naos ναός

Strong G3485 · nom masculin · sanctuaire, temple (demeure de Dieu) · 45 occurrences

La demeure de la divinité : non pas l'ensemble des cours du Temple, mais le bâtiment sacré où Dieu est présent. Le Nouveau Testament applique ce mot au corps de Jésus, à la communauté chrétienne et au corps du croyant, avant d'annoncer une ville où Dieu lui-même sera le temple.

Racine et étymologie

Ναός (en attique νεώς) dérive du verbe ναίω, « habiter, demeurer ». Le mot désigne donc d'abord la « demeure » du dieu, l'édifice où se trouve sa statue. Dans un temple grec, le naos est la salle intérieure qui abrite l'image divine, distincte du péristyle et de l'enceinte sacrée. Le mot est ancien : on le lit déjà chez Homère.

Le grec distingue ναός et ἱερόν. Ἱερόν, de ἱερός, « sacré », désigne tout l'espace sacré : l'ensemble du Temple de Jérusalem avec ses cours, ses portiques, ses marchands. Ναός désigne le sanctuaire proprement dit, le bâtiment où seuls les prêtres entrent, avec le lieu saint et le lieu très saint. Les évangiles respectent souvent cette nuance : Jésus enseigne et chasse les marchands dans l'ἱερόν, mais c'est le voile du ναός qui se déchire à sa mort (Mc 15.38), et c'est dans le ναός que Zacharie entre pour offrir le parfum (Lc 1.9).

La distinction n'est pourtant pas absolue. Judas jette l'argent « dans le temple » (Mt 27.5), le naos, où il n'aurait pas pu pénétrer ; le mot peut donc parfois s'élargir. Dans l'usage chrétien, c'est surtout le sens de « demeure » qui compte : Paul ne dit jamais que la communauté est un ἱερόν, mais toujours un ναός, le lieu où Dieu habite.

Sens et emplois

  1. Le sanctuaire du Temple de Jérusalem

    Le bâtiment sacré au cœur du Temple, réservé aux prêtres. Zacharie y entre, désigné par le sort, pour offrir l'encens sur l'autel des parfums ; selon la tradition juive, ce privilège n'échoyait qu'une fois dans la vie d'un prêtre.

    « il fut appelé par le sort, d'après la règle du sacerdoce, à entrer dans le temple du Seigneur pour offrir le parfum. »Lc 1.9, Segond 1910
  2. Les temples des nations

    Le mot désigne aussi les sanctuaires païens, comme les petits temples d'argent d'Artémis vendus à Éphèse (Ac 19.24). À Athènes, Paul affirme que le vrai Dieu ne se laisse pas enfermer dans ces édifices.

    « n'habite point dans des temples faits de main d'homme; »Ac 17.24, Segond 1910
  3. Le corps de Jésus

    Jésus annonce la destruction et le relèvement du « temple » en trois jours. L'évangéliste explique qu'il parlait de son propre corps : désormais, la présence de Dieu habite en une personne.

    « Mais il parlait du temple de son corps. »Jn 2.21, Segond 1910
  4. La communauté chrétienne

    Paul applique le mot à l'Église locale : ensemble, les croyants sont la demeure de l'Esprit. Le « vous » est pluriel ; il ne s'agit pas d'abord de l'individu mais du groupe.

    « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? »1 Co 3.16, Segond 1910
  5. Le corps du croyant

    Contre ceux qui pensaient que ce qu'on fait de son corps n'a pas d'importance, Paul affirme que le corps lui-même est sanctuaire de l'Esprit, et donc appartient à Dieu.

    « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, »1 Co 6.19, Segond 1910
  6. Le temple céleste et la ville sans temple

    L'Apocalypse montre un temple dans le ciel (Ap 11.19), puis, au terme, une Jérusalem nouvelle sans aucun temple, parce que Dieu et l'Agneau y sont présents sans médiation.

    « Je ne vis point de temple dans la ville; car le Seigneur Dieu tout-puissant est son temple, ainsi que l'agneau. »Ap 21.22, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, ναός traduit surtout l'hébreu hêkāl (H1964), qui désigne le palais d'un roi ou le Temple, et plus précisément la grande salle du sanctuaire, devant le lieu très saint (1 R 6.3). Hêkāl vient lui-même, par l'akkadien ekallu, du sumérien é-gal, « grande maison » : le temple est le palais du Dieu roi. Plusieurs Psaumes et prophètes associent hêkāl au trône céleste : « L'Éternel est dans son saint temple, l'Éternel a son trône dans les cieux » (Ps 11.4).

