anastasis ἀνάστασις
Strong G386 · nom féminin · résurrection, relèvement · 42 occurrences
Littéralement « le fait de se relever ». Dans le Nouveau Testament, le mot désigne presque toujours la résurrection des morts : celle de Jésus, premier ressuscité, et celle qu'attendent tous les humains à la fin des temps. C'est le cœur de la prédication apostolique.
Racine et étymologie
Le nom est formé sur le verbe ἀνίστημι (G450), « faire lever, se lever », composé de ἀνά, « vers le haut », et de ἵστημι, « se tenir debout ». L'image est celle du dormeur ou du gisant qui se remet debout. En grec classique, le mot avait des sens très terre à terre : se lever de son siège, relever une statue, et même le déplacement forcé d'une population chassée de ses terres.
Pour les Grecs, l'idée d'une résurrection des morts n'allait pas de soi. Dans les Euménides d'Eschyle, Apollon déclare qu'une fois qu'un homme est mort, « il n'y a pas d'anastasis ». On comprend la réaction des philosophes d'Athènes devant Paul : certains crurent qu'il annonçait deux divinités, « Jésus et Anastasis » (Ac 17.18), d'autres se moquèrent dès qu'il parla de résurrection des morts (Ac 17.32).
Le Nouveau Testament emploie deux verbes pour la résurrection : ἀνίστημι, « se relever », et ἐγείρω (G1453), « réveiller, relever », qui suggère l'image du sommeil. Le nom ἀνάστασις sert pour les deux. Paul forge aussi une fois le composé ἐξανάστασις, « résurrection d'entre les morts » (Ph 3.11), pour souligner que l'on sort du milieu des morts.
Sens et emplois
Le relèvement
Dans la prophétie de Siméon, le mot garde un sens figuré : l'enfant sera pour Israël une occasion de chute pour les uns et de relèvement pour les autres. C'est le premier emploi du mot dans l'évangile de Luc.
« cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, »Lc 2.34, Segond 1910
Une croyance disputée
Au temps de Jésus, la résurrection des morts divise le judaïsme. Les pharisiens l'affirment, les sadducéens la rejettent, et Paul exploite ce désaccord devant le sanhédrin.
« Car les sadducéens disent qu'il n'y a point de résurrection, »Ac 23.8, Segond 1910
La résurrection finale, pour la vie ou le jugement
Reprenant Daniel 12.2, Jésus annonce une résurrection de tous, suivie d'une issue double. Paul parle de même d'une résurrection « des justes et des injustes » (Ac 24.15).
« Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour le jugement. »Jn 5.29, Segond 1910
La résurrection de Jésus
Le sens central de la prédication des Actes : Dieu a ressuscité Jésus. Les apôtres se présentent avant tout comme « témoins de sa résurrection » (Ac 1.22).
« c'est la résurrection du Christ qu'il a prévue et annoncée, »Ac 2.31, Segond 1910
Jésus, la résurrection en personne
Marthe croit à la résurrection du dernier jour ; Jésus la ramène au présent et à lui-même. La résurrection n'est plus seulement un événement à venir mais une personne à rencontrer.
« Je suis la résurrection et la vie. »Jn 11.25, Segond 1910
Une puissance déjà à l'œuvre
Chez Paul, la résurrection du Christ agit dès maintenant dans la vie du croyant, unie à sa mort par le baptême. Elle est puissance de vie nouvelle avant d'être événement final.
« Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, »Ph 3.10, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
L'hébreu biblique n'a pas de nom pour « résurrection ». Il emploie des verbes : qûm (H6965), « se lever », et qîṣ, « se réveiller ». Ésaïe 26.19 en est l'exemple le plus net : « Que tes morts revivent ! Que mes cadavres se relèvent ! », que la Septante traduit par le verbe ἀνίστημι. Daniel 12.2, le texte le plus explicite de l'Ancien Testament, parle de ceux « qui dorment dans la poussière » et « se réveilleront ». D'autres passages, comme la vision des ossements desséchés (Éz 37), appliquent l'image au relèvement du peuple.
Le nom lui-même est rare dans la Septante : on le lit surtout dans 2 Maccabées, où des martyrs juifs affirment leur espérance d'une « résurrection pour la vie » (2 M 7.14). La littérature rabbinique parlera de teḥiyyat ha-mētîm, « la vie rendue aux morts », et la Mishna fera de cette croyance un article de foi. La Vulgate traduit par resurrectio, d'où le français « résurrection ». Segond rend le mot par « résurrection », sauf en Luc 2.34 où elle choisit « relèvement ».
Le débat
Qu'affirment exactement les premiers chrétiens quand ils parlent de la « résurrection » de Jésus ?
- L'éveil de la foi des disciples (Rudolf Bultmann, « Neues Testament und Mythologie », 1941) : La résurrection n'est pas un événement historique vérifiable mais l'expression mythologique de la signification de la croix. Ce qui s'est produit à Pâques, c'est la naissance de la foi des disciples, et le Christ ressuscite dans la prédication qui appelle à la décision.
- Des visions, sans tombeau vide (Gerd Lüdemann, Die Auferstehung Jesu, 1994) : Les apparitions sont des expériences visionnaires réelles mais intérieures, d'abord chez Pierre puis chez Paul. Le tombeau vide serait une légende apologétique plus tardive. Lüdemann en conclut que la foi chrétienne traditionnelle n'est plus tenable.
