qādôš קָדוֹשׁ
Strong H6918 · adjectif (souvent substantivé) · saint · 115 occurrences
Ce qui appartient au domaine de Dieu, distinct du commun et du profane. Appliqué à Dieu, le mot dit son altérité absolue et sa pureté ; appliqué au peuple, aux prêtres ou aux lieux, il dit leur appartenance à Dieu et l'exigence de vie qui en découle.
Racine et étymologie
La racine q-d-š est commune aux langues sémitiques du Nord-Ouest : on la trouve en ougaritique, en phénicien et en araméen, toujours dans le domaine religieux. L'akkadien qadāšu signifie « être pur, purifier ». L'étymologie plus ancienne est inconnue ; l'idée souvent répétée d'un sens premier « couper, séparer » repose sur un rapprochement incertain. Ce que l'on peut dire avec sûreté, c'est que dans la Bible q-d-š s'oppose à ḥōl, « commun, profane », et que le saint est ce qui a été retiré de l'usage ordinaire pour appartenir à Dieu (Lv 10.10).
La famille est très productive. Le verbe qādaš (H6942) signifie « être saint » et, à d'autres formes, « sanctifier, consacrer, mettre à part ». Le nom qōdeš (H6944) désigne la sainteté ou une chose sainte, et entre dans l'expression « lieu très saint » (qōdeš haqqŏdāšîm). Le sanctuaire se dit miqdāš, « lieu de la sainteté ». Un mot de la même racine, qādēš, désigne même des personnes consacrées aux cultes cananéens (Dt 23.17), ce qui montre que la racine dit d'abord l'appartenance à une divinité, avant toute idée morale.
L'adjectif qādôš apparaît 115 fois. Il est particulièrement fréquent dans Ésaïe, qui en fait un titre divin, et dans le Lévitique, qui en fait un programme de vie pour le peuple.
Sens et emplois
Dieu, le Saint sans égal
Appliqué à Dieu, qādôš exprime ce qui le distingue radicalement de toute créature : sa majesté, sa pureté, son incomparabilité. Le triple « saint » des séraphins, forme hébraïque du superlatif, dit une sainteté au degré absolu, qui remplit pourtant toute la terre de sa gloire.
« Saint, saint, saint est l'Éternel des armées! toute la terre est pleine de sa gloire! »És 6.3, Segond 1910
« Le Saint d'Israël »
Titre divin caractéristique d'Ésaïe, qui l'emploie dans les deux grandes parties de son livre. Il unit deux idées apparemment opposées : Dieu est le tout-autre, mais il s'est lié à Israël. Dans la seconde partie du livre, le Saint d'Israël est presque toujours « ton sauveur » ou « ton rédempteur ».
« Je viens à ton secours, dit l'Éternel, Et le Saint d'Israël est ton sauveur. »És 41.14, Segond 1910
Le peuple mis à part
Israël est « saint » non par ses qualités, mais parce que Dieu l'a choisi pour lui appartenir. La sainteté est d'abord un statut reçu : le peuple est retiré du commun pour être la propriété de Dieu.
« Car tu es un peuple saint pour l'Éternel, ton Dieu; l'Éternel, ton Dieu, t'a choisi, »Dt 7.6, Segond 1910
L'appel à la sainteté
Le Lévitique transforme ce statut en vocation : parce que Dieu est saint, son peuple doit le devenir. Le chapitre 19, qui commence par cet appel, inclut l'amour du prochain, le respect de l'étranger et la justice dans les échanges : la sainteté biblique est aussi éthique.
« Soyez saints, car je suis saint, moi, l'Éternel, votre Dieu. »Lv 19.2, Segond 1910
Personnes, lieux et choses consacrés
Le mot qualifie aussi ce qui est réservé au culte : le prêtre, le nazaréen pendant son vœu, le « lieu saint » où l'on mange les offrandes, un jour de fête (Né 8.9). Ces réalités ne sont pas meilleures en elles-mêmes ; elles sont réservées à Dieu.
« jusqu'à l'accomplissement des jours pour lesquels il s'est consacré à l'Éternel, il sera saint, »Nb 6.5, Segond 1910
Les saints : anges et fidèles
Au pluriel substantivé, « les saints » désigne les êtres célestes qui entourent Dieu (Jb 5.1 ; Dn 8.13) ou les fidèles du peuple (Ps 16.3). Zacharie les voit accompagner la venue de Dieu à la fin des temps.
