elpis ἐλπίς
Strong G1680 · nom féminin · espérance · 52 occurrences
En grec courant, l'attente de ce qui va arriver, bonne ou mauvaise, souvent incertaine. Dans le Nouveau Testament, l'espérance devient une attente confiante fondée sur la promesse et la fidélité de Dieu, centrée sur la résurrection et la gloire à venir.
Racine et étymologie
Le nom ἐλπίς se rattache au vieux verbe ἔλπομαι, « s'attendre à, supposer », déjà employé par Homère. Le verbe usuel en grec classique et biblique est ἐλπίζω, « espérer » (31 emplois dans le Nouveau Testament). Le radical ἐλπ- n'a pas de parenté sûre en dehors du grec, si bien que son sens se dégage de ses emplois plutôt que d'une étymologie.
Dans la littérature grecque, ἐλπίς est d'abord une attente neutre : on peut « espérer » un malheur aussi bien qu'un bonheur, et le mot désigne souvent une conjecture sur l'avenir. Elle est aussi ambiguë moralement. Dans le mythe de Pandore raconté par Hésiode (Les Travaux et les Jours), l'Espérance reste au fond de la jarre quand tous les maux s'en sont échappés ; les interprètes discutent depuis l'Antiquité pour savoir si c'est une consolation ou un mal de plus. Les philosophes y voient volontiers une illusion qui détourne du présent.
Le Nouveau Testament renverse ce soupçon. L'espérance n'y est plus une supposition sur l'avenir, mais une certitude fondée sur ce que Dieu a déjà fait. Le mot conserve pourtant sa structure : il vise ce qui n'est pas encore là. « L'espérance qu'on voit n'est plus espérance » (Rm 8.24).
Sens et emplois
Un espoir humain qui peut s'effondrer
Au sens courant, l'espoir d'un avantage ou d'une issue favorable. Luc décrit ainsi les marins dans la tempête, avant la promesse de Dieu transmise par Paul.
« la tempête était si forte que nous perdîmes enfin toute espérance de nous sauver. »Ac 27.20, Segond 1910
L'espérance d'Israël : la résurrection
Devant les tribunaux, Paul résume sa foi comme l'espérance des pères, réalisée dans la résurrection. L'espérance chrétienne prolonge celle de l'Ancien Testament au lieu de la remplacer.
« c'est à cause de l'espérance et de la résurrection des morts que je suis mis en jugement. »Ac 23.6, Segond 1910
Espérer contre toute espérance
La foi d'Abraham est décrite comme une espérance qui tient quand l'espoir humain a disparu, parce qu'elle s'appuie sur la promesse.
« Espérant contre toute espérance, il crut, »Rm 4.18, Segond 1910
Une espérance qui ne déçoit pas
Le verbe grec signifie « ne fait pas honte » : écho des Psaumes où ceux qui se confient en Dieu ne sont pas confondus. L'espérance repose sur l'amour de Dieu déjà reçu.
« Or, l'espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs »Rm 5.5, Segond 1910
L'objet espéré
Par métonymie, l'espérance désigne ce que l'on espère : un bien « réservé dans les cieux » (Col 1.5), et finalement le Christ lui-même.
« Christ en vous, l'espérance de la gloire. »Col 1.27, Segond 1910
Une espérance vivante, à rendre compte
Pierre fonde l'espérance sur la résurrection de Jésus et demande aux chrétiens de pouvoir en donner les raisons.
« devant quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous, »1 P 3.15, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, ἐλπίς et ἐλπίζω ne traduisent pas un seul mot hébreu. Ils rendent souvent tiqwāh (H8615), l'attente, de la racine qāwāh, « attendre, être tendu vers » ; le même mot désigne le cordon écarlate de Rahab (Jos 2.18), d'où l'image de l'espérance comme un fil tendu. Ils rendent aussi la famille de bāṭaḥ, « se confier, être en sécurité », surtout dans les Psaumes, et ḥāsāh, « se réfugier ». L'espérance grecque a ainsi reçu de l'hébreu une nuance de confiance et de sécurité qu'elle n'avait pas.
L'exemple le plus parlant est le Psaume 16.9. L'hébreu dit : « mon corps repose en sécurité » (lāveṭaḥ) ; la Septante traduit « reposera dans l'espérance » (ἐπ' ἐλπίδι), et Pierre cite ce texte grec le jour de la Pentecôte pour annoncer la résurrection de Jésus (Ac 2.26). La sécurité du croyant de l'Ancien Testament devient, dans le Nouveau, l'espérance de la résurrection. La Vulgate rend le mot par spes, d'où « espérance » en français.
Le débat
En 1 Corinthiens 13.13, la foi et l'espérance « demeurent »-elles dans l'éternité, ou seul l'amour subsiste-t-il quand Dieu est vu face à face ?
- Seul l'amour demeure dans la gloire (Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 67 (vers 1270)) : La foi porte sur ce qu'on ne voit pas et l'espérance sur ce qu'on ne possède pas encore ; dans la vision de Dieu, l'une fait place à la vue et l'autre à la possession. Seule la charité demeure, ce qui explique qu'elle soit « la plus grande ». Lecture appuyée sur 2 Corinthiens 5.7 et Romains 8.24.
