nābîʾ נָבִיא
Strong H5030 · nom masculin · prophète · 314 occurrences
Celui que Dieu appelle pour parler en son nom : porte-parole, messager et intercesseur. Le prophète biblique ne prédit pas d'abord l'avenir ; il transmet une parole reçue qui interpelle son temps et appelle au retour vers Dieu.
Racine et étymologie
Le nom nābîʾ est apparenté au verbe nibbāʾ / hitnabbēʾ (H5012), « prophétiser », mais le verbe semble dérivé du nom plutôt que l'inverse : prophétiser, c'est « agir en nābîʾ ». L'origine du mot doit donc être cherchée hors de l'hébreu. Le rapprochement le plus courant se fait avec l'akkadien nabû, « appeler, nommer ».
Reste à savoir dans quel sens. La forme qaṭîl est souvent passive en hébreu (comme māšîaḥ, « oint ») : le nābîʾ serait alors « celui qui est appelé ». C'est la position défendue par W. F. Albright (From the Stone Age to Christianity, 1940), qui correspond bien aux récits de vocation (Jr 1.5). D'autres y voient un sens actif, « celui qui appelle, qui proclame ». Des textes de la ville d'Émar (Syrie, XIIIe siècle av. J.-C.) mentionnent des personnes appelées nabû, ce qui confirme l'ancienneté du terme dans le monde sémitique occidental.
Le vocabulaire biblique connaît d'autres titres : rōʾeh, « voyant » (H7203), ḥōzeh, « visionnaire » (H2374), et « homme de Dieu ». Une note de 1 Samuel 9.9 explique que le nābîʾ d'aujourd'hui s'appelait autrefois rōʾeh. Le féminin nebîʾâ, « prophétesse » (H5031), s'applique à Marie, Débora et Hulda : la fonction n'est pas réservée aux hommes.
Sens et emplois
Porte-parole
Le texte qui définit le mieux la fonction : Aaron sera le « prophète » de Moïse, c'est-à-dire sa bouche, comme Moïse sera « Dieu » pour Pharaon. Le prophète parle pour un autre.
« Vois, je te fais Dieu pour Pharaon: et Aaron, ton frère, sera ton prophète. »Ex 7.1, Segond 1910
Intercesseur
La première mention du mot concerne Abraham, qui n'annonce rien : il prie pour un roi étranger. Le prophète se tient entre Dieu et les hommes dans les deux sens.
« car il est prophète, il priera pour toi, et tu vivras. »Gn 20.7, Segond 1910
Groupes de prophètes inspirés
À l'époque de Samuel et de Saül, on rencontre des « troupes de prophètes » dont l'inspiration s'accompagne de musique et de transe. Ce prophétisme collectif précède les grandes figures individuelles.
« tu rencontreras une troupe de prophètes descendant du haut lieu, précédés du luth, du tambourin, de la flûte et de la harpe, et prophétisant eux-mêmes. »1 S 10.5, Segond 1910
Conseiller auprès du roi
Nathan, Gad ou Michée fils de Jimla sont consultés par les rois. Le prophète de cour peut confirmer le pouvoir, mais aussi l'accuser, comme Nathan face à David après l'affaire de Bath-Schéba.
« N'y a-t-il plus ici aucun prophète de l'Éternel, par qui nous puissions le consulter? »1 R 22.7, Segond 1910
Faux prophètes
Le même mot désigne ceux qui parlent sans avoir été envoyés. Jérémie dénonce leur message de paix facile ; le Deutéronome donne comme critère l'accomplissement de la parole et la fidélité à l'Éternel.
« Je n'ai point envoyé ces prophètes, et ils ont couru; Je ne leur ai point parlé, et ils ont prophétisé. »Jr 23.21, Segond 1910
Le prophète comme Moïse
Dieu promet de susciter un prophète semblable à Moïse, dans la bouche duquel il mettra ses paroles. Cette promesse nourrit l'attente d'Israël et sera appliquée à Jésus dans les Actes (Ac 3.22).
« Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. »Dt 18.18, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit nābîʾ par προφήτης. En grec classique, le prophētēs est « celui qui parle pour » (pro-phēmi) : à Delphes, il interprète et proclame les réponses de l'oracle. Le préfixe pro- signifie d'abord « à la place de, devant », et non « à l'avance ». Le mot grec rend donc bien la fonction de porte-parole ; c'est l'usage ultérieur qui a fait du « prophète » un devin de l'avenir.
Dans Jérémie, la Septante a parfois introduit ψευδοπροφήτης, « faux prophète », là où l'hébreu dit simplement nābîʾ : les traducteurs ont rendu explicite un jugement que le texte laisse au contexte. Le Nouveau Testament reprend ce terme (Mt 7.15) et emploie προφήτης pour les prophètes d'Israël, pour Jean-Baptiste, pour Jésus et pour les prophètes chrétiens des assemblées (1 Co 14).
Le débat
Qu'est-ce qui fait d'abord le prophète biblique : une expérience extatique, la forme du message qu'il porte, ou le rôle qu'il tient dans la société ?
