kyrios κύριος

Strong G2962 · nom masculin (adjectif substantivé) · Seigneur, maître · 712 occurrences

En grec courant, le maître ou le propriétaire, celui qui a autorité. La Septante l'a choisi pour rendre le Nom divin YHWH ; le Nouveau Testament en fait le titre central de Jésus ressuscité : « Jésus est Seigneur ».

Racine et étymologie

κύριος est à l'origine un adjectif dérivé de κῦρος, « pouvoir, autorité, validité ». Est κύριος ce qui a autorité ou force de loi : une décision « valide », une loi « en vigueur ». Substantivé, ὁ κύριος désigne celui qui dispose d'un pouvoir légal sur des personnes ou des biens : le propriétaire, le maître d'esclaves, le chef de famille, le tuteur qui représente une femme en justice dans le droit grec. Le mot dit donc une autorité reconnue et exercée, non une simple supériorité.

À l'époque du Nouveau Testament, κύριος servait aussi de formule de politesse, comme « monsieur », et de titre pour les souverains. Les rois hellénistiques et les empereurs romains sont appelés « seigneur » dans les papyrus et les inscriptions ; Festus parle ainsi de l'empereur comme de « mon seigneur » (Ac 25.26, que Segond rend par « l'empereur »). Confesser Jésus comme Seigneur pouvait donc avoir une portée politique.

La famille comprend le verbe κυριεύω, « dominer, exercer la seigneurie » (« la mort n'a plus de pouvoir sur lui », Rm 6.9), et l'adjectif κυριακός, « qui appartient au Seigneur », employé pour le « repas du Seigneur » (1 Co 11.20) et le « jour du Seigneur » (Ap 1.10). C'est de κυριακόν, « la maison du Seigneur », que viennent l'allemand Kirche et l'anglais church. La liturgie a conservé l'invocation grecque Kyrie eleison, « Seigneur, aie pitié ».

Sens et emplois

  1. Le maître, le propriétaire

    Dans les paraboles et les instructions sociales, κύριος désigne le maître d'un domaine ou d'esclaves. Ce sens concret colore tous les autres : le « Seigneur » est celui à qui l'on appartient et à qui l'on rend des comptes.

    « Emu de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette. »Mt 18.27, Segond 1910
  2. Formule de respect

    Au vocatif, κύριε peut être une simple marque de politesse, comme « monsieur ». La Samaritaine s'adresse ainsi à Jésus avant de savoir qui il est ; le sens s'approfondit au fil du récit.

    « Seigneur, lui dit la femme, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond; »Jn 4.11, Segond 1910
  3. Dieu, le Seigneur d'Israël

    Dans les citations de l'Ancien Testament et dans la langue de la prière, κύριος remplace le Nom divin, comme dans la Septante. « Le Seigneur, ton Dieu » traduit alors « l'Éternel, ton Dieu » du Deutéronome.

    « Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. »Mt 4.7, Segond 1910
  4. Jésus, Seigneur ressuscité

    Le sens central du Nouveau Testament : par la résurrection, Dieu a fait de Jésus le Seigneur. La confession « Jésus est Seigneur » résume la foi chrétienne et conditionne le salut, selon Romains 10.9.

    « Que toute la maison d'Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. »Ac 2.36, Segond 1910
  5. Le Nom divin appliqué au Christ

    Plusieurs textes appliquent à Jésus des passages où κύριος traduisait YHWH. Philippiens 2.10-11 reprend Ésaïe 45.23, où l'Éternel déclarait que tout genou fléchirait devant lui, et donne à Jésus « le nom qui est au-dessus de tout nom ».

    « et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. »Ph 2.11, Segond 1910
  6. Seigneur des seigneurs

    L'Apocalypse oppose la seigneurie du Christ à celle des puissances de ce monde. Le titre « Seigneur des seigneurs », appliqué à Dieu en Deutéronome 10.17, est donné à l'Agneau vainqueur.

    « Roi des rois et Seigneur des seigneurs. »Ap 19.16, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, κύριος traduit surtout le nom divin YHWH, conformément à la lecture juive qui disait Adonaï, « Seigneur », à la place du Nom. Il rend aussi ʾădōnāy et ʾādôn, « maître ». Ce choix a des conséquences immenses pour le Nouveau Testament : le même mot grec peut désigner un maître humain, Dieu lui-même et Jésus. Quand Paul écrit « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Rm 10.13), il cite Joël 2.32, où le texte hébreu porte YHWH, et il l'applique au Seigneur Jésus confessé au verset 9.

