ʾādām אָדָם
Strong H120 · nom masculin collectif ; nom propre · homme, humanité ; Adam · 550 occurrences
Le mot hébreu pour « l'être humain » et « l'humanité », homme et femme ensemble, tiré de la terre (ʾădāmâ) dont il est formé. Il devient peu à peu le nom propre du premier homme, Adam, que Paul mettra en regard du Christ.
Racine et étymologie
Le récit de Genèse 2 joue ouvertement sur la ressemblance entre ʾādām, « l'homme », et ʾădāmâ (H127), « le sol, la terre cultivable » : Dieu forme l'humain avec la poussière de la terre, le place dans le jardin pour cultiver le sol, et la sentence de Genèse 3.19 le renvoie à cette terre d'où il a été pris. En français, on rend parfois ce jeu de mots par « l'humain » et « l'humus ». Il s'agit d'abord d'une étymologie narrative, qui dit une vérité théologique : l'homme appartient à la terre.
La même racine ʾ-d-m produit l'adjectif ʾādōm (H122), « rouge », et le nom d'Édom (H123), le pays « roux » d'Ésaü (Gn 25.30). Certains rapprochent aussi dām, « sang », mais ce lien est discuté. En ougaritique, le dieu El porte le titre de « père de l'humanité » (ʾab ʾadm), ce qui montre que le mot désignait déjà le genre humain dans le monde cananéen.
Grammaticalement, ʾādām est un collectif singulier, qui ne prend presque jamais de pluriel : pour parler d'individus, on dit « fils d'homme » (ben-ʾādām) ou l'on emploie ʾîš, « homme, mari » (H376). Les données utilisées ici comptent 550 emplois du nom commun ; l'usage comme nom propre du premier homme est étiqueté à part (H121), car la frontière entre « l'homme » et « Adam » est souvent incertaine en Genèse 2 à 5.
Sens et emplois
L'humanité, homme et femme
Le sens premier : le genre humain, qui comprend dès l'origine l'homme et la femme. Le verset passe du singulier (« il le créa ») au pluriel, signe que ʾādām est un collectif.
« Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. »Gn 1.27, Segond 1910
L'homme tiré de la terre
Avec l'article, hāʾādām désigne « l'homme » du jardin, personnage représentatif plutôt que simple individu. Sa matière est la poussière ; sa vie vient du souffle divin.
« L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, »Gn 2.7, Segond 1910
Adam, le premier homme
Dans les généalogies, le mot devient nom propre. Genèse 5.1-2 montre le passage : « Adam » est le père de la lignée, mais Dieu appelle aussi l'homme et la femme du nom de ʾādām.
« Voici le livre de la postérité d'Adam. »Gn 5.1, Segond 1910
« Fils d'homme » : le mortel
L'expression ben-ʾādām désigne un être humain dans sa petitesse face à Dieu. C'est le nom par lequel Dieu interpelle constamment le prophète Ézéchiel.
« Il me dit: Fils de l'homme, tiens-toi sur tes pieds, et je te parlerai. »Éz 2.1, Segond 1910
L'homme par contraste avec Dieu
L'humain change d'avis, ment, meurt ; Dieu non. Le mot sert à marquer la distance entre la créature et le Créateur.
« Ni fils d'un homme pour se repentir. »Nb 23.19, Segond 1910
Tout homme, chacun
Dans les textes de sagesse et les prophètes, ʾādām s'adresse à n'importe quel humain, au-delà d'Israël : l'exigence de Dieu concerne l'homme en tant que tel.
« On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; »Mi 6.8, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ʾādām le plus souvent par ἄνθρωπος (anthrôpos), « être humain », mot qui, comme l'hébreu, ne désigne pas spécialement le mâle. Dans les chapitres 2 à 5 de la Genèse, elle passe progressivement à la transcription Ἀδάμ, faisant du mot un nom propre plus tôt que le texte hébreu ne le fait clairement. Ce choix a pesé sur toute la lecture ultérieure du récit comme histoire d'un individu.
Le Nouveau Testament emploie ἄνθρωπος 549 fois et le nom Ἀδάμ seulement 9 fois, mais à des endroits décisifs. Paul construit en Romains 5.12-21 et en 1 Corinthiens 15.22 et 45 un parallèle entre « le premier homme, Adam » et le Christ, « le dernier Adam ». L'expression « fils de l'homme », venue de l'hébreu ben-ʾādām et de l'araméen de Daniel 7.13, devient le titre que Jésus se donne le plus volontiers. Le latin homo, puis le français « homme », ont hérité de la même ambiguïté que l'hébreu entre l'humain en général et le mâle.
Le débat
En Osée 6.7, « Ils ont, kᵉʾādām, transgressé l'alliance » : s'agit-il d'Adam, des hommes en général, ou d'un lieu nommé Adam ?
