māšîaḥ מָשִׁיחַ
Strong H4899 · adjectif employé comme nom masculin · oint · 39 occurrences
Celui qui a reçu l'onction d'huile et se trouve ainsi consacré à une fonction voulue par Dieu : le grand prêtre, le roi, parfois un étranger. De ce titre royal est né, au fil des siècles, l'espoir d'un « Oint » à venir : le Messie.
Racine et étymologie
Le mot dérive du verbe māšaḥ (H4886), « oindre, enduire », employé 69 fois dans l'Ancien Testament. Le sens premier est très concret : passer de l'huile ou une autre matière sur une surface. On enduit une galette de pain sans levain, on peint une maison, on graisse un bouclier de cuir. L'arabe masaḥa, « frotter, essuyer », garde ce sens matériel ; c'est de cette même racine que vient le titre coranique de Jésus, al-Masīḥ.
La forme māšîaḥ est un adjectif de sens passif, du même type que « élu » ou « consacré » : « celui qui a été oint ». Dans la Bible, il ne désigne jamais un objet mais toujours une personne, et presque toujours dans une construction qui la rattache à Dieu : « l'oint de l'Éternel », « son oint », « mon oint ». L'huile n'est donc pas un cosmétique : elle marque une appartenance. Celui qui la reçoit est mis à part, protégé, et chargé d'une mission.
Le nom apparenté mišḥâ désigne l'huile d'onction elle-même, dont Exode 30 donne la recette et réserve l'usage au sanctuaire. Le rite est attesté pour les prêtres (Ex 29.7), pour les rois (Saül, David, Salomon) et une fois pour un prophète, Élisée (1 R 19.16). Le récit de l'onction de David (1 S 16.13) associe directement l'huile et l'Esprit : l'onction visible signifie un don invisible.
Sens et emplois
Le prêtre consacré
Dans le Lévitique, l'adjectif qualifie le grand prêtre, seul à recevoir l'huile sur la tête. Sa faute engage tout le peuple, ce qui montre le poids représentatif de l'onction.
« Si c'est le sacrificateur ayant reçu l'onction qui a péché »Lv 4.3, Segond 1910
Le roi, « oint de l'Éternel »
L'emploi dominant, concentré dans les livres de Samuel. Le roi oint est inviolable : David refuse deux fois de tuer Saül, son persécuteur, parce que l'onction le place sous la protection directe de Dieu.
« car il est l'oint de l'Éternel. »1 S 24.6, Segond 1910
Le roi davidique face aux nations
Dans les psaumes royaux, l'oint est le descendant de David, intronisé à Sion. La révolte des rois contre lui est une révolte contre Dieu lui-même. Le Nouveau Testament relira ce psaume à propos de Jésus.
« Contre l'Éternel et contre son oint? »Ps 2.2, Segond 1910
Un étranger choisi : Cyrus
Cas unique et scandaleux : un roi perse, qui ne connaît pas le Dieu d'Israël, reçoit le titre d'oint parce que Dieu se sert de lui pour libérer les exilés. Le mot désigne ici une mission, non une appartenance ethnique.
« Ainsi parle l'Éternel à son oint, à Cyrus, »És 45.1, Segond 1910
Les patriarches, oints au sens figuré
Le psalmiste applique le terme aux pères d'Israël, qui n'ont jamais reçu d'huile. Le mot signifie alors « ceux que Dieu a mis à part et qu'il protège ».
« Ne touchez pas à mes oints, Et ne faites pas de mal à mes prophètes! »Ps 105.15, Segond 1910
L'Oint annoncé
Dans la prophétie des soixante-dix semaines, māšîaḥ apparaît sans article, presque comme un titre. C'est l'un des rares textes où l'on peut parler d'une figure attendue dans l'avenir.
« jusqu'à l'Oint, au Conducteur, il y a sept semaines; »Dn 9.25, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit māšîaḥ presque partout par χριστός, adjectif verbal de χρίω, « oindre ». En grec profane, le mot s'applique à un onguent ou à une chose enduite ; il n'a aucun sens religieux. C'est la traduction biblique qui en fait un titre. Ainsi, « contre son oint » du Psaume 2 devient « contre son christ », et le Nouveau Testament n'aura qu'à reprendre ce vocabulaire (Ac 4.26).
La forme hellénisée Μεσσίας, calquée sur l'araméen mešîḥāʾ, n'apparaît que deux fois, et toujours avec sa traduction : « le Messie, ce qui signifie Christ » (Jn 1.41 ; 4.25). Le français a donc hérité de deux mots pour une même réalité : « Messie », venu de l'hébreu par l'araméen, et « Christ », venu du grec. La Vulgate emploie christus dans plusieurs passages, notamment en Daniel 9.25, ce qui a renforcé la lecture christologique de ce texte en Occident. Segond garde le plus souvent « oint », et réserve la majuscule « l'Oint » aux textes qu'elle comprend comme messianiques.
Le débat
Dans l'Ancien Testament, māšîaḥ désigne-t-il déjà un Messie à venir, ou seulement le roi et le prêtre en fonction ?
- Un titre royal devenu espérance (Sigmund Mowinckel, Han som kommer, 1951 (He That Cometh, 1956)) : Dans les textes anciens, l'oint est toujours le roi régnant. Le Messie au sens strict, figure de la fin des temps, n'apparaît qu'après l'exil, quand la dynastie a disparu et que les promesses faites à David sont reportées sur l'avenir. Argument : aucun emploi de māšîaḥ n'est clairement eschatologique avant Daniel.