- Les trois demeurent pour toujours (Irénée de Lyon, Contre les hérésies, II, 28, 3 (vers 180)) : Irénée cite 1 Corinthiens 13.13 pour dire que, même dans le monde à venir, l'homme ne cessera jamais d'apprendre de Dieu, de se fier à lui et d'espérer recevoir davantage. La foi et l'espérance changent de forme, mais la créature reste toujours dans une relation de confiance et d'attente envers son Créateur.
Le texte lui-même met en contraste les dons spirituels, qui « prendront fin » (1 Co 13.8), et la triade qui « demeure ». Le « maintenant » du verset peut être temporel (dans le temps présent) ou logique (« bref »). La lecture de Thomas d'Aquin s'accorde avec Romains 8.24 ; celle d'Irénée rappelle que l'espérance biblique n'est pas seulement un manque, mais une relation de confiance qui n'a pas de raison de s'éteindre. Dans les deux cas, Paul affirme la supériorité de l'amour, sans jamais dévaluer l'espérance.
Portée théologique
L'espérance chrétienne n'est pas un optimisme. Paul la décrit au contraire comme née de l'épreuve : l'affliction produit la persévérance, la persévérance une fidélité éprouvée, et celle-ci l'espérance (Rm 5.3-4). Elle ne repose pas sur une analyse favorable de la situation, mais sur un fait déjà accompli : la résurrection de Jésus, qui « nous a régénérés pour une espérance vivante » (1 P 1.3), et sur un don déjà reçu : l'amour de Dieu répandu par l'Esprit (Rm 5.5).
Elle est aussi collective et cosmique. Paul l'étend à toute la création, « soumise à la vanité » mais avec l'espérance d'être libérée (Rm 8.20-21). Ceux qui n'ont « point d'espérance » (1 Th 4.13 ; Ep 2.12) ne sont pas des pessimistes, mais des personnes sans promesse. L'espérance chrétienne nomme donc ce qui manque encore, la gloire, la résurrection, la justice, sans s'en désespérer.
Elle a enfin une portée morale : « Quiconque a cette espérance en lui se purifie » (1 Jn 3.3). Celui qui attend le Christ vit déjà selon ce qu'il attend. Avec la foi et l'amour, elle forme la triade que Paul nomme dès sa plus ancienne lettre (1 Th 1.3), où elle est la « fermeté » qui tient dans la durée.
Chaîne : L'espérance qui ne trompe pas
- Jb 14.7 L'arbre coupé qui repousse : « Un arbre a de l'espérance: Quand on le coupe, il repousse, Il produit encore des rejetons; »
- Ps 16.9 Reposer en sécurité : « Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l'allégresse, Et mon corps repose en sécurité. »
- Jr 29.11 Un avenir et une espérance : « Car je connais les projets que j'ai formés sur vous, dit l'Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l'espérance. »
- Lm 3.21 L'espérance au cœur de la ruine : « Voici ce que je veux repasser en mon cœur, Ce qui me donnera de l'espérance. »
- Os 2.15 La vallée d'Acor : « Là, je lui donnerai ses vignes et la vallée d'Acor, comme une porte d'espérance, et là, elle chantera comme au temps de sa jeunesse, et comme au jour où elle remonta du pays d'Égypte. »
- Za 9.12 Captifs pleins d'espérance : « Retournez à la forteresse, captifs pleins d'espérance! Aujourd'hui encore je le déclare, Je te rendrai le double. »
- Ac 2.26 La chair reposera avec espérance : « Aussi mon cœur est dans la joie, et ma langue dans l'allégresse; Et même ma chair reposera avec espérance, »
- Rm 4.18 Contre toute espérance : « Espérant contre toute espérance, il crut, en sorte qu'il devint père d'un grand nombre de nations, selon ce qui lui avait été dit: Telle sera ta postérité. »
- Rm 5.5 L'espérance ne trompe point : « Or, l'espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. »
- Rm 8.24 Sauvés en espérance : « Car c'est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l'espérance qu'on voit n'est plus espérance: ce qu'on voit, peut-on l'espérer encore? »
- Hé 6.19 L'ancre de l'âme : « Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l'âme, sûre et solide; elle pénètre au delà du voile, »
- 1 P 1.3 Une espérance vivante : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts, »
Mots apparentés
- bāṭaḥ בָּטַח : se confier, être en sécurité
- pistis πίστις : foi, confiance, fidélité
- agapē ἀγάπη : amour, charité
- anastasis ἀνάστασις : résurrection, relèvement
- parousia παρουσία : présence, venue, avènement
Autres mots du thème « Foi, espérance, amour »
- ʾāman : être ferme ; croire
- yirʾāh : crainte
- ʾāhav : aimer
- šālôm : paix, bien-être, intégrité
- phileō : aimer d'affection ; embrasser
- eirēnē : paix
Bibliographie
- Rudolf Bultmann et Karl Heinrich Rengstorf, art. « ἐλπίς, ἐλπίζω », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2.
- Ceslas Spicq, Lexique théologique du Nouveau Testament, Paris et Fribourg, Cerf et Éditions universitaires, 1991.
- Jürgen Moltmann, Theologie der Hoffnung, Munich, Kaiser, 1964 (trad. française : Théologie de l'espérance, Paris, Cerf, 1970).
- Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre II, Sources chrétiennes 294, Paris, Cerf, 1982.
- Gordon D. Fee, The First Epistle to the Corinthians, NICNT, Grand Rapids, Eerdmans, 1987.
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