sôma σῶμα

Strong G4983 · nom neutre · corps · 142 occurrences

Le corps vivant ou mort, mais aussi la personne tout entière dans sa présence concrète au monde. Paul en fait un mot clé : le corps est le temple de l'Esprit, il ressuscitera, et l'Église est le corps du Christ.

Racine et étymologie

L'étymologie de sôma reste obscure, et aucun rapprochement proposé ne s'est imposé. Son histoire, en revanche, est instructive. Chez Homère, le mot ne désigne que le cadavre : le corps vivant se dit autrement, par les membres ou la silhouette. À partir de l'époque classique, sôma s'applique au corps vivant, puis à la personne (comme notre « âme » dans « un village de cent âmes »), aux esclaves que l'on compte « par corps » (Ap 18.13), et enfin, chez les philosophes, à tout ensemble organisé, y compris la cité comparée à un corps.

Cette dernière image, celle du corps politique dont les membres sont solidaires, était courante dans la rhétorique gréco-romaine : la fable de Ménénius Agrippa, rapportée par Tite-Live, l'avait popularisée. Paul la reprend et la transforme quand il parle de l'Église comme d'un corps aux membres divers (1 Co 12.12-27).

Le Nouveau Testament emploie sôma 142 fois, dont 46 dans la seule première lettre aux Corinthiens, où se concentrent les questions du corps : sexualité, repas du Seigneur, Église, résurrection. Quelques dérivés précisent le sens : σωματικός, « corporel » (Lc 3.22 ; 1 Tm 4.8), l'adverbe σωματικῶς, « corporellement », pour dire que la plénitude de la divinité habite dans le Christ (Col 2.9), et σύσσωμος, « membres d'un même corps » (Ep 3.6).

Sens et emplois

  1. Le corps vivant

    Le corps qui mange, se vêt, souffre et agit. Jésus l'associe à la « vie » (psychè) pour inviter à la confiance : Dieu, qui a donné l'un et l'autre, en prendra soin.

    « La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? »Mt 6.25, Segond 1910
  2. Le cadavre

    Le corps mort, qu'on ensevelit avec soin. Les récits de la Passion insistent sur le corps de Jésus, demandé, embaumé, déposé, puis absent du tombeau : la résurrection concerne ce corps-là.

    « Il se rendit vers Pilate, et demanda le corps de Jésus. »Mt 27.58, Segond 1910
  3. La personne qui s'offre

    Chez Paul, « vos corps » équivaut souvent à « vous-mêmes » dans votre existence concrète. Le culte chrétien n'est pas fait de rites séparés de la vie, mais de l'offrande de toute l'existence.

    « à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, »Rm 12.1, Segond 1910
  4. Le corps soumis au péché et à la mort

    Le corps est le lieu où le péché exerce sa domination et où la mort fait son œuvre. Il n'est pas mauvais en soi, mais il attend d'être délivré.

    « Misérable que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort?... »Rm 7.24, Segond 1910
  5. Le corps donné dans le pain

    Au dernier repas, Jésus identifie le pain rompu à son corps livré. Le mot désigne ici sa personne offerte dans la mort pour les siens.

    « Prenez, mangez, ceci est mon corps. »Mt 26.26, Segond 1910
  6. L'Église, corps du Christ

    Les croyants forment ensemble un corps dont le Christ est la vie et, dans Colossiens et Éphésiens, la tête. L'image dit à la fois l'unité, la diversité des membres et leur dépendance mutuelle.

    « Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. »1 Co 12.27, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

L'hébreu biblique n'a pas de mot qui corresponde exactement à sôma. Il dit « chair » (bāśār), « os », ou emploie gᵉwiyyâ (H1472) pour le corps vivant ou mort, comme en Genèse 47.18 où les Égyptiens n'ont plus que « leurs corps et leurs terres ». La Septante utilise donc sôma pour plusieurs mots hébreux, notamment bāśār, gᵉwiyyâ et nᵉbēlâ (H5038), « cadavre ». Le grec introduit ainsi une notion plus unifiée du corps que l'hébreu ne le faisait.

Pourtant, le Nouveau Testament reste fidèle à l'anthropologie hébraïque. Le corps n'y est jamais une prison de l'âme, comme dans la formule platonicienne sôma-sèma, « le corps est un tombeau ». Pour Paul, le corps appartient au Seigneur (1 Co 6.13), il est le temple de l'Esprit et il ressuscitera transformé. Le latin corpus a transmis le mot avec ses deux grands emplois théologiques, eucharistique et ecclésial, jusqu'à l'expression médiévale corpus mysticum.

Le débat

Chez Paul, sôma désigne-t-il le corps physique ou la personne tout entière dans sa relation à elle-même et au monde ?

Gundry a montré qu'on ne peut évacuer le sens physique : quand Paul parle du corps ressuscité ou de l'impudicité, il pense à un vrai corps. Mais Bultmann et Käsemann ont raison de souligner que ce corps est la personne dans son existence concrète et ses relations. Le corps n'est pas une partie de l'homme parmi d'autres : c'est l'homme visible, appelé à appartenir au Seigneur.

Portée théologique

Le Nouveau Testament prend le corps au sérieux d'un bout à l'autre. Le Fils de Dieu reçoit un corps (Hé 10.5), le livre sur la croix, et c'est ce corps que les femmes ne trouvent plus au tombeau. La résurrection n'est pas la survie d'une âme libérée du corps, mais la transformation du corps lui-même : semé « corps animal », il ressuscite « corps spirituel », c'est-à-dire entièrement animé par l'Esprit de Dieu (1 Co 15.44). Aux Corinthiens qui jugeaient le corps sans importance, Paul répond que le corps est « pour le Seigneur » et qu'on glorifie Dieu dans son corps.

L'image de l'Église comme corps du Christ découle de cette théologie. Le même mot désigne le corps livré, le pain partagé et la communauté : « nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps ; car nous participons tous à un même pain » (1 Co 10.17). Pour la prédication, le thème ouvre plusieurs pistes : une éthique de la sexualité fondée sur l'appartenance au Seigneur, une vision du culte comme offrande de toute l'existence (Rm 12.1), une ecclésiologie où chaque membre est nécessaire, même le plus faible (1 Co 12.22), et une espérance qui ne méprise ni la matière ni la création.

Chaîne : Le corps, de la création à la résurrection

  1. Gn 2.7 Le corps formé de la poussière : « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »
  2. Mt 6.25 Plus que le vêtement : « C'est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? »
  3. Mt 26.26 Ceci est mon corps : « Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps. »
  4. Lc 24.3 Le tombeau vide : « et, étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. »
  5. Jn 2.21 Le temple de son corps : « Mais il parlait du temple de son corps. »
  6. Rm 6.12 Le corps mortel : « Que le péché ne règne donc point dans votre corps mortel, et n'obéissez pas à ses convoitises. »
  7. Rm 8.11 La vie rendue aux corps : « Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d'entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. »
  8. Rm 12.1 Le sacrifice vivant : « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. »
  9. 1 Co 6.19 Le temple du Saint-Esprit : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes? »
  10. 1 Co 12.27 Le corps de Christ : « Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. »
  11. 1 Co 15.44 Le corps spirituel : « il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. S'il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel. »
  12. Ph 3.21 Le corps de sa gloire : « qui transformera le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa gloire, par le pouvoir qu'il a de s'assujettir toutes choses. »

Mots apparentés

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Bibliographie

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