sophia σοφία

Strong G4678 · nom féminin · sagesse · 51 occurrences

Le savoir et l'habileté qui permettent de bien juger et de bien agir. Le Nouveau Testament l'oppose à la sagesse du monde, la reconnaît comme don de Dieu pour la vie concrète, et l'identifie au Christ crucifié, « sagesse de Dieu ».

Racine et étymologie

L'adjectif σοφός, « sage, habile » (G4680), dont dérive σοφία, n'a pas d'étymologie établie. Son plus ancien emploi est très concret : dans l'Iliade (15.412), la σοφίη est le savoir-faire du charpentier qui trace une ligne droite au cordeau. Comme l'hébreu ḥokmâ, le mot désigne d'abord une compétence technique, celle de l'artisan, du pilote, du poète, du musicien.

Le sens s'élargit ensuite au savoir pratique de l'homme d'État (les « Sept Sages » de la Grèce archaïque) puis au savoir théorique. Le mot φιλοσοφία, « amour de la sagesse », traditionnellement attribué à Pythagore, exprime la modestie du chercheur : la sagesse appartient aux dieux, l'homme ne peut que la désirer. Platon et Aristote font de la σοφία la plus haute des vertus intellectuelles, la connaissance des premiers principes.

Au Ve siècle av. J.-C., les sophistes (σοφισταί) prétendent enseigner la sagesse contre rémunération, surtout l'art de persuader. C'est cette σοφία de la parole brillante, très prisée dans les villes grecques comme Corinthe, que Paul vise lorsqu'il refuse d'annoncer l'Évangile « avec la sagesse du langage » (1 Co 1.17).

Sens et emplois

  1. Savoir humain et culture

    Le sens neutre : l'ensemble des connaissances d'une civilisation. Moïse a été formé à toute la sagesse des Égyptiens, ce qui n'est ni loué ni blâmé.

    « Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, et il était puissant en paroles et en œuvres. »Ac 7.22, Segond 1910
  2. Sagesse du monde, opposée à la croix

    En 1 Corinthiens 1–3, Paul oppose la sagesse humaine, rhétorique et philosophique, à la « folie » de la prédication de la croix. Ce n'est pas l'intelligence qui est condamnée, mais la prétention de connaître Dieu par ses propres moyens.

    « Car puisque le monde, avec sa sagesse, n'a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. »1 Co 1.21, Segond 1910
  3. Le Christ, sagesse de Dieu

    Le Christ crucifié est lui-même la sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés. La sagesse n'est plus d'abord un savoir mais une personne.

    « mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs. »1 Co 1.24, Segond 1910
  4. Le dessein insondable de Dieu

    La sagesse de Dieu se manifeste dans l'histoire du salut, au point d'arracher à Paul une louange devant ce qu'il ne peut comprendre jusqu'au bout.

    « Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements sont insondables, et ses voies incompréhensibles! »Rm 11.33, Segond 1910
  5. Sagesse pratique, don de Dieu

    Dans la ligne des Proverbes, Jacques fait de la sagesse un don à demander à Dieu et la mesure à ses fruits dans la conduite : paix, douceur, miséricorde.

    « La sagesse d'en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d'hypocrisie. »Jc 3.17, Segond 1910
  6. La Sagesse personnifiée dans les paroles de Jésus

    Jésus parle de la Sagesse comme d'une personne qui envoie des prophètes et qui est justifiée par ses enfants, dans la ligne de Proverbes 8–9.

    « C'est pourquoi la sagesse de Dieu a dit: Je leur enverrai des prophètes et des apôtres; »Lc 11.49, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, σοφία traduit presque toujours l'hébreu ḥokmâ, et σοφός traduit ḥākām. Le mot grec, avec ses résonances philosophiques, a donc reçu le contenu de la sagesse d'Israël : une sagesse pratique, enracinée dans la crainte de l'Éternel, et personnifiée en Proverbes 8 comme la compagne de Dieu dans la création.

