Christos Χριστός
Strong G5547 · adjectif verbal employé comme titre et nom propre · Christ, oint, Messie · 524 occurrences
Traduction grecque de l'hébreu māšîaḥ, « oint ». Dans les évangiles, c'est le titre du Messie attendu, dont on se demande si Jésus le porte. Chez Paul, il devient presque un nom propre, mais garde la mémoire de la royauté promise à David.
Racine et étymologie
Χριστός est l'adjectif verbal de χρίω, « oindre, enduire » : il signifie littéralement « enduit, oint ». En grec classique, chez Eschyle ou Euripide, il qualifie un onguent ou un remède que l'on étale sur la peau. Il n'a aucune dimension religieuse. Un Grec non juif qui entendait parler d'un « Christ » pouvait donc trouver le mot étrange, un peu comme si l'on disait en français « le Pommadé ».
Cette étrangeté explique une confusion célèbre. L'historien romain Suétone rapporte que l'empereur Claude chassa de Rome les Juifs qui s'agitaient « à l'instigation de Chrestus ». Chrēstos, « bon, utile », était un nom d'esclave courant et se prononçait à peu près comme Christos à l'époque : beaucoup d'historiens y voient une déformation du titre de Jésus.
Autour du mot, le Nouveau Testament forme quelques dérivés : χρῖσμα, « onction » (1 Jn 2.20), Χριστιανός, « chrétien », trois fois seulement, d'abord comme surnom donné à Antioche (Ac 11.26), et ἀντίχριστος, « antichrist », propre aux épîtres de Jean. Le verbe χρίω lui-même n'apparaît que cinq fois, toujours pour l'onction de Jésus par Dieu (Lc 4.18 ; Ac 10.38) ou des croyants (2 Co 1.21).
Sens et emplois
Le Messie attendu
Avec l'article, « le Christ » désigne la figure que l'on attendait en Israël. Hérode interroge les scribes sur son lieu de naissance : la question suppose une attente connue et des textes de référence.
« il s'informa auprès d'eux où devait naître le Christ. »Mt 2.4, Segond 1910
La confession : Jésus est le Christ
Au centre de l'évangile de Marc, Pierre reconnaît en Jésus le Messie. Jésus impose aussitôt le silence et annonce sa souffrance : le titre doit être compris autrement que comme celui d'un libérateur politique.
« Pierre lui répondit: Tu es le Christ. »Mc 8.29, Segond 1910
Un Christ qui souffre
L'idée d'un Messie crucifié n'allait pas de soi. Le Ressuscité l'explique à partir des Écritures, et cette relecture devient le cœur de la prédication apostolique.
« Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu'il entrât dans sa gloire? »Lc 24.26, Segond 1910
Le nom de Jésus chez Paul
Dans les lettres de Paul, le mot est le plus souvent employé sans article, seul ou combiné à « Jésus ». Il fonctionne alors presque comme un nom propre, surtout dans les formules de foi.
« Christ est mort pour nous. »Rm 5.8, Segond 1910
« En Christ » : une existence nouvelle
La formule paulinienne « en Christ » décrit l'union du croyant avec Jésus, au point qu'elle fait de lui une créature nouvelle. Christ devient une sphère de vie.
« Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. »2 Co 5.17, Segond 1910
L'Oint des psaumes
Dans les citations de l'Ancien Testament, le mot retrouve son sens premier. La prière de l'Église de Jérusalem lit le Psaume 2 à la lumière de la passion.
« Contre le Seigneur et contre son Oint. »Ac 4.26, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Derrière Χριστός, il faut toujours entendre l'hébreu māšîaḥ, que la Septante traduit ainsi de manière presque constante. Le titre porte donc toute l'histoire des rois oints d'Israël : l'onction de David, la promesse d'une dynastie éternelle (2 S 7), les psaumes royaux, puis l'attente d'un roi juste après l'exil. Quand Jean écrit « le Messie, ce qui signifie Christ » (Jn 1.41), il fait lui-même le pont entre les deux langues.
Ce sens messianique explique que le titre soit si souvent associé à « fils de David » et à « roi d'Israël » dans les évangiles (Mc 15.32). Il explique aussi la prudence de Jésus, qui l'accepte rarement sans le corriger. La Vulgate a simplement transcrit Christus, d'où le français « Christ ». Le passage d'un titre à un nom s'observe déjà dans l'expression « Jésus-Christ », qui ouvre Matthieu et Marc, et dans le nom « chrétiens », c'est-à-dire « partisans du Christ ».
Le débat
Chez Paul, « Christ » est-il encore un titre messianique, ou déjà un simple nom propre ?
- Un nom propre au contenu nouveau (Nils A. Dahl, « Die Messianität Jesu bei Paulus », 1953) : Paul n'argumente jamais pour prouver que Jésus est le Messie, et emploie le mot surtout sans article. Le titre est devenu un nom, et son contenu n'est plus fourni par l'attente juive mais par la croix et la résurrection.
