ʾāhav אָהַב

Strong H157 · verbe · aimer · 209 occurrences

Le verbe hébreu ordinaire pour « aimer », du lien familial à la passion amoureuse, de l'amitié à la loyauté politique. Il dit aussi l'amour électif de Dieu pour Israël et l'amour que Dieu commande en retour : pour lui, pour le prochain et pour l'étranger.

Racine et étymologie

La racine ʾ-h-b est la plus large de l'hébreu pour l'amour. Contrairement au grec, qui dispose de plusieurs verbes (ἀγαπάω, φιλέω, ἐράω), l'hébreu biblique emploie ce seul verbe pour l'amour d'un père pour son fils (Gn 22.2), d'un homme pour une femme (Gn 29.18), d'un ami pour son ami (1 S 20.17), d'un vassal pour son suzerain (1 R 5.1), mais aussi pour le goût d'un plat (Gn 27.4) ou du sommeil (Pr 20.13). Le contexte seul précise la nuance.

Le verbe est surtout employé au qal. Le participe ʾōhēv devient un nom : « ami » (Pr 17.17), et, au pluriel du piel, mᵉʾahăvîm, « amants », souvent dans un sens péjoratif pour les idoles ou les alliés étrangers vers lesquels Israël se prostitue (Os 2.5). Le nom ʾahăvāh (H160) désigne l'amour lui-même : « l'amour est fort comme la mort » (Ct 8.6). Le contraire habituel est śānēʾ, « haïr », qui dans un contexte de choix signifie souvent « aimer moins, écarter » (Gn 29.30-31 ; Ml 1.2-3).

La racine n'a pas de parallèle exact dans les autres langues sémitiques anciennes, à la différence de raḥam (compassion) ou de ḥesed (bonté fidèle). Le sens doit donc se construire à partir de ses nombreux emplois bibliques, qui montrent un amour à la fois affectif et actif : on aime en choisissant, en servant, en restant.

Sens et emplois

  1. L'amour familial

    Le premier emploi du verbe dans la Bible est l'amour d'Abraham pour Isaac, au moment même où Dieu lui demande de le donner. Le mot apparaît d'emblée lié au prix de ce que l'on aime.

    « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; »Gn 22.2, Segond 1910
  2. L'amour entre homme et femme

    Désir, préférence et attachement durable : Jacob sert sept ans pour Rachel. Le Cantique des cantiques en fait le mot clé de la quête des amants (Ct 3.1).

    « Jacob aimait Rachel, et il dit: Je te servirai sept ans pour Rachel, »Gn 29.18, Segond 1910
  3. L'amitié et la loyauté politique

    Aimer quelqu'un, c'est aussi lui être loyal. Hiram de Tyr « aimait » David : le verbe décrit ici une alliance entre rois. De même, « tout Israël et Juda aimaient David » (1 S 18.16) exprime l'adhésion à un chef.

    « et il avait toujours aimé David. »1 R 5.1, Segond 1910
  4. L'amour électif de Dieu

    Dieu aime Israël sans raison qui viendrait d'Israël lui-même. Cet amour est la source du choix (Dt 4.37) et de la libération ; Osée le décrit comme l'amour d'un père pour un fils.

    « Quand Israël était jeune, je l'aimais, Et j'appelai mon fils hors d'Égypte. »Os 11.1, Segond 1910
  5. L'amour commandé envers Dieu

    Le Chema demande un amour total, engageant le cœur (pensée et volonté), l'âme (la vie) et la force (les ressources). Le Deutéronome promet que Dieu circoncira lui-même le cœur pour le rendre possible (Dt 30.6).

    « Tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »Dt 6.5, Segond 1910
  6. L'amour du prochain et de l'étranger

    La loi de sainteté étend l'amour au compatriote, puis à l'immigré, avec un argument tiré de l'histoire : Israël sait ce que c'est que d'être étranger.

    « vous l'aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d'Égypte. »Lv 19.34, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit ʾāhav très majoritairement par ἀγαπάω, verbe assez terne en grec classique (« accueillir, se contenter de »), qui reçoit ainsi tout le poids de l'amour biblique. Le nom ʾahăvāh devient ἀγάπη, notamment dans le Cantique des cantiques. Le verbe φιλέω, plus courant en grec profane pour l'affection, n'est employé que ponctuellement, par exemple pour le plat qu'aime Isaac (Gn 27.4, 9, 14). C'est donc par la traduction de ce verbe hébreu que l'agapè est entrée dans le vocabulaire biblique.

