theos θεός
Strong G2316 · nom masculin · Dieu, dieu · 1311 occurrences
Le mot grec courant pour « dieu », que la Septante a choisi pour traduire ʾĕlōhîm et ʾēl. Dans le Nouveau Testament, il désigne le Dieu unique d'Israël, le plus souvent le Père, et quelques textes l'appliquent à Jésus.
Racine et étymologie
θεός est attesté dès le grec mycénien (te-o, IIe millénaire av. J.-C.). Son étymologie reste obscure. Contrairement à une idée répandue, il n'est pas apparenté au latin deus ni au nom de Zeus, qui remontent à une racine indo-européenne signifiant « ciel lumineux ». Platon, dans le Cratyle, proposait déjà de le rattacher à θέω, « courir », parce que les premiers hommes auraient divinisé les astres qui courent dans le ciel ; c'est un jeu étymologique, non une explication scientifique. Les linguistes envisagent plutôt un lien avec des mots désignant le sacré ou le culte, sans certitude.
Dans la religion grecque, θεός est d'abord un prédicat plus qu'un nom : on dit qu'une chose « est dieu » quand elle manifeste une puissance qui dépasse l'humain. Le mot s'emploie au pluriel (θεοί, les dieux de l'Olympe), mais aussi au singulier pour « la divinité » en général chez les philosophes. Le grec biblique en a fait un nom presque propre : ὁ θεός, avec l'article, signifie « le Dieu », c'est-à-dire le seul Dieu d'Israël.
La famille comprend θεῖος, « divin » (Ac 17.29 ; 2 P 1.4), θειότης, « divinité » (Rm 1.20), θεότης, « déité » (Col 2.9), et de nombreux composés : ἄθεος, « sans Dieu » (Ep 2.12), θεοσεβής, « pieux », θεόπνευστος, « inspiré de Dieu » (2 Tm 3.16).
Sens et emplois
Le Dieu unique d'Israël
Le Nouveau Testament hérite pleinement du monothéisme juif. Jésus cite le Shema comme premier commandement, et les apôtres répètent qu'« il y a un seul Dieu » (Rm 3.30 ; 1 Tm 2.5). θεός n'est pas une catégorie générale dont le Dieu biblique serait un exemple, mais le nom de celui qui seul mérite ce titre.
« Ecoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l'unique Seigneur; »Mc 12.29, Segond 1910
Dieu le Père
Dans la grande majorité des cas, ὁ θεός désigne le Père, distingué du Fils et de l'Esprit. Paul l'exprime dans une formule où le Shema est comme redistribué : un seul Dieu, le Père, et un seul Seigneur, Jésus-Christ.
« néanmoins pour nous il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, »1 Co 8.6, Segond 1910
Appliqué à Jésus
Un petit nombre de textes appellent Jésus θεός : le prologue de Jean, la confession de Thomas, sans doute Romains 9.5 et Tite 2.13, ainsi qu'Hébreux 1.8. Ces emplois sont rares, mais situés à des places stratégiques : au début et à la fin de l'évangile de Jean, par exemple.
« Thomas lui répondit: Mon Seigneur et mon Dieu! »Jn 20.28, Segond 1910
Les dieux des nations
Au pluriel ou avec l'article indéfini, le mot désigne les divinités païennes. Le livre des Actes montre les apôtres confrontés à ces cultes : à Lystre, on prend Paul et Barnabas pour des dieux descendus du ciel ; à Éphèse, on reproche à Paul de dire que les dieux fabriqués « ne sont pas des dieux » (Ac 19.26).
« Les dieux sous une forme humaine sont descendus vers nous. »Ac 14.11, Segond 1910
Ce qui prend la place de Dieu
Par extension, θεός désigne toute réalité à laquelle on voue sa vie. Paul parle de ceux qui ont « pour dieu leur ventre » et appelle Satan « le dieu de ce siècle » (2 Co 4.4). Jésus oppose de même Dieu et Mamon (Mt 6.24).
« ils ont pour dieu leur ventre, »Ph 3.19, Segond 1910
Dieu défini par l'amour
Le Nouveau Testament donne au mot un contenu nouveau à partir de la croix. Jean ose une définition : « Dieu est amour », et Paul voit la preuve de cet amour dans la mort du Christ pour des pécheurs (Rm 5.8).
« Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est amour. »1 Jn 4.8, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, θεός traduit principalement ʾĕlōhîm (H430), mais aussi ʾēl (H410), ʾĕlôah et parfois le Nom divin lui-même. En adoptant ce mot, les traducteurs juifs d'Alexandrie prenaient un risque : θεός appartenait au vocabulaire du polythéisme grec. Ils l'ont neutralisé par l'usage de l'article et par le contexte : ὁ θεός devient « le Dieu » unique, créateur et Seigneur, tandis que les autres sont « des dieux qui n'en sont pas » (Ga 4.8).
Le Nouveau Testament, avec 1 311 emplois, hérite directement de ce vocabulaire de la Septante. On le voit dans les citations : « Ton trône, ô Dieu » (Hé 1.8) reprend le ʾĕlōhîm du Psaume 45, « Vous êtes des dieux » (Jn 10.34) celui du Psaume 82. Même le cri de la croix, « Mon Dieu, mon Dieu », est d'abord donné en hébreu ou en araméen (Éli, Éloï), puis traduit par θεός. Le latin Deus, qui vient d'une autre racine, a pris le relais dans la Vulgate.
Le débat
En Jean 1.1, que signifie θεὸς ἦν ὁ λόγος, « la Parole était Dieu », où θεός n'a pas d'article ?
