) : Dieu considère la confiance d'Abram comme un mérite, une justice. Le changement de sujet entre les deux propositions est fréquent en hébreu narratif.
- Abram tient la promesse pour une justice de Dieu (Nahmanide (Ramban), commentaire sur la Torah (XIIIe siècle)) : Le sujet ne change pas : c'est Abram qui « compte » la promesse comme un acte de justice, c'est-à-dire de fidélité bienveillante, de la part de Dieu. Argument : rien n'annonce un nouveau sujet, et la foi d'Abram ne serait pas présentée comme un mérite.
- Une formule de déclaration cultuelle (Gerhard von Rad, 1951) : Dans son article « Die Anrechnung des Glaubens zur Gerechtigkeit », von Rad rapproche le verbe « compter » des déclarations des prêtres qui reconnaissaient un sacrifice comme valable (Lv 7.18). Ici, c'est Dieu lui-même qui déclare juste, en dehors de tout rite, celui qui se fie à lui.
La grammaire permet les deux lectures, mais le contexte immédiat (Dieu qui promet, Abram qui répond) et le parallèle avec Psaume 106.31 (« cela lui fut imputé à justice », dit de Phinées) favorisent Dieu comme sujet. Von Rad a éclairé la portée de cette lecture : la justice est reconnue par Dieu, et elle répond à une confiance, non à un acte cultuel. C'est précisément ce que Paul exploite en Romains 4.
Portée théologique
Ésaïe 7.9 résume la théologie du mot par un jeu de mots intraduisible : « Si vous ne croyez pas (taʾămînû), vous ne subsisterez pas (tēʾāmēnû). » Le même verbe, à deux formes, dit l'acte et son fruit : celui qui s'appuie sur Dieu reçoit de lui sa propre stabilité. Croire, dans l'Ancien Testament, n'est donc pas d'abord adhérer à des idées, mais prendre appui sur quelqu'un dont la fiabilité a été éprouvée. Josaphat reprend la formule à la veille d'une bataille (2 Ch 20.20).
Le premier emploi théologique du verbe, en Genèse 15.6, est aussi le plus fécond. Abram n'a rien vu, il n'a qu'une parole ; il la tient pour solide, et Dieu reconnaît en cela une justice. Paul y lira le principe même de l'Évangile : la justice reçue par la foi, avant toute circoncision et toute loi (Rm 4). Mais la racine rappelle aussi l'autre face : si l'homme peut croire, c'est que Dieu est « le Dieu fidèle » (Dt 7.9). La foi biblique n'est jamais une force intérieure qui se suffit ; elle vaut ce que vaut celui sur qui elle s'appuie.
Pour la prédication, l'image du nourricier est précieuse : le même mot qui désigne la foi désigne les bras qui portent l'enfant. Croire, c'est se laisser porter, comme Moïse le rappelle à Dieu lui-même (Nb 11.12).
Chaîne : S'appuyer sur Dieu, de la promesse à l'Évangile
- Gn 15.6 La confiance d'Abram : « Abram eut confiance en l'Éternel, qui le lui imputa à justice. »
- Ex 14.31 Après la mer Rouge : « Israël vit la main puissante que l'Éternel avait dirigée contre les Égyptiens. Et le peuple craignit l'Éternel, et il crut en l'Éternel et en Moïse, son serviteur. »
- Nb 14.11 L'incrédulité du désert : « Et l'Éternel dit à Moïse: Jusqu'à quand ce peuple me méprisera-t-il? Jusqu'à quand ne croira-t-il pas en moi, malgré tous les prodiges que j'ai faits au milieu de lui? »
- 2 Ch 20.20 Josaphat : croire pour tenir : « Le lendemain, ils se mirent en marche de grand matin pour le désert de Tekoa. À leur départ, Josaphat se présenta et dit: Ecoutez-moi, Juda et habitants de Jérusalem! Confiez-vous en l'Éternel, votre Dieu, et vous serez affermis; confiez-vous en ses prophètes, et vous réussirez. »
- És 7.9 Le jeu de mots d'Ésaïe : « La Samarie est la tête d'Éphraïm, Et le fils de Remalia est la tête de la Samarie. Si vous ne croyez pas, Vous ne subsisterez pas. »
- És 28.16 La pierre de fondement : « C'est pourquoi ainsi parle le Seigneur, l'Éternel: Voici, j'ai mis pour fondement en Sion une pierre, Une pierre éprouvée, une pierre angulaire de prix, solidement posée; Celui qui la prendra pour appui n'aura point hâte de fuir. »
- És 53.1 Qui a cru ? : « Qui a cru à ce qui nous était annoncé? Qui a reconnu le bras de l'Éternel? »
- Jon 3.5 Ninive croit : « Les gens de Ninive crurent à Dieu, ils publièrent un jeûne, et se revêtirent de sacs, depuis les plus grands jusqu'aux plus petits. »
- Ha 2.4 Le juste vivra par sa foi : « Voici, son âme s'est enflée, elle n'est pas droite en lui; Mais le juste vivra par sa foi. »
- Jn 12.38 Ésaïe accompli : « afin que s'accomplît la parole qu'Ésaïe, le prophète, a prononcée: Seigneur, Qui a cru à notre prédication? Et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé? »
- Rm 4.3 Abraham, père des croyants : « Car que dit l'Écriture? Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. »
Mots apparentés
- ʾĕmet אֱמֶת : fidélité, vérité
- bāṭaḥ בָּטַח : se confier, être en sécurité
- pistis πίστις : foi, confiance, fidélité
- alētheia ἀλήθεια : vérité
- legō λέγω : dire, parler, appeler
Autres mots du thème « Foi, espérance, amour »
- yirʾāh : crainte
- ʾāhav : aimer
- šālôm : paix, bien-être, intégrité
- elpis : espérance
- agapē : amour, charité
- phileō : aimer d'affection ; embrasser
- eirēnē : paix
Bibliographie
- Alfred Jepsen, art. « ʾāman », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 1, Grand Rapids, Eerdmans, 1974.
- Hans Wildberger, art. « ʾmn, fest, sicher », Theologisches Handwörterbuch zum Alten Testament, vol. 1, Munich, 1971 (trad. anglaise : Theological Lexicon of the Old Testament, 1997).
- Gerhard von Rad, « Die Anrechnung des Glaubens zur Gerechtigkeit », Theologische Literaturzeitung 76 (1951).
- James Barr, The Semantics of Biblical Language, Oxford University Press, 1961.
- Artur Weiser et Rudolf Bultmann, art. « πιστεύω », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 6.
- Gordon J. Wenham, Genesis 1–15, Word Biblical Commentary 1, Waco, Word, 1987.
Ouvrir la fiche interactive · Toutes les occurrences de ʾāman (H539) dans la concordance biblique