bôʾ בּוֹא

Strong H935 · verbe · venir, entrer · 2547 occurrences

Le grand verbe hébreu du mouvement vers un but : venir, entrer, arriver, et à la forme causative faire venir, apporter. Il dit aussi l'accomplissement des paroles, la venue de Dieu pour juger et sauver, et l'attente de « celui qui vient ».

Racine et étymologie

Bôʾ est l'un des verbes les plus fréquents de la Bible hébraïque, au même rang que « dire », « être » ou « faire ». C'est un verbe dit « creux » : sa voyelle centrale (ô, â) disparaît ou change selon les formes, si bien que le lecteur rencontre aussi bien bāʾ (« il est venu ») que yābôʾ (« il viendra ») ou bōʾ (« viens, entre »). La racine est commune aux langues sémitiques, mais c'est l'usage biblique qui en fixe les nuances.

Le français oblige à choisir entre « venir », « aller », « entrer » et « arriver » ; l'hébreu, lui, regarde d'abord le point d'arrivée. Bôʾ décrit un déplacement qui atteint son but : on « vient » vers quelqu'un, on « entre » dans une maison, une ville, l'arche ou le pays promis. Son contraire naturel est yāṣāʾ, « sortir ». Les deux verbes associés forment une expression pour toute l'activité d'une personne : David « sortait et rentrait » à la tête du peuple (1 S 18.16), et le psalmiste reçoit cette promesse : « L'Éternel gardera ton départ et ton arrivée » (Ps 121.8).

À la forme causative (hifil), le verbe devient « faire venir, amener, apporter » : Dieu « fit venir » les animaux vers l'homme (Gn 2.19), Caïn « apporte » une offrande (Gn 4.3), l'Éternel « fera entrer » Israël dans le pays (Dt 6.10). Plusieurs mots en dérivent : māḇôʾ, « entrée », et aussi « couchant », car en hébreu le soleil « entre » le soir (Gn 15.12 ; 28.11) ; tᵉḇûʾâ, le « produit » de la terre, littéralement ce qui « rentre » à la récolte.

Sens et emplois

  1. Entrer, aller vers un lieu

    Le sens le plus concret : franchir un seuil, pénétrer dans un espace. L'entrée dans l'arche est déjà une entrée dans le salut ; plus tard, entrer dans le pays sera l'accomplissement de la promesse faite aux patriarches.

    « L'Éternel dit à Noé: Entre dans l'arche, toi et toute ta maison; »Gn 7.1, Segond 1910
  2. Faire venir, apporter

    À la forme causative, le sujet fait aller quelqu'un ou quelque chose vers un but. Le verbe sert pour les offrandes que l'on « apporte » et pour Dieu qui « amène » à l'homme les êtres qu'il a formés.

    « et il les fit venir vers l'homme, pour voir comment il les appellerait, »Gn 2.19, Segond 1910
  3. Arriver, s'accomplir

    Ce ne sont pas seulement des personnes qui « viennent », mais des événements et des paroles. Une promesse « vient » quand elle se réalise ; c'est aussi le critère du vrai prophète en Deutéronome 18.22.

    « aucune ne resta sans effet: toutes s'accomplirent. »Jos 21.45, Segond 1910
  4. Locutions de la vie humaine

    Le verbe entre dans des tournures imagées : « venir dans les jours » signifie vieillir, « aller vers ses pères » désigne la mort (Gn 15.15), « venir vers » une femme est un euphémisme pour l'union conjugale (Gn 16.2 ; 29.21).

    « Abraham était vieux, avancé en âge; »Gn 24.1, Segond 1910
  5. La venue de Dieu

    Dieu lui-même « vient » : pour se manifester, pour juger la terre, pour habiter au milieu de son peuple. Les psaumes du règne de l'Éternel en font un cri de joie adressé à toute la création.

    « Car il vient, Car il vient pour juger la terre; »Ps 96.13, Segond 1910
  6. « Celui qui vient »

    Le participe habbāʾ, « celui qui vient », désigne d'abord le roi ou le pèlerin accueilli aux portes du temple. Le Nouveau Testament y entendra un titre du Messie attendu.

    « Béni soit celui qui vient au nom de l'Éternel! »Ps 118.26, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend bôʾ surtout par ἔρχομαι, « venir », et par ses composés : εἰσέρχομαι, « entrer », εἰσπορεύομαι, « pénétrer », ἥκω, « être arrivé ». La forme causative passe par φέρω, « apporter », ou εἰσάγω, « faire entrer ». La largeur du verbe hébreu se trouve ainsi répartie entre plusieurs mots grecs, ce qui explique que les citations de l'Ancien Testament dans le Nouveau ne gardent pas toujours le même verbe.

