pistis πίστις

Strong G4102 · nom féminin · foi, confiance, fidélité · 242 occurrences

La confiance que l'on accorde et la fiabilité qui la mérite. Dans le Nouveau Testament, c'est l'attitude qui reçoit le salut en s'appuyant sur Dieu et sur Jésus-Christ ; c'est aussi la fidélité, et parfois le contenu de ce que l'on croit.

Racine et étymologie

Le nom πίστις appartient à la famille du verbe πείθω, « persuader », dont le moyen πείθομαι signifie « se laisser persuader, obéir, se fier ». Le radical alterne entre πειθ-, ποιθ- (dans πέποιθα, « j'ai confiance ») et πιθ-, d'où πιστ-. De ce radical viennent l'adjectif πιστός, « digne de foi, fidèle », le verbe πιστεύω, « croire, se fier », et leurs contraires ἄπιστος, « incrédule, infidèle », et ἀπιστία, « incrédulité ».

En grec classique, πίστις a un champ large et très concret. C'est la confiance accordée à quelqu'un, mais aussi ce qui la fonde : la parole donnée, le gage, la garantie, et même la preuve. Aristote appelle πίστεις les moyens de persuasion d'un discours. Dans les relations sociales et politiques du monde gréco-romain, la πίστις, comme la fides latine, désigne la loyauté réciproque qui lie un patron et son client, un général et ses soldats, des alliés entre eux.

Ce double sens actif et passif est essentiel : le même mot dit la confiance que l'on fait et la fiabilité dont on fait preuve. Le français l'a gardé dans le couple « foi » et « bonne foi », ou « digne de foi ». Plusieurs passages du Nouveau Testament jouent sur cette réciprocité, notamment Romains 3.3, où l'incrédulité (ἀπιστία) des hommes est opposée à la fidélité (πίστις) de Dieu.

Sens et emplois

  1. La confiance qui s'en remet à Jésus

    Dans les Évangiles, la foi est l'attitude de ceux qui viennent à Jésus en comptant sur sa puissance, souvent dans une situation désespérée. Elle n'est pas un mérite, mais une main tendue qui reçoit.

    « Ma fille, ta foi t'a sauvée; va en paix, et sois guérie de ton mal. »Mc 5.34, Segond 1910
  2. La foi qui justifie

    Chez Paul, la foi est le moyen par lequel l'homme reçoit la justice de Dieu, par opposition aux « œuvres de la loi ». Elle n'est pas une œuvre de plus, mais l'accueil d'un don.

    « Car nous pensons que l'homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi. »Rm 3.28, Segond 1910
  3. La fidélité

    Au sens passif, πίστις désigne la fiabilité de quelqu'un. Paul parle ainsi de la fidélité de Dieu ; Jésus compte la fidélité parmi les points les plus importants de la Loi (Mt 23.23) et Paul parmi le fruit de l'Esprit (Ga 5.22).

    « leur incrédulité anéantira-t-elle la fidélité de Dieu? »Rm 3.3, Segond 1910
  4. Une assurance tournée vers l'invisible

    L'épître aux Hébreux donne la description la plus célèbre de la foi : elle tient pour réel ce qui est promis et invisible. Le chapitre 11 l'illustre par la galerie des croyants de l'Ancien Testament.

    « Or la foi est une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas. »Hé 11.1, Segond 1910
  5. Une foi qui agit

    Jacques combat une foi réduite à une affirmation sans effet. Paul dit à sa manière la même chose : « la foi qui est agissante par la charité » (Ga 5.6).

    « Il en est ainsi de la foi: si elle n'a pas les œuvres, elle est morte en elle-même. »Jc 2.17, Segond 1910
  6. Le contenu de la foi

    Dans les écrits plus tardifs, « la foi » peut désigner l'ensemble de ce que l'Église croit et transmet. Le sens apparaît déjà chez Paul, qui « annonce la foi » (Ga 1.23).

    « combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes. »Jd 1.3, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, πίστις traduit le plus souvent l'hébreu ʾĕmûnāh (H530), « fermeté, fidélité », de la racine ʾmn, tandis que le verbe πιστεύω rend le hiphil de ʾāman, « se fier » (Gn 15.6). Le mot grec hérite ainsi d'un arrière-plan où la fidélité de Dieu et la confiance de l'homme sont inséparables. C'est pourquoi beaucoup d'emplois du Nouveau Testament gardent la nuance de fidélité.

