ʿebed עֶבֶד
Strong H5650 · nom masculin · serviteur, esclave · 796 occurrences
Celui qui appartient à un maître et travaille pour lui : esclave, sujet, ministre du roi. Appliqué à la relation avec Dieu, le mot devient un titre d'honneur, porté par Moïse, David, Israël et, chez Ésaïe, par le mystérieux Serviteur qui souffre pour les autres.
Racine et étymologie
Le nom vient du verbe ʿābad (H5647, 288 emplois), qui couvre un champ étonnamment large : « travailler » la terre (Gn 2.5), « servir » un maître, et « rendre un culte » à Dieu. La même racine désigne donc le labeur, la servitude et l'adoration. Le nom ʿăbōdâ, de même, signifie selon les contextes « travail pénible », « service » ou « culte ». Cette unité de vocabulaire est un fil conducteur de l'Exode : Israël passe du service de Pharaon au service de Dieu, et Moïse répète la demande « laisse aller mon peuple, pour qu'il me serve ».
La racine est commune aux langues sémitiques. En arabe, ʿabd donne de nombreux noms propres, comme ʿAbd Allāh, « serviteur de Dieu ». L'hébreu connaît les mêmes formations : Obadia (« serviteur de Yah »), Abdiel, Ebed-Mélec (« serviteur du roi »), l'Éthiopien qui sauve Jérémie.
Le mot ne dit pas d'abord une condition sociale mais une relation de dépendance. Le même homme peut être maître de ses propres esclaves et « serviteur » du roi. C'est pourquoi le terme s'applique aussi bien au dernier des esclaves qu'au premier ministre, et qu'il peut devenir, devant Dieu, le plus beau des titres.
Sens et emplois
L'esclave
Dans les lois d'Israël, l'esclave hébreu est en réalité un serviteur pour dettes, libéré la septième année. La Loi limite et humanise une institution qu'elle n'abolit pas.
« Si tu achètes un esclave hébreu, il servira six années; »Ex 21.2, Segond 1910
Le ministre ou l'officier du roi
« Serviteur du roi » est un titre de haut fonctionnaire. Des sceaux antiques portent la mention « serviteur du roi » sous le nom de leur propriétaire. Le serviteur représente son maître et agit en son nom.
« Asaja, serviteur du roi: »2 R 22.12, Segond 1910
Formule d'humilité : « ton serviteur »
Dans la conversation polie, on se désigne soi-même comme « ton serviteur ». Devant Dieu, la formule exprime la disponibilité du croyant, comme chez le jeune Samuel.
« Parle, car ton serviteur écoute. »1 S 3.10, Segond 1910
Titre d'honneur : serviteur de l'Éternel
Abraham, Moïse, Josué, David et les prophètes sont appelés « mon serviteur » par Dieu. Le titre désigne un homme de confiance, chargé d'une mission et proche de son maître.
« Il n'en est pas ainsi de mon serviteur Moïse. Il est fidèle dans toute ma maison. »Nb 12.7, Segond 1910
Israël, serviteur choisi
Dans la seconde partie d'Ésaïe, tout le peuple reçoit ce titre. Israël est le serviteur que Dieu a élu et qu'il n'oublie pas, même en exil.
« Mais toi, Israël, mon serviteur, Jacob, que j'ai choisi, »És 41.8, Segond 1910
Le Serviteur souffrant
Dans quatre poèmes d'Ésaïe, le Serviteur prend un relief singulier : il porte les fautes des autres, souffre en silence et « justifie » la multitude. Le Nouveau Testament y verra la clé de la mort de Jésus.
« Par sa connaissance mon serviteur juste justifiera beaucoup d'hommes, Et il se chargera de leurs iniquités. »És 53.11, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante répartit ʿebed entre plusieurs mots grecs, et ce choix est riche de sens. Le plus courant est δοῦλος, « esclave », qui insiste sur la dépendance. Pour Moïse, elle préfère souvent θεράπων, « serviteur de confiance », et l'Épître aux Hébreux reprend ce mot en citant Nombres 12.7 (Hé 3.5). Dans les chants du Serviteur d'Ésaïe, elle emploie surtout παῖς, mot qui signifie à la fois « serviteur » et « enfant ».
Ce dernier choix a des conséquences. Quand Matthieu cite Ésaïe 42.1 (Mt 12.18) ou quand Pierre parle de Dieu qui « a glorifié son serviteur Jésus » (Ac 3.13), c'est παῖς que l'on lit, et le lecteur grec pouvait entendre « son enfant ». Paul, lui, choisit le mot le plus dur : le Christ a pris « une forme de serviteur », μορφὴ δούλου, de l'esclave (Ph 2.7). Les traductions françaises hésitent entre « serviteur » et « esclave » ; Segond emploie les deux selon le contexte social.
Le débat
Qui est le Serviteur souffrant d'Ésaïe 52.13–53.12 ?
- Le peuple d'Israël (Rashi, commentaire d'Ésaïe, XIe siècle) : Le Serviteur est Israël, ou le reste fidèle d'Israël, humilié parmi les nations. Ce sont les rois étrangers qui parlent en Ésaïe 53 et reconnaissent avec stupeur qu'il a souffert à leur place. Argument : Ésaïe nomme explicitement Israël « mon serviteur » (És 41.8 ; 49.3).
- Une figure individuelle et messianique (Targum de Jonathan sur Ésaïe ; lecture chrétienne depuis Ac 8.35) : Le Targum araméen introduit le mot « Messie » en Ésaïe 52.13. Le Nouveau Testament identifie le Serviteur à Jésus, mort pour les fautes des autres. Argument : en Ésaïe 49.6, le Serviteur a une mission envers Israël lui-même, il ne peut donc se confondre entièrement avec lui.