- Un attribut défini : « était Dieu » (Ernest C. Colwell, « A Definite Rule for the Use of the Article in the Greek New Testament », Journal of Biblical Literature 52, 1933) : En grec, un attribut placé avant le verbe perd souvent l'article même lorsqu'il est défini. L'absence d'article ne permet donc pas de traduire « un dieu » ; la traduction « la Parole était Dieu » est grammaticalement solide.
- Un attribut qualitatif : « de nature divine » (Philip B. Harner, « Qualitative Anarthrous Predicate Nouns: Mark 15:39 and John 1:1 », Journal of Biblical Literature 92, 1973) : Placé en tête et sans article, θεός insiste sur la nature : ce que Dieu était, la Parole l'était aussi. Jean évite l'article pour ne pas identifier purement et simplement la Parole à « Dieu » (le Père) mentionné juste avant.
- « Un dieu » : une divinité subordonnée (Traduction du monde nouveau des Témoins de Jéhovah (édition anglaise du Nouveau Testament, 1950)) : L'absence d'article indiquerait un être divin distinct et inférieur au Dieu unique. Argument : dans le même verset, « avec Dieu » porte l'article (πρὸς τὸν θεόν).
La lecture « un dieu » est rejetée par la quasi-totalité des grammairiens : elle introduirait une seconde divinité dans un évangile fermement monothéiste, et Jean emploie θεός sans article pour le Père lui-même (Jn 1.18). La règle de Colwell, dans sa forme stricte, a été discutée ; l'analyse de Harner rend le mieux compte de la phrase : la Parole n'est pas le Père, mais elle partage pleinement ce qu'il est. C'est ce que confirme la confession de Thomas à la fin de l'évangile.
Portée théologique
Le Nouveau Testament ne commence pas par définir Dieu : il le suppose connu à travers les Écritures d'Israël. θεός y est toujours le Dieu d'Abraham, de Moïse et des prophètes. Ce qui est nouveau, c'est la manière dont ce Dieu se fait connaître : « Personne n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique […] est celui qui l'a fait connaître » (Jn 1.18). Pour savoir qui est Dieu, le Nouveau Testament renvoie à Jésus.
Cette révélation conduit à un usage du mot à la fois très sobre et très audacieux. Sobre, parce que θεός désigne presque toujours le Père, ce qui préserve la distinction entre le Père et le Fils. Audacieux, parce que quelques textes, précisément choisis, appliquent pourtant ce mot à Jésus. Les premiers chrétiens n'ont pas renoncé au monothéisme d'Israël : ils l'ont confessé en y incluant le Christ, ce que les conciles ultérieurs formuleront dans le langage de la Trinité.
Pour la prédication, le mot pose aussi une question pratique. Le monde du Nouveau Testament était plein de « dieux » : divinités civiques, empereur divinisé, puissances de l'argent. Paul ne nie pas leur emprise réelle sur les hommes (1 Co 8.5), mais il conteste leur droit au titre. Aujourd'hui comme alors, confesser un seul Dieu revient à refuser à toute autre réalité, ventre, argent ou pouvoir, la place qui lui revient.
Chaîne : Le Dieu unique révélé en Jésus
- Gn 1.1 Dieu créa : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »
- Dt 6.4 Le Shema : « Ecoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. »
- És 45.22 « Je suis Dieu, et il n'y en a point d'autre » : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés, Vous tous qui êtes aux extrémités de la terre! Car je suis Dieu, et il n'y en a point d'autre. »
- Mt 1.23 Emmanuel, Dieu avec nous : « Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous. »
- Jn 1.1 La Parole était Dieu : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. »
- Jn 1.18 Personne n'a jamais vu Dieu : « Personne n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître. »
- Jn 20.28 La confession de Thomas : « Thomas lui répondit: Mon Seigneur et mon Dieu! »
- Ac 17.23 Le dieu inconnu d'Athènes : « Car, en parcourant votre ville et en considérant les objets de votre dévotion, j'ai même découvert un autel avec cette inscription: À un dieu inconnu! Ce que vous révérez sans le connaître, c'est ce que je vous annonce. »
- 1 Co 8.6 Un seul Dieu, un seul Seigneur : « néanmoins pour nous il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes. »
- 1 Tm 2.5 Un seul médiateur : « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, »
- 1 Jn 4.8 Dieu est amour : « Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est amour. »
- Ap 21.3 Dieu avec les hommes : « Et j'entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. »
Mots apparentés
- ʾĕlōhîm אֱלֹהִים : Dieu, dieux
- ʾēl אֵל : Dieu, le Dieu fort
- kyrios κύριος : Seigneur, maître
- patēr πατήρ : père
Autres mots du thème « Dieu et ses noms »
- YHWH : l'Éternel, le Seigneur
- ʾădōnāy : Seigneur, mon Seigneur
- šadday : le Tout-Puissant
- qādôš : saint
- kāḇôd : gloire, poids, honneur
Bibliographie
- Hermann Kleinknecht, Gottfried Quell, Ethelbert Stauffer et Karl Georg Kuhn, art. « θεός », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 3, Grand Rapids, Eerdmans, 1965.
- Murray J. Harris, Jesus as God: The New Testament Use of Theos in Reference to Jesus, Grand Rapids, Baker, 1992.
- Karl Rahner, « Theos in the New Testament », Theological Investigations, vol. 1, Baltimore, Helicon, 1961.
- Philip B. Harner, « Qualitative Anarthrous Predicate Nouns: Mark 15:39 and John 1:1 », Journal of Biblical Literature 92, 1973.
- Richard Bauckham, Jesus and the God of Israel, Grand Rapids, Eerdmans, 2008.
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