« Et l'Éternel, mon Dieu, viendra, et tous ses saints avec lui. »Za 14.5, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit qādôš par ἅγιος, adjectif relativement rare en grec classique, où l'on préférait ἱερός, « sacré », pour les choses du culte. En choisissant ἅγιος, les traducteurs ont évité un mot trop lié aux temples païens et ont donné au terme une coloration nouvelle, entièrement définie par le Dieu d'Israël. Le Nouveau Testament hérite de ce vocabulaire : ἅγιος y apparaît 220 fois, notamment dans l'expression « Esprit saint ».
Les reprises de l'Ancien Testament sont nombreuses. Pierre cite l'appel du Lévitique : « Vous serez saints, car je suis saint » (1 P 1.16). Les quatre êtres vivants de l'Apocalypse reprennent le triple « saint » d'Ésaïe (Ap 4.8). Jésus est appelé « le Saint de Dieu » par un démon (Mc 1.24) et « le Saint et le Juste » par Pierre (Ac 3.14), et il prie Dieu comme « Père saint » (Jn 17.11). Enfin, Paul appelle tous les chrétiens « les saints » : comme Israël, ils sont saints parce qu'ils appartiennent à Dieu. La Vulgate a fixé sanctus, d'où le français « saint ».
Le débat
La sainteté biblique est-elle d'abord une séparation, une puissance mystérieuse ou une manière de vivre ?
- Le « tout autre » qui fascine et fait trembler (Rudolf Otto, Das Heilige, 1917 (trad. française : Le Sacré, 1949)) : Le saint est d'abord une catégorie religieuse irréductible à la morale : le « numineux », mystère qui fait trembler (tremendum) et attire en même temps (fascinans). Isaïe devant les séraphins (« Malheur à moi ! ») en serait l'exemple type.
- Une notion d'abord cultuelle (Jacob Milgrom, Leviticus 1-16, Anchor Bible, 1991) : Dans les textes sacerdotaux, le saint s'oppose au commun et le pur à l'impur ; ces catégories organisent l'espace, le temps et les personnes autour de la présence divine. Milgrom montre que la sainteté est liée à la vie, et l'impureté à la mort.
- Une sainteté morale et sociale (John G. Gammie, Holiness in Israel, 1989) : Gammie distingue plusieurs conceptions de la sainteté dans la Bible : sacerdotale, prophétique, sapientielle. Chez les prophètes, la sainteté de Dieu s'exprime par la justice (És 5.16) et réclame un peuple juste plus que des rites.
Les trois approches décrivent des facettes réelles. Otto a bien saisi l'expérience d'Ésaïe 6, mais sa catégorie, issue de la philosophie de la religion, sous-estime l'aspect relationnel et éthique. Milgrom et Gammie montrent que la Bible articule le culte et la morale plutôt qu'elle ne les oppose : Lévitique 19 place « Soyez saints » en tête d'un chapitre de lois sociales, et Ésaïe dit que « le Dieu saint sera sanctifié par la justice ».
Portée théologique
La sainteté est sans doute ce qui définit le plus profondément le Dieu de la Bible. Ce n'est pas une qualité parmi d'autres, mais ce qui fait que Dieu est Dieu : « Nul n'est saint comme l'Éternel » (1 S 2.2). Devant elle, la réaction humaine est la crainte : les habitants de Beth-Schémesch demandent « Qui peut subsister en présence de l'Éternel, de ce Dieu saint ? » (1 S 6.20), et Ésaïe se croit perdu. La sainteté rappelle qu'on ne manipule pas Dieu.
Pourtant, la Bible associe constamment cette sainteté à la proximité. Le « Saint d'Israël » est le sauveur de son peuple ; il « habite dans les lieux élevés », mais aussi « avec l'homme contrit et humilié » (És 57.15). Osée va plus loin : c'est parce qu'il est saint, et non homme, que Dieu renonce à sa colère (Os 11.9). La sainteté divine n'est pas seulement une distance ; elle est la liberté d'un amour que rien ne peut épuiser.
