graphē γραφή

Strong G1124 · nom féminin · écrit, Écriture · 49 occurrences

Ce qui est écrit, et dans le Nouveau Testament exclusivement les Écritures saintes d'Israël : un passage précis ou leur ensemble. L'Écriture rend témoignage au Christ, doit s'accomplir et ne peut être anéantie.

Racine et étymologie

Γραφή est le nom d'action du verbe γράφω (G1125), dont le sens premier est « graver, égratigner, tracer des traits ». Le même geste sert à dessiner et à écrire : en grec classique, γραφή désigne aussi bien une peinture ou un dessin qu'une écriture, un document, une liste, et même, en droit athénien, une plainte écrite déposée en justice. Le français en a tiré « graphie », « graphique » et tous les composés en -graphie.

Dans le judaïsme de langue grecque, le mot prend un sens spécialisé. Pour Philon d'Alexandrie et pour les auteurs du Nouveau Testament, ἡ γραφή ou αἱ γραφαί, « l'Écriture » ou « les Écritures », désignent les livres saints reçus comme parole de Dieu. Le mot ne s'applique jamais, dans le Nouveau Testament, à un écrit profane.

Le verbe sert aussi de formule de citation : γέγραπται, « il est écrit », au parfait, qui exprime ce qui a été écrit et demeure valable. Jésus l'emploie face au tentateur (Mt 4.4). Cette formule reprend l'hébreu kakkātûb, « selon ce qui est écrit », de la racine k-t-b, qui a donné aussi kᵉtāb, « écrit, document », et Ketûbîm, « les Écrits », nom de la troisième partie de la Bible hébraïque.

Sens et emplois

  1. Un passage précis

    Au singulier, γραφή désigne souvent un texte déterminé, celui qu'on vient de lire ou qu'on cite. À Nazareth, Jésus déclare accompli le passage d'Ésaïe qu'il a lu.

    « Aujourd'hui cette parole de l'Écriture, que vous venez d'entendre, est accomplie. »Lc 4.21, Segond 1910
  2. L'ensemble des Écritures

    Au pluriel, « les Écritures » désignent la collection des livres saints : la Loi, les Prophètes et les autres écrits. Le Ressuscité y montre ce qui le concerne.

    « Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. »Lc 24.27, Segond 1910
  3. L'Écriture qui parle

    L'Écriture est souvent personnifiée : elle « dit », « prévoit », « annonce ». Ce qu'elle dit, c'est Dieu qui le dit ; en Romains 9.17, elle parle même à Pharaon à la place de Dieu.

    « Aussi l'Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a d'avance annoncé cette bonne nouvelle à Abraham: Toutes les nations seront bénies en toi! »Ga 3.8, Segond 1910
  4. L'Écriture qui doit s'accomplir

    Les récits de la Passion insistent : ce qui arrive à Jésus accomplit les Écritures. Elles ne prédisent pas seulement ; elles donnent le sens des événements.

    « Ces choses sont arrivées, afin que l'Écriture fût accomplie: Aucun de ses os ne sera brisé. »Jn 19.36, Segond 1910
  5. Une autorité qui ne peut être brisée

    Dans une discussion avec ses adversaires, Jésus fonde son argument sur un mot d'un psaume et rappelle que l'Écriture ne peut être « déliée », c'est-à-dire annulée.

    « et si l'Écriture ne peut être anéantie, »Jn 10.35, Segond 1910
  6. Une catégorie qui s'élargit

    Dans 2 Pierre, les lettres de Paul sont rangées à côté des « autres Écritures ». C'est le premier signe de l'entrée des écrits apostoliques dans le canon.

    « dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme celui des autres Écritures, pour leur propre ruine. »2 P 3.16, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, γραφή traduit surtout l'hébreu kᵉtāb (H3791), mot des livres tardifs qui désigne un écrit officiel, un registre ou une prescription écrite : « un écrit de sa main » (1 Ch 28.19), « le livre de la vérité » (Dn 10.21). Ce n'est pas encore le terme technique pour l'Écriture sainte ; la Bible hébraïque dit plutôt « le livre » (sēfer), « le livre de la loi » ou « ce qui est écrit ».

Le Nouveau Testament hérite ainsi d'un mot grec ordinaire que le judaïsme hellénistique a consacré aux livres saints. Le latin scriptura l'a calqué exactement (scribere, « écrire »), d'où « l'Écriture » en français. Segond traduit selon le nombre : « l'Écriture » au singulier, « les Écritures » au pluriel, avec parfois « passage » (Ac 8.32).

