parousia παρουσία
Strong G3952 · nom féminin · présence, venue, avènement · 24 occurrences
La présence de quelqu'un, puis son arrivée. Dans le monde grec, le mot désignait la visite officielle d'un souverain. Le Nouveau Testament l'emploie pour la venue glorieuse du Christ à la fin des temps, objet d'espérance, de vigilance et de débats.
Racine et étymologie
Le nom vient du verbe πάρειμι, « être présent, être là » (παρά, « auprès de », et εἰμί, « être »). Son sens premier est donc statique : la présence. Son contraire est ἀπουσία, « absence », et Paul les oppose dans la même phrase : « non seulement comme en ma présence, mais bien plus encore maintenant que je suis absent » (Ph 2.12). Le sens dynamique, « arrivée, venue », vient de ce que la présence commence par une arrivée.
Dans la langue de l'époque hellénistique, le mot avait pris un sens technique que les papyrus et les inscriptions ont fait connaître : la visite officielle d'un roi ou d'un empereur dans une ville. On préparait cette parousie par des travaux, on frappait parfois des monnaies, on allait au-devant du souverain pour l'escorter. Adolf Deissmann a popularisé ce rapprochement au début du XXe siècle.
Ce contexte éclaire 1 Thessaloniciens 4.17 : les croyants sont enlevés « à la rencontre » du Seigneur, ἀπάντησις, mot qui désignait justement la délégation sortant de la ville pour accueillir le visiteur et l'accompagner à l'intérieur. Le Nouveau Testament emploie aussi deux mots voisins pour le retour du Christ : ἐπιφάνεια, « manifestation » (Tt 2.13), et ἀποκάλυψις, « révélation ».
Sens et emplois
La présence physique
Le sens ordinaire : être là en personne. Les Corinthiens reprochent à Paul d'écrire des lettres fortes mais de faire piètre figure quand il est présent.
« présent en personne, il est faible, »2 Co 10.10, Segond 1910
L'arrivée d'un proche
Le mot décrit aussi l'arrivée d'un collaborateur attendu. La venue de Tite console Paul : une parousie humaine peut déjà être une grâce.
« nous a consolés par l'arrivée de Tite, »2 Co 7.6, Segond 1910
L'avènement du Seigneur
Le sens théologique principal, fixé dès la plus ancienne lettre de Paul. Les Thessaloniciens s'inquiètent du sort des morts ; Paul répond que tous, vivants et morts, prendront part à la venue du Seigneur.
« nous les vivants, restés pour l'avènement du Seigneur, »1 Th 4.15, Segond 1910
L'avènement du Fils de l'homme
Matthieu est le seul évangéliste à employer le mot. Dans le discours sur la fin, la venue du Fils de l'homme sera soudaine et visible de tous, comme l'éclair.
« ainsi sera l'avènement du Fils de l'homme. »Mt 24.27, Segond 1910
La contre-parousie de l'impie
Paul emploie le même mot pour la venue de l'adversaire de la fin des temps, imitation trompeuse de celle du Christ. Segond traduit ici par « apparition ».
« L'apparition de cet impie se fera, par la puissance de Satan, »2 Th 2.9, Segond 1910
La venue du jour de Dieu
La deuxième lettre de Pierre parle de l'avènement du « jour de Dieu », reprenant l'attente prophétique du « jour de l'Éternel ». Les croyants peuvent même le « hâter » par leur conduite.
« tandis que vous attendez et hâtez l'avènement du jour de Dieu, »2 P 3.12, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Le mot n'a pas d'équivalent hébreu direct. La Septante ne l'emploie que rarement, dans des livres tardifs comme Judith et les livres des Maccabées, et jamais pour une venue de Dieu. L'idée, en revanche, est profondément enracinée dans l'Ancien Testament : « Dieu vient » (Ps 96.13), « soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez » (Ml 3.1), et surtout le « jour de l'Éternel » annoncé par les prophètes, jour de jugement et de salut. Le fils d'homme de Daniel 7.13, qui vient « sur les nuées des cieux », fournit l'image reprise par Jésus.
Les auteurs du Nouveau Testament ont donc puisé un mot du vocabulaire politique grec pour dire une attente juive. Pour un lecteur de Thessalonique, parler de la « parousie » du Seigneur Jésus, c'était aussi suggérer qu'il était le vrai souverain, au-dessus de l'empereur. La Vulgate traduit par adventus, d'où « avènement » et le temps liturgique de l'Avent. Segond emploie « avènement », mais aussi « présence », « arrivée » et « retour » selon le contexte.
Le débat
Comment s'articulent la parousie, l'« enlèvement » des croyants (1 Th 4.17) et le règne de mille ans (Ap 20) ?
- Un enlèvement avant la tribulation (John F. Walvoord, The Rapture Question, 1957) : Lecture dispensationaliste : le Christ vient d'abord chercher son Église, de manière invisible au monde, avant une période de grande tribulation ; il revient ensuite en gloire pour régner mille ans sur la terre. Argument : les promesses à Israël et à l'Église sont distinctes.
- Une seule venue, après la tribulation (George Eldon Ladd, The Blessed Hope, 1956) : Prémillénarisme dit « historique » : l'Église traversera la tribulation, et la parousie est un seul événement public, suivi du règne millénaire. L'« enlèvement » est la sortie des croyants à la rencontre du Seigneur qui vient, et non un départ secret.