Pour la vie chrétienne, l'appel « Soyez saints » ne commence pas par un effort moral mais par une appartenance : on est saint parce qu'on est à Dieu, comme le peuple de Deutéronome 7.6 ou les « saints » auxquels Paul écrit. Cette appartenance devient ensuite une manière de vivre, que Lévitique 19 décline dans les relations les plus concrètes : le salaire de l'ouvrier, le respect de l'aveugle et du sourd, l'accueil de l'étranger.
Chaîne : Le Dieu saint et son peuple
- Ex 19.6 Une nation sainte : « vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. Voilà les paroles que tu diras aux enfants d'Israël. »
- Lv 19.2 « Soyez saints, car je suis saint » : « Parle à toute l'assemblée des enfants d'Israël, et tu leur diras: Soyez saints, car je suis saint, moi, l'Éternel, votre Dieu. »
- Jos 24.19 Un Dieu saint, un service exigeant : « Josué dit au peuple: Vous n'aurez pas la force de servir l'Éternel, car c'est un Dieu saint, c'est un Dieu jaloux; il ne pardonnera point vos transgressions et vos péchés. »
- 1 S 2.2 Le cantique d'Anne : « Nul n'est saint comme l'Éternel; Il n'y a point d'autre Dieu que toi; Il n'y a point de rocher comme notre Dieu. »
- Ps 99.9 Le refrain du Psaume 99 : « Exaltez l'Éternel, notre Dieu, Et prosternez-vous sur sa montagne sainte! Car il est saint, l'Éternel, notre Dieu! »
- És 6.3 La vision d'Ésaïe : « Ils criaient l'un à l'autre, et disaient: Saint, saint, saint est l'Éternel des armées! toute la terre est pleine de sa gloire! »
- És 57.15 Le Saint habite avec l'humble : « Car ainsi parle le Très-Haut, Dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint: J'habite dans les lieux élevés et dans la sainteté; Mais je suis avec l'homme contrit et humilié, Afin de ranimer les esprits humiliés, Afin de ranimer les cœurs contrits. »
- Os 11.9 Le Saint qui renonce à détruire : « Je n'agirai pas selon mon ardente colère, Je renonce à détruire Éphraïm; Car je suis Dieu, et non pas un homme, Je suis le Saint au milieu de toi; Je ne viendrai pas avec colère. »
- Mc 1.24 Le Saint de Dieu : « Qu'y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es: le Saint de Dieu. »
- Jn 17.11 « Père saint » : « Je ne suis plus dans le monde, et ils sont dans le monde, et je vais à toi. Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés, afin qu'ils soient un comme nous. »
- 1 P 1.16 L'appel repris par Pierre : « selon qu'il est écrit: Vous serez saints, car je suis saint. »
- Ap 4.8 Le trisagion céleste : « Les quatre êtres vivants ont chacun six ailes, et ils sont remplis d'yeux tout autour et au dedans. Ils ne cessent de dire jour et nuit: Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, qui était, qui est, et qui vient! »
Mots apparentés
- qōdeš קֹדֶשׁ : sainteté, chose sainte, sanctuaire
- hagios ἅγιος : saint ; au pluriel, les saints
- kāḇôd כָּבוֹד : gloire, poids, honneur
Autres mots du thème « Dieu et ses noms »
- YHWH : l'Éternel, le Seigneur
- ʾĕlōhîm : Dieu, dieux
- ʾēl : Dieu, le Dieu fort
- ʾădōnāy : Seigneur, mon Seigneur
- šadday : le Tout-Puissant
- theos : Dieu, dieu
- kyrios : Seigneur, maître
- patēr : père
Bibliographie
- Helmer Ringgren et Wolfgang Kornfeld, art. « qdš », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 12, Grand Rapids, Eerdmans, 2003.
- Rudolf Otto, Das Heilige, Breslau, Trewendt & Granier, 1917 (trad. française : Le Sacré, Paris, Payot, 1949).
- Jacob Milgrom, Leviticus 1-16, Anchor Bible 3, New York, Doubleday, 1991.
- John G. Gammie, Holiness in Israel, Overtures to Biblical Theology, Minneapolis, Fortress Press, 1989.
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, art. « Saint », Paris, Cerf, 1962.
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