apokalypsis ἀποκάλυψις
Strong G602 · nom féminin · révélation, dévoilement · 17 occurrences
L'action d'ôter un voile : Dieu fait connaître ce qui était caché, un mystère de son dessein, une vision, et surtout le Christ lui-même, révélé à Paul et attendu dans sa manifestation finale. Le mot a donné son titre au dernier livre de la Bible.
Racine et étymologie
Le nom vient du verbe ἀποκαλύπτω (G601), composé de ἀπό, « hors de, loin de », et de καλύπτω, « couvrir, cacher ». Le κάλυμμα est le voile : celui que Moïse mettait sur son visage et dont Paul dit qu'il demeure sur la lecture de l'Ancien Testament tant qu'on ne se tourne pas vers le Seigneur (2 Co 3.13-16). Ἀποκάλυψις, c'est l'action de retirer ce voile.
En grec profane, le mot est rare et très concret : Plutarque l'emploie pour le fait de découvrir une partie du corps. Il n'a pas, avant le judaïsme et le christianisme, de sens religieux établi. Le vocabulaire grec de la religion parlait plutôt d'« apparition » (ἐπιφάνεια) ou de « manifestation » (φανέρωσις).
C'est la Bible grecque qui a donné au mot sa portée théologique, en traduisant le verbe hébreu gālâ (H1540), « découvrir, dévoiler ». Ce verbe peut désigner la nudité découverte, l'exil (le pays « mis à nu » de ses habitants), mais aussi Dieu qui « découvre l'oreille » d'un prophète ou « révèle son secret » (Am 3.7). Dans le livre de Daniel, en araméen, Dieu est celui qui « révèle les mystères » (Dn 2.28).
Sens et emplois
Révélation reçue de Dieu
Paul affirme n'avoir reçu son Évangile d'aucun homme, mais par une révélation directe du Christ. Le génitif peut se comprendre « venant de » ou « ayant pour objet » Jésus-Christ ; les deux sont vrais pour l'expérience de Damas.
« car je ne l'ai ni reçu ni appris d'un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ. »Ga 1.12, Segond 1910
Dévoilement d'un mystère
La révélation porte sur le « mystère », le dessein de Dieu caché autrefois et maintenant dévoilé : les païens associés au même héritage que les Juifs (Ep 3.6).
« C'est par révélation que j'ai eu connaissance du mystère sur lequel je viens d'écrire en peu de mots. »Ep 3.3, Segond 1910
Visions extraordinaires
Paul évoque à contrecœur des expériences visionnaires, jusqu'à être enlevé au troisième ciel. Il les mentionne pour aussitôt les relativiser par sa faiblesse.
« J'en viendrai néanmoins à des visions et à des révélations du Seigneur. »2 Co 12.1, Segond 1910
Don dans l'assemblée
À Corinthe, la « révélation » est une prise de parole inspirée, à côté du cantique, de l'enseignement ou de la langue. Elle doit servir à l'édification de tous.
« Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une langue, une interprétation, que tout se fasse pour l'édification. »1 Co 14.26, Segond 1910
La manifestation finale du Christ
Le mot désigne souvent le retour du Christ, quand ce qui est caché aux yeux sera visible. Segond rend ici le nom par un verbe : « lorsque Jésus-Christ apparaîtra ».
« ayez une entière espérance dans la grâce qui vous sera apportée, lorsque Jésus-Christ apparaîtra. »1 P 1.13, Segond 1910
Le dévoilement de la création renouvelée
La création attend que soit révélé ce que sont déjà, en secret, les enfants de Dieu. La révélation finale concerne le monde entier, non les seuls croyants.
« Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. »Rm 8.19, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Le nom ἀποκάλυψις est presque absent de la Septante : on le trouve en 1 Samuel 20.30 pour la « nudité » (ʿerwâ) que Saül reproche à Jonathan d'avoir découverte, et quelques fois dans le Siracide. Le verbe ἀποκαλύπτω, en revanche, traduit régulièrement gālâ, y compris dans ses emplois théologiques : « l'Éternel se révélait à Samuel » (1 S 3.21), « la gloire de l'Éternel sera révélée » (És 40.5).
Le Nouveau Testament concentre l'emploi du nom chez Paul et dans 1 Pierre. Ap 1.1 en fait le premier mot d'un livre, d'où le titre « Apocalypse », puis le nom d'un genre littéraire. Le latin a traduit par revelatio (re-velare, « ôter le voile »), calque exact du grec. Segond varie : « révélation », « manifestation » (Rm 2.5 ; 1 Co 1.7) ou un verbe, « apparaîtra » (2 Th 1.7 ; 1 P 1.7).
Le débat
Le cœur de l'« apocalyptique » est-il l'attente de la fin des temps, ou le dévoilement des secrets du ciel ?
- L'attente de la fin, matrice de la théologie (Ernst Käsemann, « Die Anfänge christlicher Theologie », Zeitschrift für Theologie und Kirche, 1960) : L'apocalyptique, c'est-à-dire l'attente imminente du règne de Dieu et du retour du Christ, est « la mère de toute la théologie chrétienne ». Paul pense la révélation à partir de la fin qui vient.