L'hébreu emploie aussi bayit, « maison », et miqdāš, « sanctuaire », que la Septante rend par οἶκος, ἁγίασμα ou τὸ ἅγιον. Le Nouveau Testament hérite de ce double regard : le Temple terrestre de Jérusalem, et le temple céleste dont il n'est que l'image. Il y ajoute une nouveauté décisive, préparée par la critique prophétique (Jr 7.4) et par l'attente d'un temple nouveau (Éz 40-48 ; Ag 2.9) : le lieu de la présence de Dieu devient une personne, puis une communauté. Le latin rend ναός par templum ou aedes, et le français par « temple ».

Le débat

Quand Jésus parle de détruire le temple et d'en rebâtir un autre en trois jours (Mc 14.58 ; Jn 2.19), de quel temple s'agit-il ?

Les trois lectures ne s'excluent pas. Sanders situe la parole dans l'espérance juive d'un temple renouvelé ; Jean en donne la relecture christologique ; Paul en tire la conséquence ecclésiale. Le fil commun est le sens de ναός, « demeure » : la question n'est pas de savoir quel bâtiment remplacera l'autre, mais où Dieu habite désormais. Le Nouveau Testament répond : dans le Christ, et par l'Esprit dans ceux qui lui appartiennent.

Portée théologique

Toute l'histoire biblique peut se lire comme une réponse à la question : où Dieu habite-t-il ? Au désert, Dieu demande un sanctuaire « pour habiter au milieu d'eux » (Ex 25.8). Salomon, en dédiant le Temple, reconnaît que « les cieux des cieux ne peuvent te contenir » (1 R 8.27). Jérémie dénonce ceux qui se croient protégés parce qu'ils répètent « le temple de l'Éternel » (Jr 7.4) : le lieu saint ne garantit rien sans la fidélité.

Le Nouveau Testament concentre la présence de Dieu dans le Christ. À sa mort, le voile du sanctuaire se déchire, signe que l'accès à Dieu est ouvert. Jésus est lui-même le temple détruit et relevé en trois jours. Par l'Esprit, la communauté chrétienne devient à son tour « le temple de Dieu », et Paul en tire des conséquences très concrètes : on ne détruit pas impunément l'unité de l'Église (1 Co 3.17), on ne dispose pas de son corps comme d'une chose sans valeur (1 Co 6.19).

L'Apocalypse termine par une image surprenante : la ville sainte n'a plus de temple. Il ne s'agit pas d'une absence de Dieu, mais d'une présence si complète qu'aucun lieu séparé n'est plus nécessaire. Pour la prédication, ναός invite à passer d'une religion des lieux à une religion de la présence, sans oublier que cette présence se vit dans un corps et dans une communauté.

Chaîne : Où Dieu habite-t-il ?

  1. Ex 25.8 J'habiterai au milieu d'eux : « Ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux. »
  2. 1 R 8.27 Les cieux ne peuvent te contenir : « Mais quoi! Dieu habiterait-il véritablement sur la terre? Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir: combien moins cette maison que je t'ai bâtie! »
  3. Ps 11.4 Son saint temple : « L'Éternel est dans son saint temple, L'Éternel a son trône dans les cieux; Ses yeux regardent, Ses paupières sondent les fils de l'homme. »
  4. Jr 7.4 Le temple, le temple, le temple : « Ne vous livrez pas à des espérances trompeuses, en disant: C'est ici le temple de l'Éternel, le temple de l'Éternel, Le temple de l'Éternel! »
  5. Ag 2.9 La gloire de la dernière maison : « La gloire de cette dernière maison sera plus grande Que celle de la première, Dit l'Éternel des armées; Et c'est dans ce lieu que je donnerai la paix, Dit l'Éternel des armées. »
  6. Ml 3.1 Le Seigneur entrera dans son temple : « Voici, j'enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez; Et le messager de l'alliance que vous désirez, voici, il vient, Dit l'Éternel des armées. »
  7. Mc 15.38 Le voile déchiré : « Le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas. »
  8. Jn 2.21 Le temple de son corps : « Mais il parlait du temple de son corps. »
  9. Ac 17.24 Pas dans des temples faits de main d'homme : « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s'y trouve, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite point dans des temples faits de main d'homme; »
  10. 1 Co 6.19 Votre corps, temple de l'Esprit : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes? »
  11. Ep 2.21 Un temple saint dans le Seigneur : « En lui tout l'édifice, bien coordonné, s'élève pour être un temple saint dans le Seigneur. »
  12. Ap 21.22 Dieu et l'Agneau sont son temple : « Je ne vis point de temple dans la ville; car le Seigneur Dieu tout-puissant est son temple, ainsi que l'agneau. »

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Bibliographie

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