- Le messager (Claus Westermann, Grundformen prophetischer Rede, 1960) : La formule « Ainsi parle l'Éternel » reprend celle des messagers royaux du Proche-Orient. Le prophète est essentiellement un envoyé qui transmet fidèlement la parole de son maître, sous des formes littéraires repérables (accusation, annonce de jugement).
- L'intermédiaire social (Robert R. Wilson, Prophecy and Society in Ancient Israel, 1980) : À partir de l'anthropologie, Wilson distingue les prophètes « centraux », liés au pouvoir (Nathan), et « périphériques », portés par des groupes marginaux (Élie). Le comportement extatique varie selon le groupe qui reconnaît le prophète.
- Un phénomène du Proche-Orient ancien (Martti Nissinen, Prophets and Prophecy in the Ancient Near East, 2003) : Les archives de Mari et les oracles assyriens montrent des prophètes et prophétesses transmettant des messages divins aux rois. La prophétie d'Israël s'inscrit dans ce cadre ; sa singularité tient surtout à la mise par écrit et à la critique du roi et du peuple.
Les trois approches se complètent. Westermann a identifié la forme fondamentale (le message reçu et transmis), Wilson le cadre social qui explique la diversité des figures, Nissinen le contexte qui permet de mesurer l'originalité biblique. Les textes eux-mêmes insistent sur un critère : avoir été envoyé et avoir entendu (Jr 23.21-22).
Portée théologique
Le prophète biblique se définit par une parole qui ne vient pas de lui. Jérémie est « consacré » avant sa naissance (Jr 1.5) ; Amos proteste qu'il n'appartient à aucune corporation et qu'il a été pris derrière son troupeau (Am 7.14-15). La vocation précède la compétence. C'est pourquoi le prophète peut contredire le roi, le prêtre et même les autres prophètes : son autorité ne tient ni à sa fonction ni à son succès, mais à l'envoi.
Le contenu de la prophétie est d'abord un appel au retour. Le résumé de 2 Rois 17.13 en donne la formule : « Revenez de vos mauvaises voies, et observez mes commandements. » L'annonce de l'avenir, jugement ou restauration, sert cet appel. Le prophète est aussi intercesseur : Abraham, Moïse, Samuel et Jérémie prient pour ceux que la parole accuse.
Moïse souhaitait que tout le peuple soit prophète (Nb 11.29). Joël l'annonce pour les derniers jours, et Pierre en voit l'accomplissement à la Pentecôte (Ac 2.17). Pour l'Église, l'héritage prophétique tient ensemble deux exigences : écouter la parole de Dieu avant de parler, et oser la dire quand elle dérange.
Chaîne : La lignée des envoyés
- Gn 20.7 Abraham, prophète qui prie : « Maintenant, rends la femme de cet homme; car il est prophète, il priera pour toi, et tu vivras. Mais, si tu ne la rends pas, sache que tu mourras, toi et tout ce qui t'appartient. »
- Ex 7.1 Aaron, bouche de Moïse : « L'Éternel dit à Moïse: Vois, je te fais Dieu pour Pharaon: et Aaron, ton frère, sera ton prophète. »
- Nb 11.29 Si tout le peuple était prophète : « Moïse lui répondit: Es-tu jaloux pour moi? Puisse tout le peuple de l'Éternel être composé de prophètes; et veuille l'Éternel mettre son esprit sur eux! »
- Dt 18.18 Un prophète comme Moïse : « Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. »
- 1 S 3.20 Samuel reconnu prophète : « Tout Israël, depuis Dan jusqu'à Beer-Schéba, reconnut que Samuel était établi prophète de l'Éternel. »
- 1 R 18.22 Élie seul face à Baal : « Et Élie dit au peuple: Je suis resté seul des prophètes de l'Éternel, et il y a quatre cent cinquante prophètes de Baal. »
- Jr 1.5 Prophète des nations : « Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t'avais consacré, je t'avais établi prophète des nations. »
- Jl 2.28 L'Esprit sur toute chair : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. »
- Am 7.14 Ni prophète ni fils de prophète : « Amos répondit à Amatsia: Je ne suis ni prophète, ni fils de prophète; mais je suis berger, et je cultive des sycomores. »
- Ml 4.5 Élie reviendra : « Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, Avant que le jour de l'Éternel arrive, Ce jour grand et redoutable. »
- Ac 3.22 Jésus, le prophète promis : « Moïse a dit: Le Seigneur votre Dieu vous suscitera d'entre vos frères un prophète comme moi; vous l'écouterez dans tout ce qu'il vous dira, »
- Hé 1.1 Dieu a parlé par les prophètes : « Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, »
Mots apparentés
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Bibliographie
- Claus Westermann, Grundformen prophetischer Rede, Munich, Kaiser, 1960 (trad. anglaise : Basic Forms of Prophetic Speech, 1967).
- Robert R. Wilson, Prophecy and Society in Ancient Israel, Philadelphie, Fortress Press, 1980.
- Martti Nissinen, Prophets and Prophecy in the Ancient Near East, Atlanta, Society of Biblical Literature, 2003.
- Abraham J. Heschel, The Prophets, New York, Harper & Row, 1962.
- W. F. Albright, From the Stone Age to Christianity, Baltimore, Johns Hopkins Press, 1940.
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