- Une ligne prophétique continue (Walter C. Kaiser Jr., The Messiah in the Old Testament, 1995) : Le mot importe moins que la promesse : de Genèse 3.15 à Malachie, une même attente d'un descendant royal traverse le canon. Les psaumes royaux et les oracles d'Ésaïe visent déjà, au-delà du roi historique, un Oint idéal que le Nouveau Testament identifie à Jésus.
- Des messianismes pluriels (John J. Collins, The Scepter and the Star, 1995) : Les manuscrits de Qumrân montrent qu'à l'époque de Jésus on attendait plusieurs figures ointes : un messie royal, un messie sacerdotal, un prophète. La figure unique du Messie chrétien est une synthèse, non le point de départ.
Mowinckel a raison sur le vocabulaire : dans la plupart des 39 emplois, l'oint est un personnage présent. Mais les textes eux-mêmes (Ps 2, Ps 89, Dn 9) tendent la promesse au-delà des rois réels, et Collins montre que cette tension a produit plusieurs attentes. La lecture chrétienne, défendue par Kaiser, est une relecture de ce mouvement plutôt qu'un sens lexical immédiat.
Portée théologique
L'onction dit une vocation avant de dire une gloire. L'oint n'est pas d'abord un surhomme mais quelqu'un que Dieu choisit, couvre de sa protection et charge d'une tâche. C'est pourquoi le titre peut passer du grand prêtre au roi, du roi aux patriarches, et même à un souverain païen comme Cyrus. David, qui refuse de porter la main sur Saül, enseigne le respect dû à cette élection, même chez un homme indigne.
L'histoire des rois oints est pourtant celle d'un échec : le Psaume 89 se lamente de voir l'oint rejeté, et Lamentations 4.20 pleure « l'oint de l'Éternel » capturé. C'est dans ce vide que grandit l'attente d'un Oint fidèle, rempli de l'Esprit (És 11 ; 61). Quand Jésus lit Ésaïe 61 à Nazareth et dit « aujourd'hui cette parole est accomplie », il revendique cette onction. Pour la prédication, le mot rappelle que le Christ n'est pas un nom de famille : c'est une fonction royale, sacerdotale et prophétique, que l'Église confesse accomplie en Jésus.
Chaîne : De l'huile royale au Messie
- 1 S 2.10 Le cantique d'Anne annonce l'oint : « Les ennemis de l'Éternel trembleront; Du haut des cieux il lancera sur eux son tonnerre; L'Éternel jugera les extrémités de la terre. Il donnera la puissance à son roi, Et il relèvera la force de son oint. »
- 1 S 16.13 L'onction de David et l'Esprit : « Samuel prit la corne d'huile, et l'oignit au milieu de ses frères. L'esprit de l'Éternel saisit David, à partir de ce jour et dans la suite. Samuel se leva, et s'en alla à Rama. »
- 2 S 7.12 La promesse d'une dynastie : « Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j'élèverai ta postérité après toi, celui qui sera sorti de tes entrailles, et j'affermirai son règne. »
- Ps 2.2 L'oint contesté par les nations : « Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils Et les princes se liguent-ils avec eux Contre l'Éternel et contre son oint? - »
- Ps 89.39 La crise : l'oint rejeté : « Et pourtant, tu as rejeté, tu as repoussé! Tu t'es irrité contre ton oint! »
- És 11.1 Le rejeton d'Isaï : « Puis un rameau sortira du tronc d'Isaï, Et un rejeton naîtra de ses racines. »
- És 61.1 L'oint de l'Esprit pour les pauvres : « L'esprit du Seigneur, l'Éternel, est sur moi, Car l'Éternel m'a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la liberté, Et aux prisonniers la délivrance; »
- Dn 9.25 L'Oint, le Conducteur : « Sache-le donc, et comprends! Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu'à l'Oint, au Conducteur, il y a sept semaines; dans soixante-deux semaines, les places et les fossés seront rétablis, mais en des temps fâcheux. »
- Lc 4.18 Jésus lit Ésaïe à Nazareth : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés, »
- Jn 1.41 « Nous avons trouvé le Messie » : « Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit: Nous avons trouvé le Messie ce qui signifie Christ. »
- Ac 10.38 Oint de l'Esprit et de force : « vous savez comment Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l'empire du diable, car Dieu était avec lui. »
Mots apparentés
- Christos Χριστός : Christ, oint, Messie
- melek מֶלֶךְ : roi
- ʿebed עֶבֶד : serviteur, esclave
- bôʾ בּוֹא : venir, entrer
Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »
- ṣiyyôn : Sion
- basileia : règne, royaume, royauté
- huios : fils
- ekklēsia : assemblée, Église
- parousia : présence, venue, avènement
- anastasis : résurrection, relèvement
Bibliographie
- Sigmund Mowinckel, He That Cometh, trad. G. W. Anderson, Oxford, Blackwell, 1956 (original norvégien 1951).
- John J. Collins, The Scepter and the Star: The Messiahs of the Dead Sea Scrolls and Other Ancient Literature, New York, Doubleday, 1995.
- Walter C. Kaiser Jr., The Messiah in the Old Testament, Grand Rapids, Zondervan, 1995.
- Klaus Seybold, art. « māšaḥ », Theological Dictionary of the Old Testament.
- Walter Grundmann et al., art. « χρίω, χριστός », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 9.
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