Le débat

Comment comprendre 2 Timothée 3.16 : « Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile » ou « Toute Écriture inspirée de Dieu est aussi utile » ?

La plupart des traductions modernes, dont Segond, suivent la lecture prédicative, la plus naturelle quand deux adjectifs sont reliés par « et ». Mais le sens ne change guère : dans les deux cas, l'utilité de l'Écriture découle de son origine divine. La nuance « chaque passage » est juste et rappelle que l'Écriture s'étudie texte par texte, comme Timothée l'a appris depuis l'enfance (2 Tm 3.15).

Portée théologique

Pour Jésus et les apôtres, l'Écriture est le lieu où Dieu a parlé et parle encore. Jésus reproche aux sadducéens de ne connaître « ni les Écritures, ni la puissance de Dieu » (Mt 22.29) ; Paul résume l'Évangile en disant que le Christ est mort et ressuscité « selon les Écritures » (1 Co 15.3-4). L'Écriture n'est pas un simple recueil de preuves : elle donne le cadre qui permet de comprendre la croix et la résurrection.

Mais l'Écriture ne s'éclaire pas d'elle-même. Les disciples d'Emmaüs la connaissaient ; il a fallu que le Ressuscité la leur explique et leur ouvre l'esprit (Lc 24.45). Jean ajoute un avertissement : on peut sonder les Écritures en pensant y trouver la vie et refuser celui dont elles témoignent (Jn 5.39-40). La lecture chrétienne est donc christologique : l'Écriture mène au Christ, et le Christ en donne la clé.

Pour l'Église, γραφή fonde à la fois une confiance et une discipline. Confiance, parce que l'Écriture est « inspirée de Dieu » et « ne peut être anéantie ». Discipline, parce qu'elle doit être examinée chaque jour (Ac 17.11) et lue en communauté, sans que personne ne se l'approprie (2 P 1.20).

Chaîne : Ce qui est écrit et accompli

  1. Dt 31.9 Moïse écrit la loi : « Moïse écrivit cette loi, et il la remit aux sacrificateurs, fils de Lévi, qui portaient l'arche de l'alliance de l'Éternel, et à tous les anciens d'Israël. »
  2. Jos 1.8 Le livre à méditer : « Que ce livre de la loi ne s'éloigne point de ta bouche; médite-le jour et nuit, pour agir fidèlement selon tout ce qui y est écrit; car c'est alors que tu auras du succès dans tes entreprises, c'est alors que tu réussiras. »
  3. Né 8.8 Lire et donner le sens : « Ils lisaient distinctement dans le livre de la loi de Dieu, et ils en donnaient le sens pour faire comprendre ce qu'ils avaient lu. »
  4. Jr 36.2 Prends un livre et écris : « Prends un livre, et tu y écriras toutes les paroles que je t'ai dites sur Israël et sur Juda, et sur toutes les nations, depuis le jour où je t'ai parlé, au temps de Josias, jusqu'à ce jour. »
  5. Lc 4.21 Aujourd'hui accomplie : « Alors il commença à leur dire: Aujourd'hui cette parole de l'Écriture, que vous venez d'entendre, est accomplie. »
  6. Lc 24.27 Dans toutes les Écritures : « Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. »
  7. Jn 5.39 Elles témoignent de moi : « Vous sondez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle: ce sont elles qui rendent témoignage de moi. »
  8. Ac 17.11 Examiner chaque jour : « Ces Juifs avaient des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique; ils reçurent la parole avec beaucoup d'empressement, et ils examinaient chaque jour les Écritures, pour voir si ce qu'on leur disait était exact. »
  9. Rm 15.4 Écrit pour notre instruction : « Or, tout ce qui a été écrit d'avance l'a été pour notre instruction, afin que, par la patience, et par la consolation que donnent les Écritures, nous possédions l'espérance. »
  10. 1 Co 15.3 Selon les Écritures : « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures; »
  11. 2 Tm 3.16 Inspirée de Dieu : « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, »
  12. 2 P 1.20 Pas d'interprétation privée : « sachant tout d'abord vous-mêmes qu'aucune prophétie de l'Écriture ne peut être un objet d'interprétation particulière, »

Mots apparentés

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Bibliographie

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