- La révélation des mystères célestes (Christopher Rowland, The Open Heaven, 1982) : Ce qui unit les apocalypses juives et chrétiennes n'est pas d'abord l'eschatologie, mais la conviction que Dieu dévoile à des voyants les réalités cachées du ciel. La fin des temps n'est qu'un des secrets révélés.
- Une définition à deux axes (John J. Collins (dir.), Apocalypse: The Morphology of a Genre, Semeia 14, 1979) : Une apocalypse est un récit où un être céleste révèle à un humain une réalité transcendante, à la fois temporelle (le salut final) et spatiale (un autre monde, surnaturel). Les deux dimensions vont ensemble.
Les emplois du Nouveau Testament donnent raison à Collins : ἀποκάλυψις désigne à la fois des révélations présentes (Ga 1.12 ; 2 Co 12.1) et la manifestation finale (1 P 1.13 ; Rm 8.19). Le lien entre les deux est le Christ : celui qui est déjà révélé à la foi sera révélé à tous. Käsemann rappelle la tension vers la fin, Rowland la dimension de dévoilement, l'une et l'autre nécessaires.
Portée théologique
La révélation, dans la Bible, est l'initiative de Dieu qui se fait connaître. L'homme ne découvre pas Dieu au terme de sa recherche ; c'est Dieu qui ôte le voile. Jésus le dit en remerciant le Père d'avoir révélé aux petits ce qu'il a caché aux sages (Mt 11.25), et à Pierre : « ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela » (Mt 16.17). La connaissance de Dieu est un don avant d'être une conquête.
Chez Paul, cette révélation a un centre : le Christ. Elle a retourné sa vie sur le chemin de Damas (Ga 1.12-16) et elle lui a fait comprendre le « mystère » de l'inclusion des païens (Ep 3.3-6). Mais elle reste inachevée. Les croyants vivent « dans l'attente de la manifestation de notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Co 1.7), et la création entière attend la révélation des enfants de Dieu (Rm 8.19).
Pour la prédication, le mot corrige un contresens courant : « apocalypse » ne signifie pas catastrophe, mais dévoilement. Le livre qui porte ce titre n'est pas d'abord un calendrier de malheurs ; c'est la « révélation de Jésus-Christ » (Ap 1.1), qui montre aux Églises éprouvées qui règne vraiment.
Chaîne : Dieu dévoile ce qui était caché
- 1 S 3.21 L'Éternel se révèle à Samuel : « L'Éternel continuait à apparaître dans Silo; car l'Éternel se révélait à Samuel, dans Silo, par la parole de l'Éternel. »
- És 40.5 La gloire sera révélée : « Alors la gloire de l'Éternel sera révélée, Et au même instant toute chair la verra; Car la bouche de l'Éternel a parlé. »
- Dn 2.28 Le Dieu qui révèle les secrets : « Mais il y a dans les cieux un Dieu qui révèle les secrets, et qui a fait connaître au roi Nebucadnetsar ce qui arrivera dans la suite des temps. Voici ton songe et les visions que tu as eues sur ta couche. »
- Am 3.7 Son secret aux prophètes : « Car le Seigneur, l'Éternel, ne fait rien Sans avoir révélé son secret à ses serviteurs les prophètes. »
- Mt 11.25 Révélé aux enfants : « En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit: Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. »
- Mt 16.17 Ce n'est pas la chair et le sang : « Jésus, reprenant la parole, lui dit: Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais c'est mon Père qui est dans les cieux. »
- Lc 2.32 Lumière pour les nations : « Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d'Israël, ton peuple. »
- Rm 8.19 La création attend : « Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. »
- Ga 1.12 Paul reçoit l'Évangile : « car je ne l'ai ni reçu ni appris d'un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ. »
- Ep 3.3 Le mystère dévoilé : « C'est par révélation que j'ai eu connaissance du mystère sur lequel je viens d'écrire en peu de mots. »
- 1 P 1.13 Quand le Christ apparaîtra : « C'est pourquoi, ceignez les reins de votre entendement, soyez sobres, et ayez une entière espérance dans la grâce qui vous sera apportée, lorsque Jésus-Christ apparaîtra. »
- Ap 1.1 Révélation de Jésus-Christ : « Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a donnée pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt, et qu'il a fait connaître, par l'envoi de son ange, à son serviteur Jean, »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- tôrâ : instruction, loi
- dābār : parole ; chose, affaire
- nābîʾ : prophète
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- logos : parole, compte, raison
- euangelion : bonne nouvelle, Évangile
- graphē : écrit, Écriture
- alētheia : vérité
Bibliographie
- Albrecht Oepke, art. « καλύπτω, ἀποκαλύπτω, ἀποκάλυψις », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 3.
- John J. Collins (dir.), Apocalypse: The Morphology of a Genre, Semeia 14, Missoula, Scholars Press, 1979.
- Christopher Rowland, The Open Heaven: A Study of Apocalyptic in Judaism and Early Christianity, Londres, SPCK, 1982.
- Ernst Käsemann, « Die Anfänge christlicher Theologie », Zeitschrift für Theologie und Kirche 57, 1960.
- Markus Bockmuehl, Revelation and Mystery in Ancient Judaism and Pauline Christianity, Tübingen, Mohr Siebeck, 1990.
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