- Le prophète lui-même (Sigmund Mowinckel, Der Knecht Jahwäs, 1921) : Le Serviteur serait le prophète anonyme de l'exil, persécuté pour son message, dont les disciples ont célébré la mort. Mowinckel a ensuite nuancé sa position. Argument : le second chant (És 49.1-6) est écrit à la première personne.
Depuis Bernhard Duhm (1892), qui a isolé les quatre « chants du Serviteur », on reconnaît que la figure oscille entre le collectif et l'individuel : Israël appelé à être serviteur, et un serviteur qui accomplit ce qu'Israël n'a pas accompli. La lecture chrétienne s'appuie sur cette oscillation, tandis que la lecture juive privilégie le sens collectif ; les deux partent du même texte.
Portée théologique
L'Exode raconte un changement de maître plus qu'une libération abstraite : Israël cesse d'être esclave de Pharaon pour devenir serviteur de Dieu, et c'est pourquoi aucun Israélite ne doit plus être vendu comme esclave (Lv 25.42, 55). Servir Dieu est la forme même de la liberté. Le titre « serviteur de l'Éternel », porté par Moïse et David, n'humilie pas : il exprime la confiance et l'intimité.
Les chants du Serviteur d'Ésaïe donnent au mot sa profondeur la plus grande. Le Serviteur réussit par l'échec apparent, il porte les fautes des autres et ouvre le salut aux nations. Jésus se présente comme celui qui est venu « pour servir et donner sa vie » (Mc 10.45), et l'Église primitive l'appelle « le serviteur » de Dieu. Pour la prédication, c'est un renversement des valeurs : la grandeur, dans le règne de Dieu, se mesure au service (Mc 10.44). Il faut aussi rappeler honnêtement que les mêmes mots ont servi à décrire l'esclavage réel, que la Loi encadrait sans l'abolir.
Chaîne : Le Serviteur de l'Éternel
- Gn 26.24 Abraham, mon serviteur : « L'Éternel lui apparut dans la nuit, et dit: Je suis le Dieu d'Abraham, ton père; ne crains point, car je suis avec toi; je te bénirai, et je multiplierai ta postérité, à cause d'Abraham, mon serviteur. »
- Ex 14.31 Moïse, son serviteur : « Israël vit la main puissante que l'Éternel avait dirigée contre les Égyptiens. Et le peuple craignit l'Éternel, et il crut en l'Éternel et en Moïse, son serviteur. »
- Lv 25.55 Les esclaves de Dieu ne sont plus vendus : « Car c'est de moi que les enfants d'Israël sont esclaves; ce sont mes esclaves, que j'ai fait sortir du pays d'Égypte. Je suis l'Éternel, votre Dieu. »
- 2 S 7.5 David, mon serviteur : « Va dire à mon serviteur David: Ainsi parle l'Éternel: Est-ce toi qui me bâtirais une maison pour que j'en fasse ma demeure? »
- És 42.1 Le premier chant du Serviteur : « Voici mon serviteur, que je soutiendrai, Mon élu, en qui mon âme prend plaisir. J'ai mis mon esprit sur lui; Il annoncera la justice aux nations. »
- És 49.6 La lumière des nations : « Il dit: C'est peu que tu sois mon serviteur Pour relever les tribus de Jacob Et pour ramener les restes d'Israël: Je t'établis pour être la lumière des nations, Pour porter mon salut jusqu'aux extrémités de la terre. »
- És 52.13 Le Serviteur élevé : « Voici, mon serviteur prospérera; Il montera, il s'élèvera, il s'élèvera bien haut. »
- Éz 34.23 Un seul pasteur, mon serviteur David : « J'établirai sur elles un seul pasteur, qui les fera paître, mon serviteur David; il les fera paître, il sera leur pasteur. »
- Za 3.8 Mon serviteur, le germe : « Ecoute donc, Josué, souverain sacrificateur, toi et tes compagnons qui sont assis devant toi! car ce sont des hommes qui serviront de signes. Voici, je ferai venir mon serviteur, le germe. »
- Mt 12.18 Matthieu cite Ésaïe 42 : « Voici mon serviteur que j'ai choisi, Mon bien-aimé en qui mon âme a pris plaisir. Je mettrai mon Esprit sur lui, Et il annoncera la justice aux nations. »
- Ac 3.13 Dieu a glorifié son serviteur Jésus : « Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous avez livré et renié devant Pilate, qui était d'avis qu'on le relâchât. »
- Ph 2.7 Une forme de serviteur : « mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »
- melek : roi
- ṣiyyôn : Sion
- Christos : Christ, oint, Messie
- basileia : règne, royaume, royauté
- ekklēsia : assemblée, Église
- parousia : présence, venue, avènement
- anastasis : résurrection, relèvement
Bibliographie
- Bernhard Duhm, Das Buch Jesaia, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1892.
- Sigmund Mowinckel, Der Knecht Jahwäs, Giessen, Töpelmann, 1921.
- Christopher R. North, The Suffering Servant in Deutero-Isaiah, Oxford, Oxford University Press, 1948 (2e éd. 1956).
- Bernd Janowski et Peter Stuhlmacher (éd.), Der leidende Gottesknecht: Jesaja 53 und seine Wirkungsgeschichte, Tübingen, Mohr Siebeck, 1996.
- Helmer Ringgren et al., art. « ʿābad », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 10.
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