Une trace précieuse montre que le titre n'est pas une invention du monde grec : l'invocation araméenne Maranatha, « notre Seigneur, viens ! » (1 Co 16.22), que Paul transmet sans la traduire à des chrétiens de Corinthe. Elle suppose que les premières communautés de langue araméenne priaient déjà Jésus comme mārānā, « notre Seigneur ». L'Apocalypse en donne la traduction grecque : « Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22.20). La Vulgate a traduit Dominus, et Segond « Seigneur » ou « maître ».

Le débat

D'où vient la confession de Jésus comme « Seigneur » : des cultes du monde grec, ou de la foi juive des premiers disciples ?

La thèse de Bousset a profondément marqué le XXe siècle, mais elle se heurte au Maranatha araméen et aux lettres de Paul, écrites vingt ans après la Pâque, où la seigneurie de Jésus est déjà une évidence partagée. Les travaux de Fitzmyer et de Hurtado, prolongés par Richard Bauckham, montrent que la confession « Jésus est Seigneur » est née dans un milieu juif et s'exprime par la reprise des textes où κύριος désignait le Dieu d'Israël.

Portée théologique

« Jésus est Seigneur » est sans doute la plus ancienne et la plus courte confession de foi chrétienne (1 Co 12.3 ; Rm 10.9). Elle dit d'abord une appartenance : le chrétien n'est plus son propre maître, il appartient à celui qui l'a racheté. Le vocabulaire du maître et de l'esclave, si présent dans les paraboles, sert à dire cette relation, mais il est retourné par Jésus lui-même : « Vous m'appelez Maître et Seigneur ; et vous dites bien », dit-il après avoir lavé les pieds des disciples (Jn 13.13).

La confession dit aussi qui est Jésus. En lui appliquant des textes où « Seigneur » traduisait le Nom divin, les premiers chrétiens l'ont placé du côté de Dieu, sans pour autant abandonner le Shema. Paul le fait de manière saisissante en 1 Corinthiens 8.6 : « un seul Dieu, le Père », « un seul Seigneur, Jésus-Christ ». Le monothéisme d'Israël est maintenu, mais il inclut désormais le Christ.

Enfin, le titre a une portée publique. Dans un empire où l'empereur était « seigneur », dire que Jésus est le « Seigneur de tous » (Ac 10.36) relativisait toute autre autorité. Pour la prédication, Luc 6.46 garde toute sa force : « Pourquoi m'appelez-vous Seigneur, Seigneur ! et ne faites-vous pas ce que je dis ? » Reconnaître la seigneurie du Christ, c'est accepter qu'elle façonne la vie concrète.

Chaîne : Du Seigneur d'Israël au Seigneur Jésus

  1. Dt 6.4 Le Shema : « Ecoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. »
  2. Ps 110.1 « L'Éternel a dit à mon Seigneur » : « De David. Psaume. Parole de l'Éternel à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. »
  3. És 45.23 Tout genou fléchira : « Je le jure par moi-même, La vérité sort de ma bouche et ma parole ne sera point révoquée: Tout genou fléchira devant moi, Toute langue jurera par moi. »
  4. Jl 2.32 Invoquer le nom de l'Éternel : « Alors quiconque invoquera le nom de l'Éternel sera sauvé; Le salut sera sur la montagne de Sion et à Jérusalem, Comme a dit l'Éternel, Et parmi les réchappés que l'Éternel appellera. »
  5. Mc 12.36 Jésus et le Psaume 110 : « David lui-même, animé par l'Esprit-Saint, a dit: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. »
  6. Lc 2.11 Un Sauveur, le Christ, le Seigneur : « c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. »
  7. Jn 20.28 « Mon Seigneur et mon Dieu » : « Thomas lui répondit: Mon Seigneur et mon Dieu! »
  8. Ac 2.36 Dieu l'a fait Seigneur : « Que toute la maison d'Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. »
  9. Rm 10.9 Confesser Jésus Seigneur : « Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé. »
  10. 1 Co 8.6 Un seul Seigneur : « néanmoins pour nous il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes. »
  11. Ph 2.11 Toute langue confessera : « et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. »
  12. Ap 22.20 « Viens, Seigneur Jésus ! » : « Celui qui atteste ces choses dit: Oui, je viens bientôt. Amen! Viens, Seigneur Jésus! »

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Bibliographie

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