Le judaïsme de langue grecque a prolongé cette figure. Le Siracide identifie la Sagesse à la Loi de Moïse ; la Sagesse de Salomon, écrite en grec, la décrit comme un reflet de la lumière éternelle et l'image de la bonté de Dieu. Ces textes, absents de la Bible hébraïque mais présents dans la Septante, forment l'arrière-plan des passages du Nouveau Testament qui appliquent au Christ le langage de la sagesse (1 Co 1.24 ; Col 1.15-17 ; Hé 1.3). Le latin sapientia a donné « sagesse ».

Le débat

Le Nouveau Testament identifie-t-il Jésus à la Sagesse personnifiée de l'Ancien Testament, et dès quand ?

Les textes montrent une progression : Jésus parle de la Sagesse (Lc 11.49), Matthieu l'identifie à elle (Mt 11.19), Paul l'appelle « sagesse de Dieu » (1 Co 1.24), les hymnes de Colossiens et d'Hébreux lui attribuent le rôle créateur de la Sagesse. Dunn a raison d'éviter d'imposer trop tôt des catégories plus tardives ; Christ et Witherington ont raison de voir que le mouvement commence dans la tradition de Jésus.

Portée théologique

Le paradoxe de 1 Corinthiens est au cœur de la notion chrétienne de sagesse. Les Juifs demandent des miracles, les Grecs cherchent la sagesse (1 Co 1.22), et Dieu répond par un Messie crucifié, scandale pour les uns, folie pour les autres. La sagesse de Dieu ne se laisse pas trouver au sommet de la réflexion humaine ; elle se révèle dans ce que le monde juge faible et absurde. Le Christ est devenu pour nous « sagesse, justice, sanctification et rédemption » (1 Co 1.30).

Ce paradoxe ne disqualifie pas l'intelligence. Paul prêche « une sagesse parmi les parfaits » (1 Co 2.6), prie pour que les croyants soient remplis « de toute sagesse » (Col 1.9), et Jacques invite à la demander à Dieu, qui la donne simplement (Jc 1.5). La sagesse chrétienne est à la fois un don et un art de vivre, mesurée non à l'éloquence mais aux fruits : douceur, paix, miséricorde.

Pour la prédication, σοφία relie l'Ancien et le Nouveau Testament : la Sagesse qui appelait sur les places (Pr 1.20) a pris visage en Jésus, plus grand que Salomon, et c'est en lui que sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (Col 2.3).

Chaîne : De la sagesse de Salomon à la sagesse de la croix

  1. 1 R 3.28 La sagesse de Dieu en Salomon : « Tout Israël apprit le jugement que le roi avait prononcé. Et l'on craignit le roi, car on vit que la sagesse de Dieu était en lui pour le diriger dans ses jugements. »
  2. Jb 28.28 La crainte du Seigneur : « Puis il dit à l'homme: Voici, la crainte du Seigneur, c'est la sagesse; S'éloigner du mal, c'est l'intelligence. »
  3. Pr 8.22 La Sagesse avant la création : « L'Éternel m'a créée la première de ses œuvres, Avant ses œuvres les plus anciennes. »
  4. Pr 9.1 La Sagesse bâtit sa maison : « La sagesse a bâti sa maison, Elle a taillé ses sept colonnes. »
  5. Mt 11.19 Justifiée par ses œuvres : « Le Fils de l'homme est venu, mangeant et buvant, et ils disent: C'est un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie. Mais la sagesse a été justifiée par ses œuvres. »
  6. Mt 12.42 Plus que Salomon : « La reine du Midi se lèvera, au jour du jugement, avec cette génération et la condamnera, parce qu'elle vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et voici, il y a ici plus que Salomon. »
  7. Lc 2.52 Jésus croissait en sagesse : « Et Jésus croissait en sagesse, en stature, et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. »
  8. 1 Co 1.21 La folie de la prédication : « Car puisque le monde, avec sa sagesse, n'a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. »
  9. 1 Co 1.24 Christ, sagesse de Dieu : « mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs. »
  10. Ep 3.10 La sagesse infiniment variée : « afin que les dominations et les autorités dans les lieux célestes connaissent aujourd'hui par l'Église la sagesse infiniment variée de Dieu, »
  11. Col 2.3 Tous les trésors de la sagesse : « mystère dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science. »
  12. Jc 3.17 La sagesse d'en haut : « La sagesse d'en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d'hypocrisie. »

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Bibliographie

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