Le cas le plus discuté est Habacuc 2.4. L'hébreu dit littéralement « le juste vivra par sa fidélité » (bᵉʾĕmûnātô ; Segond : « par sa foi »), c'est-à-dire par sa constance dans l'épreuve. La Septante lit « par ma fidélité », celle de Dieu. Paul cite le verset sans pronom, « le juste vivra par la foi » (Rm 1.17 ; Ga 3.11), et l'applique à la foi qui reçoit la justice ; Hébreux 10.38 suit la Septante. Ces trois formes du même texte montrent combien « foi » et « fidélité » sont liées dans la Bible.

Le débat

Quand Paul écrit πίστις Ἰησοῦ Χριστοῦ (Ga 2.16 ; Rm 3.22), parle-t-il de « la foi en Jésus-Christ » ou de « la fidélité de Jésus-Christ » ?

La grammaire grecque permet les deux lectures, et le débat reste ouvert. Segond, comme la plupart des traductions françaises, a choisi « la foi en Jésus-Christ ». Mais la lecture de Hays a rappelé un point juste : chez Paul, le salut repose d'abord sur la fidélité de Christ, et la foi du croyant n'est pas une performance qui remplacerait les œuvres. Les deux lectures disent des vérités pauliniennes ; la question est de savoir laquelle Paul a voulu mettre dans cette formule.

Portée théologique

La foi est le mot central du Nouveau Testament pour la relation avec Dieu. Dans les Évangiles, elle prend la forme d'une confiance concrète : un centurion, une femme malade, un aveugle comptent sur Jésus, et Jésus s'en étonne ou les en félicite. Elle peut être petite comme un grain de sénevé (Mt 17.20) : ce qui compte n'est pas sa taille, mais celui en qui elle se confie.

Chez Paul, la foi devient le moyen par lequel la justice de Dieu est reçue « sans les œuvres de la loi ». Il ne s'agit pas d'opposer l'intériorité à l'action, mais de dire que l'homme ne s'acquiert pas lui-même la faveur de Dieu : « c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous » (Ep 2.8). La Réforme protestante a fait de ce point son cœur, en parlant de justification « par la foi seule ».

Jacques semble dire l'inverse (« non par la foi seulement », Jc 2.24), mais il vise une autre « foi » : une adhésion verbale qui ne change rien. Paul et Jacques s'accordent sur l'essentiel : la foi véritable se fie à Dieu et se traduit en amour. Enfin, la nuance de fidélité, constante dans ce mot, rappelle que la foi n'est pas un instant mais une persévérance : « j'ai gardé la foi » (2 Tm 4.7).

Chaîne : Vivre par la foi

  1. Gn 15.6 La confiance d'Abram : « Abram eut confiance en l'Éternel, qui le lui imputa à justice. »
  2. Ha 2.4 Le juste vivra par sa foi : « Voici, son âme s'est enflée, elle n'est pas droite en lui; Mais le juste vivra par sa foi. »
  3. Mc 5.34 Ta foi t'a sauvée : « Mais Jésus lui dit: Ma fille, ta foi t'a sauvée; va en paix, et sois guérie de ton mal. »
  4. Lc 17.5 Augmente-nous la foi : « Les apôtres dirent au Seigneur: Augmente-nous la foi. »
  5. Rm 1.17 De la foi pour la foi : « parce qu'en lui est révélée la justice de Dieu par la foi et pour la foi, selon qu'il est écrit: Le juste vivra par la foi. »
  6. Rm 4.5 Celui qui justifie l'impie : « et à celui qui ne fait point d'œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l'impie, sa foi lui est imputée à justice. »
  7. Ga 2.20 Vivre dans la foi au Fils de Dieu : « J'ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. »
  8. Ep 2.8 Par grâce, par la foi : « Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. »
  9. Hé 11.1 Ferme assurance : « Or la foi est une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas. »
  10. Hé 12.2 Le chef de la foi : « ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l'ignominie, et s'est assis à la droite du trône de Dieu. »
  11. Jc 2.17 La foi sans les œuvres : « Il en est ainsi de la foi: si elle n'a pas les œuvres, elle est morte en elle-même. »
  12. Jd 1.3 La foi transmise : « Bien-aimés, comme je désirais vivement vous écrire au sujet de notre salut commun, je me suis senti obligé de le faire afin de vous exhorter à combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes. »

Mots apparentés

Autres mots du thème « Foi, espérance, amour »

Bibliographie

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