ʾāmar אָמַר
Strong H559 · verbe · dire · 5296 occurrences
Le verbe hébreu le plus courant pour « dire » : il introduit une parole rapportée, une pensée intime ou un ordre. Avec Dieu pour sujet, il ouvre la création (« Dieu dit ») et fonde la prophétie (« ainsi parle l'Éternel »).
Racine et étymologie
La racine ʾ-m-r est commune aux langues sémitiques, mais avec des sens qui divergent. En akkadien, amāru signifie « voir » ; en arabe, ʾamara veut dire « ordonner », d'où amr, « l'ordre, l'affaire », et ʾamīr, « celui qui commande », l'émir. En hébreu biblique, le verbe s'est spécialisé dans le sens de « dire ». On a souvent proposé un sens premier commun, « rendre visible, manifester », qui expliquerait à la fois voir, dire et ordonner, mais cette reconstruction reste hypothétique : seul l'usage biblique permet de fixer le sens.
ʾĀmar se distingue de l'autre grand verbe de la parole, dibbēr (H1696), « parler ». Dibbēr insiste sur l'acte de parler, parfois sans dire quoi ; ʾāmar est presque toujours suivi du contenu de la parole, cité au style direct. D'où une forme très fréquente, l'infinitif lēʾmōr, littéralement « pour dire », que l'hébreu emploie comme nos deux-points ou nos guillemets : « Alors Dieu prononça toutes ces paroles, en disant » (Ex 20.1).
Le verbe connaît d'autres thèmes. Au niphal (passif), il signifie « être dit, être appelé » : « on leur dira : Fils du Dieu vivant ! » (Os 1.10). Au hitpaël, il prend le sens de « se vanter » (Ps 94.4). Les noms dérivés ʾēmer (H561) et ʾimrâ (H565) désignent « la parole, le propos » ; ʾimrâ revient souvent dans le Psaume 119 pour la parole de Dieu : « Je serre ta parole dans mon cœur » (Ps 119.11).
Sens et emplois
La parole créatrice de Dieu
Dix fois en Genèse 1, wayyōʾmer ʾĕlōhîm, « et Dieu dit », ouvre un acte de création. Dieu ne fabrique pas d'abord : il parle, et ce qu'il dit advient. Le récit montre un Dieu qui crée sans effort, par la seule autorité de sa parole.
« Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. »Gn 1.3, Segond 1910
Une parole qui accomplit ce qu'elle dit
Le psalmiste résume Genèse 1 : pour Dieu, dire et faire coïncident. Le verbe ʾāmar est mis en parallèle avec « ordonner », et le résultat suit sans délai.
« Car il dit, et la chose arrive; Il ordonne, et elle existe. »Ps 33.9, Segond 1910
La formule du messager prophétique
Kōh ʾāmar YHWH, « ainsi parle l'Éternel », est la signature de la prophétie biblique. Le prophète ne parle pas en son nom : il transmet mot pour mot ce que son Seigneur a dit, comme un héraut lit la lettre d'un roi.
« Ainsi parle l'Éternel: »Am 1.3, Segond 1910
Dire en son cœur : penser
L'hébreu n'a pas de verbe propre pour « penser » ; il dit « dire en son cœur ». Ce que l'homme se dit à lui-même révèle sa vraie relation à Dieu, même quand il ne prononce rien.
« L'insensé dit en son cœur: Il n'y a point de Dieu! »Ps 14.1, Segond 1910
La parole du croyant à Dieu
ʾĀmar sert aussi à la confession de foi : le croyant répond à la parole de Dieu en lui disant qui il est pour lui. La prière biblique commence souvent par ce « je dis ».
« Je dis à l'Éternel: Mon refuge et ma forteresse, Mon Dieu en qui je me confie! »Ps 91.2, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ʾāmar par le verbe grec λέγω, « dire », et par son aoriste εἶπον. « Dieu dit : Que la lumière soit ! » devient καὶ εἶπεν ὁ θεός. La formule prophétique kōh ʾāmar YHWH est rendue par τάδε λέγει κύριος, « voici ce que dit le Seigneur ». Le Nouveau Testament reprend cette formule exacte : le prophète Agabus annonce « Voici ce que déclare le Saint-Esprit » (Ac 21.11), et chacune des lettres aux sept Églises s'ouvre par « Voici ce que dit celui qui… » (Ap 2.1), où le Christ ressuscité parle avec l'autorité réservée à l'Éternel dans les prophètes.
Jésus lui-même transforme la formule. Au lieu de « ainsi parle l'Éternel », il dit : « Mais moi, je vous dis » (Mt 5.22). Ce « je » est inouï : il parle non comme le messager, mais comme celui qui a autorité pour dire. L'épître aux Hébreux en tire la conclusion : Dieu, qui avait parlé par les prophètes, « nous a parlé par le Fils » (Hé 1.2). La Vulgate traduit ʾāmar par dicere : dixitque Deus, fiat lux.
Le débat
Dans kōh ʾāmar YHWH, le verbe est au parfait : faut-il comprendre « ainsi a dit l'Éternel » (parole reçue autrefois) ou « ainsi dit l'Éternel » (parole qui retentit maintenant) ?
