qōdeš קֹדֶשׁ

Strong H6944 · nom masculin · sainteté, chose sainte, sanctuaire · 468 occurrences

La sainteté : d'abord ce que Dieu est en lui-même, puis le statut de ce qui lui appartient (lieux, objets, temps, personnes). Le mot désigne aussi le sanctuaire, l'espace où cette sainteté se rend présente.

Racine et étymologie

La racine q-d-š est commune à presque toutes les langues sémitiques du Nord-Ouest. À Ougarit, qdš qualifie les dieux et leurs sanctuaires ; en phénicien, le mot désigne ce qui est consacré à une divinité ; l'akkadien qadāšu signifie « être pur, purifier ». On a longtemps expliqué le mot par une idée de « coupure » ou de « séparation », mais ce rapprochement n'est pas prouvé. Les lexiques récents préfèrent partir des emplois : est qōdeš ce qui relève de la sphère divine et ne peut être traité comme ordinaire.

La séparation est donc une conséquence plutôt qu'une définition. Une chose n'est pas sainte parce qu'elle est mise à part ; elle est mise à part parce qu'elle appartient à Dieu. Le contraire de qōdeš n'est pas d'abord « impur » mais ḥōl, « commun, profane » (Lv 10.10). L'impur, ṭāmēʾ, forme une seconde opposition, avec ṭāhôr, « pur ».

De la même racine viennent l'adjectif qādôš, « saint », qui qualifie surtout Dieu (« le Saint d'Israël » d'Ésaïe), le verbe qādaš, « être saint, consacrer, sanctifier », et miqdāš, « sanctuaire ». Le toponyme Qadès (Kadesh) garde le souvenir d'un lieu consacré. Plus délicats sont qādēš et qĕdēšâ, des personnes « consacrées » liées aux cultes cananéens (Dt 23.17) ; on les a longtemps traduits par « prostitués sacrés », mais cette interprétation est aujourd'hui discutée. L'expression qōdeš qŏdāšîm, « sainteté des saintetés », est la manière hébraïque de faire un superlatif : « très saint », ou le « lieu très saint ».

Sens et emplois

  1. La sainteté propre de Dieu

    Le sens premier : la manière d'être de Dieu, qui le rend incomparable. Dans le cantique de la mer, la sainteté est ce qui distingue l'Éternel de tous les « dieux » des nations.

    « Qui est comme toi magnifique en sainteté, Digne de louanges, Opérant des prodiges? »Ex 15.11, Segond 1910
  2. Le « nom de sainteté »

    En hébreu, le complément « de sainteté » fonctionne comme un adjectif : « mon nom de sainteté » devient « mon saint nom ». Le nom est la personne même de Dieu telle qu'elle se fait connaître ; le profaner, c'est le rendre ordinaire aux yeux des nations.

    « c'est à cause de mon saint nom, que vous avez profané parmi les nations où vous êtes allés. »Éz 36.22, Segond 1910
  3. Ce qui appartient à Dieu

    Appliqué aux biens, aux offrandes, aux jours ou aux personnes, qōdeš désigne un statut : la chose est retirée de l'usage commun et revient à Dieu. La dîme en est l'exemple type.

    « c'est une chose consacrée à l'Éternel. »Lv 27.30, Segond 1910
  4. Le lieu saint et le lieu très saint

    Avec l'article, haqqōdeš désigne la première salle du sanctuaire, et qōdeš haqqŏdāšîm la salle intérieure où repose l'arche. La sainteté s'organise en zones de plus en plus proches de la présence divine.

    « le voile vous servira de séparation entre le lieu saint et le lieu très saint. »Ex 26.33, Segond 1910
  5. La distinction entre saint et profane

    La tâche des prêtres est d'enseigner à discerner les catégories : saint et commun, pur et impur. Ézéchiel reprochera aux prêtres d'avoir abandonné cette mission (Éz 22.26).

    « afin que vous puissiez distinguer ce qui est saint de ce qui est profane, ce qui est impur de ce qui est pur, »Lv 10.10, Segond 1910
  6. La sainteté étendue à toute la vie

    Dans la vision finale de Zacharie, l'inscription réservée au diadème du grand prêtre (Ex 28.36) s'écrit sur les objets les plus ordinaires. La frontière entre saint et profane n'est pas abolie : c'est la sainteté qui gagne tout.

    « En ce jour-là, il sera écrit sur les clochettes des chevaux: Sainteté à L'Éternel! »Za 14.20, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit qōdeš surtout par l'adjectif ἅγιος employé comme nom : τὸ ἅγιον, « ce qui est saint », et τὰ ἅγια, « le sanctuaire ». Pour l'abstrait « sainteté », elle emploie aussi ἁγίασμα (« chose consacrée, sanctuaire ») et, plus rarement, ἁγιωσύνη. Ce choix est décisif : le grec profane avait d'autres mots pour le sacré, comme ἱερός (« qui appartient aux dieux ») ou ἁγνός (« pur, chaste »). En retenant ἅγιος, peu employé dans la religion grecque, les traducteurs ont pu le charger du sens biblique sans les connotations des cultes païens.