- Une seule venue, sans règne terrestre de mille ans (Anthony A. Hoekema, The Bible and the Future, 1979) : Lecture amillénariste : les mille ans d'Apocalypse 20 symbolisent le temps présent, où le Christ règne déjà. La parousie est un événement unique qui inaugure en même temps la résurrection, le jugement et la nouvelle création. C'est la position majoritaire dans les traditions catholique, orthodoxe, luthérienne et réformée.
- Une prophétie en partie accomplie (R. C. Sproul, The Last Days According to Jesus, 1998) : Prétérisme partiel : une grande partie du discours de Matthieu 24 vise la destruction de Jérusalem en 70, d'où l'expression « cette génération ne passera point ». La parousie finale reste cependant à venir.
Ces positions divisent des chrétiens qui partagent la même confession : « il viendra juger les vivants et les morts ». Le texte de Paul est d'abord pastoral : il veut consoler des endeuillés (1 Th 4.18), non établir un calendrier, et Jésus lui-même dit que personne ne connaît le jour (Mt 24.36). La prudence s'impose donc sur la chronologie, sans affaiblir la certitude de la venue.
Portée théologique
La parousie est le point d'arrivée de l'histoire chrétienne : celui qui est venu dans l'humilité reviendra dans la gloire. L'espérance de cette venue imprègne les plus anciens textes chrétiens, jusqu'à la prière araméenne « Maranatha », « Seigneur, viens ! » (1 Co 16.22), que l'Apocalypse reprend dans son dernier verset. Elle n'est pas d'abord une curiosité sur l'avenir mais une relation : « ainsi nous serons toujours avec le Seigneur » (1 Th 4.17).
Le Nouveau Testament affronte déjà la question du retard. Les moqueurs demandent « où est la promesse de son avènement ? » (2 P 3.4), et la réponse est la patience de Dieu, qui veut que tous arrivent à la repentance. Hans Conzelmann (Die Mitte der Zeit, 1954) a vu dans l'œuvre de Luc une adaptation de l'Église à ce délai. Pour la prédication, la parousie appelle à la fois la vigilance (Mt 24.42), la persévérance du laboureur qui attend la pluie (Jc 5.7) et une vie « irrépréhensible » (1 Th 5.23), sans spéculation sur les dates.
Chaîne : L'attente de sa venue
- Dn 7.13 Le fils de l'homme sur les nuées : « Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu'un de semblable à un fils de l'homme; il s'avança vers l'ancien des jours, et on le fit approcher de lui. »
- Za 14.4 Ses pieds sur la montagne des oliviers : « Ses pieds se poseront en ce jour sur la montagne des oliviers, Qui est vis-à-vis de Jérusalem, du côté de l'orient; La montagne des oliviers se fendra par le milieu, à l'orient et à l'occident, Et il se formera une très grande vallée: Une moitié de la montagne reculera vers le septentrion, Et une moitié vers le midi. »
- Ml 3.1 Soudain entrera le Seigneur : « Voici, j'enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez; Et le messager de l'alliance que vous désirez, voici, il vient, Dit l'Éternel des armées. »
- Mt 24.3 La question des disciples : « Il s'assit sur la montagne des oliviers. Et les disciples vinrent en particulier lui faire cette question: Dis-nous, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde? »
- Mt 24.36 Nul ne connaît le jour : « Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. »
- Ac 1.11 Il viendra de la même manière : « et dirent: Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel. »
- 1 Co 15.23 Chacun en son rang : « mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement. »
- 1 Th 4.15 Les vivants et les morts : « Voici, en effet, ce que nous vous déclarons d'après la parole du Seigneur: nous les vivants, restés pour l'avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui sont morts. »
- 2 Th 2.8 L'éclat de son avènement : « Et alors paraîtra l'impie, que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu'il anéantira par l'éclat de son avènement. »
- Jc 5.8 Patience, l'avènement est proche : « Vous aussi, soyez patients, affermissez vos cœurs, car l'avènement du Seigneur est proche. »
- 2 P 3.9 La patience de Dieu : « Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance. »
- Ap 22.20 Viens, Seigneur Jésus : « Celui qui atteste ces choses dit: Oui, je viens bientôt. Amen! Viens, Seigneur Jésus! »
Mots apparentés
- apokalypsis ἀποκάλυψις : révélation, dévoilement
- anastasis ἀνάστασις : résurrection, relèvement
- elpis ἐλπίς : espérance
- eimi εἰμί : être, exister
- bôʾ בּוֹא : venir, entrer
Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »
- māšîaḥ : oint
- melek : roi
- ṣiyyôn : Sion
- ʿebed : serviteur, esclave
- Christos : Christ, oint, Messie
- basileia : règne, royaume, royauté
- huios : fils
- ekklēsia : assemblée, Église
Bibliographie
- Adolf Deissmann, Licht vom Osten, Tübingen, Mohr, 1908.
- George Eldon Ladd, The Blessed Hope, Grand Rapids, Eerdmans, 1956.
- John F. Walvoord, The Rapture Question, Findlay (Ohio), Dunham, 1957.
- Anthony A. Hoekema, The Bible and the Future, Grand Rapids, Eerdmans, 1979.
- Albrecht Oepke, art. « παρουσία, πάρειμι », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 5.
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