- La parole reçue et transmise (Claus Westermann, 1960) : Dans Grundformen prophetischer Rede, Westermann classe la formule parmi les formes du message envoyé par messager, attestées dans la vie courante (Gn 32.4 : « Ainsi parle ton serviteur Jacob »). Le parfait renvoie au moment où le maître a confié son message ; le prophète répète fidèlement ce qu'il a entendu dans le conseil divin.
- Une parole qui agit au présent (Lecture grammaticale du parfait « performatif ») : Plusieurs grammaires hébraïques rangent ce parfait parmi les emplois où l'acte de parole s'accomplit au moment même où il est prononcé. D'où la traduction au présent, retenue par Segond (« ainsi parle ») : quand le prophète parle, c'est Dieu qui parle, maintenant, à ceux qui écoutent.
Les deux lectures ne s'excluent pas. Le cadre du messager, mis en lumière par Westermann, explique l'origine de la formule et souligne que le prophète n'invente rien. Mais dans la bouche du messager, la parole du maître devient présente et efficace pour ses destinataires. Le présent de Segond rend bien cet effet : la parole reçue hier est adressée aujourd'hui.
Portée théologique
La Bible commence par un Dieu qui parle. Avant toute autre description, « Dieu dit » : la création n'est ni une émanation ni le fruit d'un combat entre divinités, comme dans les récits voisins de l'Orient ancien, mais la réponse du réel à une parole souveraine (Ps 33.9). Le même verbe ouvre l'histoire du salut : « L'Éternel dit à Abram : Va-t-en » (Gn 12.1). Dieu crée par la parole, appelle par la parole, se révèle par la parole (Ex 3.14 ; 20.1). Le premier péché commence d'ailleurs par une question sur ce que Dieu a dit : « Dieu a-t-il réellement dit ? » (Gn 3.1).
La formule « ainsi parle l'Éternel » fonde l'autorité de la prophétie et, au-delà, de l'Écriture : ce que dit le messager, c'est Dieu qui le dit. Elle met aussi en garde contre les faux prophètes, qui disent « l'Éternel a dit » alors qu'il ne les a pas envoyés. Le Nouveau Testament voit en Jésus l'aboutissement de cette histoire : il ne dit plus « ainsi parle l'Éternel » mais « je vous dis », et Jean le nomme la Parole même de Dieu (Jn 1.1). Pour la prédication, ʾāmar rappelle que la foi naît d'une parole entendue, et qu'elle s'exprime à son tour en parole : « Je dis à l'Éternel : Mon refuge » (Ps 91.2).
Chaîne : Dieu dit : de la création au Fils
- Gn 1.3 Que la lumière soit : « Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. »
- Gn 3.1 Dieu a-t-il réellement dit ? : « Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l'Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? »
- Gn 12.1 L'appel d'Abram : « L'Éternel dit à Abram: Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. »
- Ex 3.14 Le Nom révélé à Moïse : « Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis. Et il ajouta: C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle "je suis" m'a envoyé vers vous. »
- Ex 20.1 Les dix paroles : « Alors Dieu prononça toutes ces paroles, en disant: »
- Ps 33.9 Il dit, et la chose arrive : « Car il dit, et la chose arrive; Il ordonne, et elle existe. »
- És 6.8 Qui enverrai-je ? : « J'entendis la voix du Seigneur, disant: Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? Je répondis: Me voici, envoie-moi. »
- És 40.1 Consolez mon peuple : « Consolez, consolez mon peuple, Dit votre Dieu. »
- Am 1.3 Ainsi parle l'Éternel : « Ainsi parle l'Éternel: À cause de trois crimes de Damas, Même de quatre, je ne révoque pas mon arrêt, Parce qu'ils ont foulé Galaad sous des traîneaux de fer. »
- Mt 5.22 Mais moi, je vous dis : « Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges; que celui qui dira à son frère: Raca! mérite d'être puni par le sanhédrin; et que celui qui lui dira: Insensé! mérite d'être puni par le feu de la géhenne. »
- Jn 1.1 La Parole était Dieu : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. »
- Hé 1.2 Dieu a parlé par le Fils : « dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par lequel il a aussi créé le monde, »
Mots apparentés
- dābār דָּבָר : parole ; chose, affaire
- nābîʾ נָבִיא : prophète
- logos λόγος : parole, compte, raison
- legō λέγω : dire, parler, appeler
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- tôrâ : instruction, loi
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- euangelion : bonne nouvelle, Évangile
- graphē : écrit, Écriture
- alētheia : vérité
- apokalypsis : révélation, dévoilement
- sophia : sagesse
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907, art. « אָמַר ».
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill, 1994-2000, art. « אמר ».
- Art. « ʾāmar », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 1, Grand Rapids, Eerdmans, 1974.
- Claus Westermann, Grundformen prophetischer Rede, Munich, Chr. Kaiser, 1960 (trad. anglaise : Basic Forms of Prophetic Speech, 1967).
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1962, art. « Parole de Dieu ».
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