Le Nouveau Testament hérite de ce vocabulaire. L'épître aux Hébreux appelle τὰ ἅγια le sanctuaire où le Christ est entré « une fois pour toutes » (Hé 9.12), en relisant le rituel de Lévitique 16. Paul emploie ἁγιωσύνη, la « sainteté » comme qualité (Rm 1.4 ; 2 Co 7.1 ; 1 Th 3.13), et surtout ἁγιασμός, la « sanctification » comme processus, dix fois dans le Nouveau Testament. Le latin a fixé sanctitas et sanctuarium, d'où notre « sanctuaire ».

Le débat

La sainteté est-elle d'abord une puissance redoutable, un ordre du monde, ou une présence qui rayonne par degrés ?

Otto a bien vu que la sainteté n'est pas d'abord une notion morale : elle tient à la présence de Dieu lui-même, et l'homme y réagit par la crainte. Mais les textes bibliques ne s'arrêtent pas à l'émotion ; ils traduisent cette présence en ordre (Douglas), en degrés (Jenson) et en dynamique de vie (Milgrom). Le point commun est que la sainteté se reçoit de Dieu par la relation. C'est pourquoi la Loi exige aussi une conduite : « Soyez saints, car je suis saint » (Lv 19.2).

Portée théologique

La sainteté est le mot qui protège la différence entre Dieu et le monde. Elle ne désigne pas une perfection morale abstraite, mais la présence de Celui qui ne se laisse ni manipuler ni banaliser. Le buisson ardent, le voile du sanctuaire, les règles de pureté rappellent tous la même chose : on n'entre pas chez Dieu comme dans un lieu ordinaire. Ce qui est saint l'est parce qu'il est lié à lui.

Pourtant, la Bible ne décrit pas une sainteté qui se protège en se refermant. Dieu veut un « peuple saint » (Ex 19.6), et les prophètes annoncent un temps où la sainteté débordera du Temple sur toute la vie (Za 14.20-21). Le Nouveau Testament place ce mouvement en Jésus : le « saint enfant » (Lc 1.35) touche les lépreux sans être souillé, et c'est sa sainteté qui se communique. Pour la prédication, on retiendra que la sainteté chrétienne n'est pas d'abord une mise à l'écart du monde : elle est une appartenance à Dieu qui transforme les choses les plus ordinaires, jusqu'aux « chaudières » de la cuisine.

Chaîne : La sainteté, de la montagne à toute la terre

  1. Ex 3.5 La terre sainte du buisson : « Dieu dit: N'approche pas d'ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. »
  2. Ex 15.11 Magnifique en sainteté : « Qui est comme toi parmi les dieux, ô Éternel? Qui est comme toi magnifique en sainteté, Digne de louanges, Opérant des prodiges? »
  3. Ex 19.6 Une nation sainte : « vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. Voilà les paroles que tu diras aux enfants d'Israël. »
  4. Ex 28.36 Sainteté à l'Éternel : « Tu feras une lame d'or pur, et tu y graveras, comme on grave un cachet: Sainteté à l'Éternel. »
  5. Lv 10.10 Distinguer saint et profane : « afin que vous puissiez distinguer ce qui est saint de ce qui est profane, ce qui est impur de ce qui est pur, »
  6. Lv 16.2 Le voile du sanctuaire : « L'Éternel dit à Moïse: Parle à ton frère Aaron, afin qu'il n'entre pas en tout temps dans le sanctuaire, au dedans du voile, devant le propitiatoire qui est sur l'arche, de peur qu'il ne meure; car j'apparaîtrai dans la nuée sur le propitiatoire. »
  7. És 6.3 Saint, saint, saint : « Ils criaient l'un à l'autre, et disaient: Saint, saint, saint est l'Éternel des armées! toute la terre est pleine de sa gloire! »
  8. Éz 36.22 Le nom profané et sanctifié : « C'est pourquoi dis à la maison d'Israël: Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel: Ce n'est pas à cause de vous que j'agis de la sorte, maison d'Israël; c'est à cause de mon saint nom, que vous avez profané parmi les nations où vous êtes allés. »
  9. Za 14.20 Les clochettes des chevaux : « En ce jour-là, il sera écrit sur les clochettes des chevaux: Sainteté à L'Éternel! Et les chaudières dans la maison de l'Éternel Seront comme les coupes devant l'autel. »
  10. Lc 1.35 Le saint enfant : « L'ange lui répondit: Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. »
  11. Hé 9.12 Le Christ dans le lieu très saint : « et il est entré une fois pour toutes dans le lieu très saint, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle. »
  12. 1 P 1.16 Soyez saints : « selon qu'il est écrit: Vous serez saints, car je suis saint. »

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Bibliographie

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