- Un événement de l'histoire (Wolfhart Pannenberg, Grundzüge der Christologie, 1964) : La résurrection est un événement réel qui relève, au moins en partie, de l'enquête historique. Elle prend son sens dans l'attente apocalyptique juive d'une résurrection finale, dont elle est l'anticipation.
- Un corps transformé (N. T. Wright, The Resurrection of the Son of God, 2003) : Dans le judaïsme comme chez les païens, anastasis désignait toujours un retour à une vie corporelle, jamais une survie de l'âme. Seuls un tombeau vide et des rencontres avec Jésus vivant expliquent que des Juifs aient affirmé si tôt la résurrection d'un seul homme avant la fin des temps.
L'étude du vocabulaire donne un point solide au débat : quand les premiers chrétiens disent anastasis, leurs auditeurs comprennent un relèvement corporel, ce que confirme 1 Corinthiens 15.42-44 en parlant d'un corps « semé corruptible » et ressuscité « incorruptible ». Les positions divergent ensuite sur l'historicité, question qui dépasse la lexicographie et engage la foi.
Portée théologique
La résurrection n'est pas un article parmi d'autres : « s'il n'y a point de résurrection des morts, Christ non plus n'est pas ressuscité », et la foi est vaine (1 Co 15.13-14). La résurrection de Jésus est présentée comme les « prémices » de la moisson, le début de la résurrection générale anticipée au milieu de l'histoire. Elle confirme que Jésus est le Fils de Dieu (Rm 1.4), elle fonde l'« espérance vivante » des croyants (1 P 1.3) et elle donne déjà au baptisé une vie nouvelle (Rm 6.5).
L'espérance biblique n'est pas l'immortalité d'une âme délivrée du corps, comme chez Platon, mais la résurrection de la personne entière dans un corps transformé. Oscar Cullmann a souligné ce contraste dans un essai célèbre (Immortalité de l'âme ou résurrection des morts ?, 1956), tout en suscitant des débats sur l'état des morts en attendant la résurrection. Pour la prédication, cette espérance donne du poids au corps, à la création et à la justice : rien de ce qui est fait dans le Seigneur n'est vain (1 Co 15.58). Elle rappelle aussi la gravité du jugement, puisque la résurrection concerne « les justes et les injustes ».
Chaîne : L'espérance de la résurrection
- Jb 19.25 Mon rédempteur est vivant : « Mais je sais que mon rédempteur est vivant, Et qu'il se lèvera le dernier sur la terre. »
- Ps 16.10 Tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts : « Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption. »
- És 26.19 Que tes morts revivent : « Que tes morts revivent! Que mes cadavres se relèvent! -Réveillez-vous et tressaillez de joie, habitants de la poussière! Car ta rosée est une rosée vivifiante, Et la terre redonnera le jour aux ombres. »
- Éz 37.12 J'ouvrirai vos sépulcres : « Prophétise donc, et dis-leur: Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel: Voici, j'ouvrirai vos sépulcres, je vous ferai sortir de vos sépulcres, ô mon peuple, et je vous ramènerai dans le pays d'Israël. »
- Dn 12.2 Ceux qui dorment se réveilleront : « Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l'opprobre, pour la honte éternelle. »
- Os 6.2 Le troisième jour : « Il nous rendra la vie dans deux jours; Le troisième jour il nous relèvera, Et nous vivrons devant lui. »
- Mt 22.31 Jésus répond aux sadducéens : « Pour ce qui est de la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu ce que Dieu vous a dit: »
- Jn 11.25 Je suis la résurrection : « Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; »
- Ac 2.31 La prédication de la Pentecôte : « c'est la résurrection du Christ qu'il a prévue et annoncée, en disant qu'il ne serait pas abandonné dans le séjour des morts et que sa chair ne verrait pas la corruption. »
- Rm 6.5 Unis à sa résurrection : « En effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection, »
- 1 Co 15.42 Semé corruptible, ressuscité incorruptible : « Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible; il ressuscite incorruptible; »
- Ap 20.6 La première résurrection : « Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection! La seconde mort n'a point de pouvoir sur eux; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans. »
Mots apparentés
- thanatos θάνατος : mort
- zōē ζωή : vie
- parousia παρουσία : présence, venue, avènement
- sôma σῶμα : corps
- elpis ἐλπίς : espérance
Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »
- māšîaḥ : oint
- melek : roi
- ṣiyyôn : Sion
- ʿebed : serviteur, esclave
- Christos : Christ, oint, Messie
- basileia : règne, royaume, royauté
- huios : fils
- ekklēsia : assemblée, Église
Bibliographie
- N. T. Wright, The Resurrection of the Son of God, Londres, SPCK, 2003.
- Oscar Cullmann, Immortalité de l'âme ou résurrection des morts ?, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1956.
- Wolfhart Pannenberg, Grundzüge der Christologie, Gütersloh, Mohn, 1964.
- Gerd Lüdemann, Die Auferstehung Jesu: Historie, Erfahrung, Theologie, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1994.
- Albrecht Oepke, art. « ἀνίστημι, ἀνάστασις », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 1.
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