Le point de contact essentiel est le participe. Psaume 118.26 devient en grec εὐλογημένος ὁ ἐρχόμενος, et c'est mot pour mot l'acclamation des foules à l'entrée de Jésus à Jérusalem (Mt 21.9). Jean-Baptiste reprend ce participe comme un titre : « Es-tu celui qui doit venir ? » (Mt 11.3). En Habacuc 2.3, la Septante rend le double bôʾ hébreu par ἐρχόμενος ἥξει, « venant, il viendra » ; l'épître aux Hébreux ajoute l'article et en fait une personne : « celui qui doit venir viendra » (Hé 10.37). L'Apocalypse en fait enfin un nom de Dieu : « celui qui est, qui était, et qui vient » (Ap 1.4).

Le débat

En Genèse 49.10, « jusqu'à ce que vienne le Schilo » : qui doit venir ?

Le texte hébreu est difficile et aucune solution ne s'impose par la seule grammaire. Mais les trois premières lectures convergent : le verset annonce une royauté de Juda qui culmine dans une figure à qui les nations se soumettent. C'est ce que reprennent les prophètes (Za 9.9) et ce que le Nouveau Testament voit accompli dans « le lion de la tribu de Juda » (Ap 5.5). La traduction Segond garde le mystère en conservant « Schilo » comme un nom.

Portée théologique

Le Dieu de la Bible n'est pas un principe immobile : il « vient ». Il vient au Sinaï dans la nuée, il entre avec sa gloire dans la tente puis dans le temple, au point que Moïse lui-même ne peut plus y entrer (Ex 40.35). Il vient aussi pour juger : les psaumes du règne (Ps 96 ; 98) annoncent cette venue comme une bonne nouvelle, car le juge qui vient rétablit le droit pour les opprimés. Après l'exil, Ézéchiel voit la gloire « entrer » de nouveau dans la maison par la porte orientale (Éz 43.4) : le départ de Dieu n'était pas définitif.

L'espérance d'Israël se dit avec ce verbe. « Voici, les jours viennent » est la formule par laquelle les prophètes ouvrent l'avenir, celui de l'alliance nouvelle (Jr 31.31) comme celui du jugement (Am 8.11). Au centre de cette attente se trouve une personne : le roi qui vient à Sion monté sur un âne (Za 9.9), le Seigneur qui entre soudain dans son temple (Ml 3.1), celui que l'on bénit parce qu'il vient au nom de l'Éternel (Ps 118.26).

Les évangiles relisent la vie de Jésus à travers ce vocabulaire. Les foules l'accueillent avec les mots du Psaume 118, Jean-Baptiste lui demande s'il est « celui qui doit venir », et Jésus répond en montrant les signes annoncés par Ésaïe. La foi chrétienne vit ainsi entre deux venues : celle qui a eu lieu, et celle qu'elle attend encore. La dernière prière de la Bible, « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22.20), traduit en grec ce que les psaumes et les prophètes disaient déjà avec bôʾ. Pour la prédication, le verbe rappelle que l'initiative appartient à Dieu : c'est lui qui vient le premier, et l'homme est invité à « entrer » dans ses parvis avec des louanges (Ps 100.4).

Chaîne : Celui qui vient

  1. Gn 7.1 Entrer dans l'arche : « L'Éternel dit à Noé: Entre dans l'arche, toi et toute ta maison; car je t'ai vu juste devant moi parmi cette génération. »
  2. Gn 49.10 Jusqu'à ce que vienne le Schilo : « Le sceptre ne s'éloignera point de Juda, Ni le bâton souverain d'entre ses pieds, Jusqu'à ce que vienne le Schilo, Et que les peuples lui obéissent. »
  3. Ex 40.35 Moïse ne peut entrer : « Moïse ne pouvait pas entrer dans la tente d'assignation, parce que la nuée restait dessus, et que la gloire de l'Éternel remplissait le tabernacle. »
  4. Ps 24.7 Que le roi de gloire entre : « Portes, élevez vos linteaux; Elevez-vous, portes éternelles! Que le roi de gloire fasse son entrée! - »
  5. Ps 118.26 Béni soit celui qui vient : « Béni soit celui qui vient au nom de l'Éternel! Nous vous bénissons de la maison de l'Éternel. »
  6. És 40.10 Le Seigneur vient avec puissance : « Voici, le Seigneur, l'Éternel vient avec puissance, Et de son bras il commande; Voici, le salaire est avec lui, Et les rétributions le précèdent. »
  7. Éz 43.4 La gloire revient au temple : « La gloire de l'Éternel entra dans la maison par la porte qui était du côté de l'orient. »
  8. Za 9.9 Ton roi vient à toi : « Sois transportée d'allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d'une ânesse. »
  9. Ml 3.1 Le messager de l'alliance : « Voici, j'enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez; Et le messager de l'alliance que vous désirez, voici, il vient, Dit l'Éternel des armées. »
  10. Mt 11.3 Es-tu celui qui doit venir ? : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? »
  11. Mt 21.9 L'entrée à Jérusalem : « Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient: Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna dans les lieux très hauts! »
  12. Ap 22.20 Viens, Seigneur Jésus : « Celui qui atteste ces choses dit: Oui, je viens bientôt. Amen! Viens, Seigneur Jésus! »

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Bibliographie

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