- Le Messie représentant d'Israël (N. T. Wright, The Climax of the Covenant, 1991) : « Christ » garde chez Paul son sens royal : le Messie récapitule son peuple, comme un roi représente sa nation. D'où la formule « en Christ » : être incorporé au peuple du Messie. Argument : Romains 9.5 rattache explicitement le Christ à Israël selon la chair.
- Un titre honorifique (Matthew V. Novenson, Christ among the Messiahs, 2012) : Ni nom propre ni simple titre : Christos fonctionne comme les surnoms honorifiques des souverains hellénistiques (Ptolémée Sôter, Antiochos Épiphane), qui s'emploient avec ou sans le nom et gardent leur sens. Paul est donc un témoin précoce du messianisme juif.
Le constat grammatical de Dahl est juste : le mot se comporte souvent comme un nom. Mais Wright et Novenson montrent qu'un nom peut garder son sens, et plusieurs textes pauliniens (Rm 1.3 ; 9.5 ; 1 Co 15.24) supposent encore la royauté davidique. « Christ » chez Paul est un nom chargé de messianité.
Portée théologique
Dire « Jésus-Christ », c'est faire une confession de foi en deux mots : Jésus de Nazareth est le Messie promis à Israël. Le Nouveau Testament ne cache pas que cette affirmation a demandé une conversion de l'attente. Le Christ espéré devait chasser l'occupant et rétablir le trône de David ; le Christ annoncé est crucifié, « scandale pour les Juifs et folie pour les païens » (1 Co 1.23). Le « secret messianique » de Marc, étudié depuis William Wrede (1901), montre combien Jésus se méfie d'un titre mal compris.
Pour Paul, ce Messie crucifié est aussi celui « en qui » les croyants vivent désormais : la royauté d'un seul devient l'espace d'un peuple nouveau, juifs et païens réunis. Pour la prédication, il est utile de redonner au mot sa force : « Christ » n'est pas un nom de famille, mais le titre d'un roi. Le confesser, c'est reconnaître une autorité, et c'est aussi rester relié à l'histoire d'Israël d'où ce titre vient (Rm 9.5).
Chaîne : L'Oint reconnu en Jésus
- Ps 2.2 L'oint du Psaume 2 : « Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils Et les princes se liguent-ils avec eux Contre l'Éternel et contre son oint? - »
- Dn 9.25 L'Oint, le Conducteur : « Sache-le donc, et comprends! Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu'à l'Oint, au Conducteur, il y a sept semaines; dans soixante-deux semaines, les places et les fossés seront rétablis, mais en des temps fâcheux. »
- Mt 16.16 Le Christ, le Fils du Dieu vivant : « Simon Pierre répondit: Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
- Mc 14.61 La question du grand prêtre : « Jésus garda le silence, et ne répondit rien. Le souverain sacrificateur l'interrogea de nouveau, et lui dit: Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni? »
- Lc 2.11 Un Sauveur, le Christ, le Seigneur : « c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. »
- Lc 24.26 Il fallait que le Christ souffrît : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu'il entrât dans sa gloire? »
- Jn 20.31 Le but de l'évangile : « Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom. »
- Ac 2.36 Seigneur et Christ : « Que toute la maison d'Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. »
- Ac 11.26 Les premiers « chrétiens » : « et, l'ayant trouvé, il l'amena à Antioche. Pendant toute une année, ils se réunirent aux assemblées de l'Église, et ils enseignèrent beaucoup de personnes. Ce fut à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens. »
- 1 Co 1.23 Un Christ crucifié : « nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, »
- Ph 2.11 Jésus-Christ est Seigneur : « et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. »
- Ap 11.15 Le royaume du Seigneur et de son Christ : « Le septième ange sonna de la trompette. Et il y eut dans le ciel de fortes voix qui disaient: Le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Christ; et il régnera aux siècles des siècles. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »
- melek : roi
- ṣiyyôn : Sion
- ʿebed : serviteur, esclave
- basileia : règne, royaume, royauté
- ekklēsia : assemblée, Église
- parousia : présence, venue, avènement
- anastasis : résurrection, relèvement
- bôʾ : venir, entrer
Bibliographie
- Nils A. Dahl, « Die Messianität Jesu bei Paulus », dans Studia Paulina in honorem J. de Zwaan, Haarlem, 1953.
- N. T. Wright, The Climax of the Covenant: Christ and the Law in Pauline Theology, Édimbourg, T&T Clark, 1991.
- Matthew V. Novenson, Christ among the Messiahs, New York, Oxford University Press, 2012.
- William Wrede, Das Messiasgeheimnis in den Evangelien, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1901.
- Walter Grundmann et al., art. « χρίω, χριστός », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 9.
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