Un détail montre la fécondité de ces choix. En Genèse 22.2, la Septante traduit « ton unique » (yāḥîd) par « ton bien-aimé » (ἀγαπητόν) : « ton fils bien-aimé, que tu aimes ». Les Évangiles reprennent ce langage au baptême de Jésus : « Tu es mon Fils bien-aimé » (Mc 1.11). Enfin, Jésus résume la Loi en citant ensemble Deutéronome 6.5 et Lévitique 19.18 (Mt 22.37-39), et Paul voit dans l'amour du prochain l'accomplissement de toute la Loi (Rm 13.9-10).

Le débat

Quand le Deutéronome commande d'« aimer » Dieu, parle-t-il d'un sentiment ou d'une loyauté d'alliance ?

L'apport de Moran est solide : « aimer » appartient aussi au vocabulaire de l'alliance, ce qui explique qu'on puisse le commander et qu'il se traduise en obéissance (Dt 11.1). Mais le Deutéronome ne s'arrête pas au modèle diplomatique : l'amour de Dieu y est présenté comme gratuit et passionné, et l'amour d'Israël comme une réponse de tout le cœur. Loyauté et affection ne s'opposent pas ; le verbe hébreu les tient ensemble.

Portée théologique

L'amour de Dieu dans l'Ancien Testament n'est pas une idée tardive : il est au fondement de l'histoire d'Israël. « Ce n'est point parce que vous surpassez en nombre tous les peuples… mais parce que l'Éternel vous aime » (Dt 7.7-8). Cet amour est électif, c'est-à-dire qu'il choisit sans y être contraint, et il est fidèle, ce qui le rapproche du ḥesed. Les prophètes en montrent l'endurance : Osée reçoit l'ordre d'aimer une femme adultère « comme l'Éternel aime les enfants d'Israël » (Os 3.1), et Jérémie annonce aux exilés : « Je t'aime d'un amour éternel » (Jr 31.3).

En retour, la Loi commande l'amour, ce qui ne surprend que si l'on réduit l'amour à un sentiment. Aimer Dieu, c'est s'attacher à lui, l'écouter et marcher dans ses voies ; aimer le prochain, c'est ne pas se venger et ne pas garder de rancune (Lv 19.18) ; aimer l'étranger, c'est lui donner nourriture et vêtement, comme Dieu le fait (Dt 10.18-19). L'Ancien Testament reconnaît pourtant la difficulté : c'est Dieu qui circoncira le cœur pour qu'il aime (Dt 30.6).

Jésus n'invente pas le double commandement de l'amour ; il réunit deux textes de la Torah et en fait la clé de toute l'Écriture. La première épître de Jean en donne l'ordre théologique : « nous l'aimons, parce qu'il nous a aimés le premier » (1 Jn 4.19).

Chaîne : Aimer et être aimé de Dieu

  1. Gn 22.2 Le fils que tu aimes : « Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai. »
  2. Lv 19.18 Le prochain comme soi-même : « Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l'Éternel. »
  3. Dt 6.5 Le Chema : « Tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »
  4. Dt 7.8 Parce que l'Éternel vous aime : « Mais, parce que l'Éternel vous aime, parce qu'il a voulu tenir le serment qu'il avait fait à vos pères, l'Éternel vous a fait sortir par sa main puissante, vous a délivrés de la maison de servitude, de la main de Pharaon, roi d'Égypte. »
  5. Dt 30.6 Le cœur circoncis : « L'Éternel, ton Dieu, circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité, et tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, afin que tu vives. »
  6. Ct 8.6 Fort comme la mort : « Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, Comme un sceau sur ton bras; Car l'amour est fort comme la mort, La jalousie est inflexible comme le séjour des morts; Ses ardeurs sont des ardeurs de feu, Une flamme de l'Éternel. »
  7. Jr 31.3 Un amour éternel : « De loin l'Éternel se montre à moi: Je t'aime d'un amour éternel; C'est pourquoi je te conserve ma bonté. »
  8. Os 3.1 Aimer l'infidèle : « L'Éternel me dit: Va encore, et aime une femme aimée d'un amant, et adultère; aime-la comme l'Éternel aime les enfants d'Israël, qui se tournent vers d'autres dieux et qui aiment les gâteaux de raisins. »
  9. Os 11.1 Le fils appelé d'Égypte : « Quand Israël était jeune, je l'aimais, Et j'appelai mon fils hors d'Égypte. »
  10. Ml 1.2 En quoi nous as-tu aimés ? : « Je vous ai aimés, dit l'Éternel. Et vous dites: En quoi nous as-tu aimés? Esaü n'est-il pas frère de Jacob? dit l'Éternel. Cependant j'ai aimé Jacob, »
  11. Mt 22.37 Le plus grand commandement : « Jésus lui répondit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. »
  12. 1 Jn 4.19 Il nous a aimés le premier : « Pour nous, nous l'aimons, parce qu'il nous a aimés le premier. »

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Bibliographie

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