melek מֶלֶךְ
Strong H4428 · nom masculin · roi · 2508 occurrences
Le souverain d'une cité, d'un peuple ou d'un empire. Israël l'emprunte aux nations voisines, non sans méfiance, puis le confesse de Dieu lui-même : l'Éternel est le vrai roi, et le roi d'Israël n'est légitime que s'il gouverne sous lui.
Racine et étymologie
La racine m-l-k est commune à presque toutes les langues sémitiques : on la retrouve en phénicien, en araméen (malkāʾ), en arabe (malik) et en akkadien (malku, « prince »). Un détail est révélateur : en akkadien, le verbe malāku signifie d'abord « délibérer, conseiller », et l'araméen biblique emploie milkî pour « mon conseil » (Dn 4.27). Le roi serait, à l'origine, celui qui décide après avoir pris conseil.
Autour du nom gravite une famille nombreuse : le verbe mālak, « régner » (H4427, 345 emplois), et trois noms abstraits, malkût (H4438), « royauté, règne », mamlākâ (H4467), « royaume », et melûkâ, « dignité royale ». Le féminin malkâ désigne la reine, comme la reine de Saba. La formule liturgique « l'Éternel règne » (Ps 93.1) utilise le verbe, et non le nom.
Plusieurs noms propres sont formés sur la racine : Melchisédek, « mon roi est justice », Abimélek, « mon père est roi », Élimélek, « mon Dieu est roi ». Le dieu ammonite Milcom en dérive aussi. Quant à Moloc (Lv 18.21), beaucoup de savants y voient le mot melek revocalisé avec les voyelles de bōšet, « honte », pour flétrir une divinité ; d'autres y reconnaissent un terme technique désignant un type de sacrifice. La question reste ouverte.
Sens et emplois
Le roi d'une cité ou d'une nation
Le sens ordinaire et de loin le plus fréquent : les rois de Canaan, d'Égypte, d'Assyrie ou de Perse. Dès la Genèse, ces petits rois de villes encadrent l'histoire d'Abraham, et l'un d'eux, Melchisédek, est aussi prêtre.
« Melchisédek, roi de Salem, »Gn 14.18, Segond 1910
Le roi réclamé par Israël
Les anciens demandent à Samuel un roi « comme toutes les nations ». La demande est présentée comme un rejet de Dieu, mais Dieu l'accorde. Le mot porte dès lors une ambivalence durable.
« établis sur nous un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations. »1 S 8.5, Segond 1910
Le roi soumis à la Loi
Le Deutéronome encadre la royauté : le roi doit être choisi par Dieu, issu du peuple, et lire la Loi chaque jour. Il n'est pas au-dessus de ses frères. C'est une monarchie limitée, unique dans l'Orient ancien.
« tu mettras sur toi un roi que choisira l'Éternel, ton Dieu, »Dt 17.15, Segond 1910
Dieu, roi de toute la terre
Le titre royal appliqué à l'Éternel exprime sa souveraineté sur le monde entier, et pas seulement sur Israël. Isaïe, au moment de son appel, voit « le Roi » dans le temple.
« mes yeux ont vu le Roi, l'Éternel des armées. »És 6.5, Segond 1910
Le roi à venir
Après l'échec des rois historiques, les prophètes annoncent un roi juste et humble, issu de David. Les évangiles citent Zacharie lors de l'entrée de Jésus à Jérusalem.
« Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, »Za 9.9, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend melek par βασιλεύς, mot grec courant pour le souverain. Ce choix est presque automatique, mais il fait passer en grec toute la théologie de la royauté divine : « Roi des rois », « grand roi » (Ml 1.14) deviennent des titres que le Nouveau Testament applique à Dieu et au Christ (1 Tm 1.17 ; Ap 19.16). Le nom abstrait βασιλεία, « royaume, règne », traduit malkût et mamlākâ, et devient le cœur de la prédication de Jésus.
Dans les évangiles, le titre « roi des Juifs » est porté par Jésus de sa naissance (Mt 2.2) à sa croix (Jn 19.19). Il est souvent ironique dans la bouche de Pilate et des soldats, mais l'évangéliste y lit une vérité cachée. Le latin rex, puis le français « roi », ont gardé le mot sans perte de sens. Segond rend aussi, à l'occasion, la construction verbale par « régner en roi » (Jr 23.5).
Le débat
Le récit de l'institution de la royauté (1 S 8–12) condamne-t-il la monarchie, ou la légitime-t-il ?
- Deux sources opposées (Julius Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, 1883) : Le récit juxtapose une source ancienne favorable à la royauté (Saül cherchant les ânesses, la victoire sur Ammon) et une source tardive hostile (1 S 8 ; 10.17-27 ; 12), écrite quand l'expérience des rois avait déçu. Argument : les deux récits de l'avènement de Saül ne s'accordent pas.
- Le jugement de l'historien deutéronomiste (Martin Noth, Überlieferungsgeschichtliche Studien, 1943) : Un auteur unique, écrivant après la chute de Jérusalem, a organisé des traditions variées pour expliquer la catastrophe. Les discours critiques de Samuel expriment son verdict : la royauté était un risque, et l'exil l'a confirmé.
- Une ambivalence voulue (Robert Polzin, Samuel and the Deuteronomist, 1989) : Une lecture littéraire voit dans les tensions du récit non des sources mal raccordées, mais une composition délibérée : le texte fait sentir au lecteur à la fois la nécessité et le danger de la royauté.
Les trois approches convergent sur un point : le texte final tient ensemble deux jugements. La royauté est un péché quand elle imite les nations et prétend remplacer Dieu (1 S 8.7) ; elle est un don quand le roi gouverne sous Dieu (1 S 12.14). Cette tension prépare l'attente d'un roi selon le cœur de Dieu.
Portée théologique
La Bible ne sacralise pas le pouvoir : elle le relativise. Le roi d'Israël est choisi par Dieu, soumis à la Loi, interpellé par les prophètes, de Nathan devant David à Élie devant Achab. La royauté humaine n'est légitime que comme reflet de la royauté de Dieu, et l'aveu de Jg 21.25, « il n'y avait point de roi en Israël », montre aussi que l'absence d'autorité conduit au chaos. Ni anarchie ni absolutisme : c'est une leçon politique qui reste actuelle.
Les psaumes de la royauté divine (Ps 47 ; 93–99) célèbrent un Dieu qui règne sur toutes les nations et viendra juger la terre avec justice. L'échec des rois de Juda fait naître l'espérance d'un roi davidique juste (Jr 23.5), humble et pacifique (Za 9.9). Le Nouveau Testament voit ces deux lignes se rejoindre en Jésus : le roi messianique est aussi celui en qui Dieu règne. Couronné d'épines et proclamé « roi des Juifs » sur la croix, il renverse la logique du pouvoir : son règne passe par le service et le don de soi.
Chaîne : Du roi des nations au Roi des rois
- Gn 17.6 Des rois sortiront d'Abraham : « Je te rendrai fécond à l'infini, je ferai de toi des nations; et des rois sortiront de toi. »
- Dt 17.15 La loi du roi : « tu mettras sur toi un roi que choisira l'Éternel, ton Dieu, tu prendras un roi du milieu de tes frères, tu ne pourras pas te donner un étranger, qui ne soit pas ton frère. »
- Jg 21.25 Le chaos sans roi : « En ce temps-là, il n'y avait point de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon. »
- 1 S 8.5 « Comme toutes les nations » : « Ils lui dirent: Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent point sur tes traces; maintenant, établis sur nous un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations. »
- 2 S 5.3 David oint roi sur Israël : « Ainsi tous les anciens d'Israël vinrent auprès du roi à Hébron, et le roi David fit alliance avec eux à Hébron, devant l'Éternel. Ils oignirent David pour roi sur Israël. »
- Ps 24.10 Le roi de gloire : « Qui donc est ce roi de gloire? -L'Éternel des armées: Voilà le roi de gloire! -Pause. »
- És 6.5 Isaïe voit le Roi : « Alors je dis: Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j'habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l'Éternel des armées. »
- Jr 23.5 Le germe juste de David : « Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, Où je susciterai à David un germe juste; Il régnera en roi et prospérera, Il pratiquera la justice et l'équité dans le pays. »
- Za 9.9 Le roi humble sur un âne : « Sois transportée d'allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d'une ânesse. »
- Mt 2.2 Le roi des Juifs qui vient de naître : « et dirent: Où est le roi des Juifs qui vient de naître? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer. »
- Jn 18.37 « Tu le dis, je suis roi » : « Pilate lui dit: Tu es donc roi? Jésus répondit: Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. »
- Ap 19.16 Roi des rois : « Il avait sur son vêtement et sur sa cuisse un nom écrit: Roi des rois et Seigneur des seigneurs. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »
- ʿebed : serviteur, esclave
- Christos : Christ, oint, Messie
- huios : fils
- ekklēsia : assemblée, Église
- parousia : présence, venue, avènement
- anastasis : résurrection, relèvement
- bôʾ : venir, entrer
Bibliographie
- Julius Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, Berlin, Reimer, 1883.
- Martin Noth, Überlieferungsgeschichtliche Studien, Halle, Niemeyer, 1943.
- Robert Polzin, Samuel and the Deuteronomist: A Literary Study of the Deuteronomic History, San Francisco, Harper & Row, 1989.
- Sigmund Mowinckel, Psalmenstudien II : Das Thronbesteigungsfest Jahwäs und der Ursprung der Eschatologie, Kristiania, 1922.
- Helmer Ringgren et al., art. « melek », Theological Dictionary of the Old Testament.
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