- Comme Adam, le premier homme (B. B. Warfield, 1903) : Dans son article « Hosea vi.7: Adam or Man? », Warfield défend la référence au premier homme : Israël a rompu l'alliance comme Adam a transgressé le commandement reçu au jardin. Cette lecture a servi d'appui à la doctrine réformée d'une « alliance des œuvres » conclue avec Adam.
- Comme le commun des hommes (Jean Calvin, 1557) : Dans son commentaire d'Osée, Calvin juge peu convaincante la référence à Adam et comprend « à la manière des hommes » : Israël, malgré ses privilèges, n'a pas fait mieux que n'importe quel peuple. C'est l'option de Segond : « comme le vulgaire ».
- À Adam, la ville (Hans Walter Wolff, 1961) : Dans son commentaire d'Osée (Biblischer Kommentar), Wolff, comme beaucoup d'exégètes modernes, corrige légèrement en « à Adam », ville du Jourdain (Jos 3.16). Argument : la suite du verset dit « c'est là » et les versets 8-9 nomment Galaad et Sichem, ce qui suppose une liste de lieux de crimes.
Le parallèle avec « là » et les noms de lieux des versets suivants rend la lecture géographique très sérieuse, mais elle exige une correction du texte. La référence au premier homme reste possible et donne au verset une portée forte ; la lecture « comme les hommes » est la plus prudente. Le texte ne peut porter seul une doctrine de l'alliance adamique.
Portée théologique
Le mot ʾādām contient une anthropologie en raccourci. L'humain est tiré de la terre et y retourne : il partage la condition des créatures et n'a rien de divin par nature. Mais il est aussi créé à l'image de Dieu, homme et femme ensemble, et chargé de cultiver et de garder la terre. Grandeur et fragilité ne sont pas deux doctrines concurrentes mais deux faces du même mot, que le Psaume 8 tient ensemble : « Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui ? » Le fait que ʾādām désigne d'abord l'humanité entière, et non Israël, donne à la Bible hébraïque une portée universelle dès sa première page.
Le Nouveau Testament relit cette histoire à partir du Christ. Pour Paul, Adam est « la figure de celui qui devait venir » (Rm 5.14) : par un homme le péché et la mort sont entrés dans le monde, par un homme la grâce et la vie y abondent. Le Christ est le « dernier Adam », commencement d'une humanité nouvelle. Pour la prédication, ce parallèle permet de parler à la fois de solidarité dans le mal et d'espérance pour tous, sans réduire le récit de la Genèse à une simple question d'origines. Le titre « Fils de l'homme », que Jésus reprend, rappelle qu'il est venu partager pleinement la condition de l'ʾādām.
Chaîne : De l'homme tiré de la terre au dernier Adam
- Gn 1.26 Faisons l'homme : « Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. »
- Gn 2.7 Formé de la poussière : « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »
- Gn 2.15 Cultiver et garder : « L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder. »
- Gn 3.9 Où es-tu ? : « Mais l'Éternel Dieu appela l'homme, et lui dit: Où es-tu? »
- Gn 3.19 Tu retourneras à la poussière : « C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. »
- Gn 5.1 La postérité d'Adam : « Voici le livre de la postérité d'Adam. Lorsque Dieu créa l'homme, il le fit à la ressemblance de Dieu. »
- Gn 9.6 Le sang de l'homme : « Si quelqu'un verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé; car Dieu a fait l'homme à son image. »
- Ps 8.5 Qu'est-ce que l'homme ? : « Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui? Et le fils de l'homme, pour que tu prennes garde à lui? »
- Éz 2.1 Fils de l'homme : « Il me dit: Fils de l'homme, tiens-toi sur tes pieds, et je te parlerai. »
- Dn 7.13 Un fils d'homme sur les nuées : « Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu'un de semblable à un fils de l'homme; il s'avança vers l'ancien des jours, et on le fit approcher de lui. »
- Rm 5.14 Adam, figure du Christ : « Cependant la mort a régné depuis Adam jusqu'à Moïse, même sur ceux qui n'avaient pas péché par une transgression semblable à celle d'Adam, lequel est la figure de celui qui devait venir. »
- 1 Co 15.45 Le dernier Adam : « C'est pourquoi il est écrit: Le premier homme, Adam, devint une âme vivante. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant. »
Mots apparentés
- ṣelem צֶלֶם : image, statue, effigie
- bāśār בָּשָׂר : chair, corps, être humain
- huios υἱός : fils
- ʾereṣ אֶרֶץ : terre, pays
- bēn בֵּן : fils, enfant
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- psychè : vie, âme, personne
- pneuma : souffle, esprit, Esprit
- kardia : cœur
- sôma : corps
Bibliographie
- Fritz Maass, art. « ʾādhām », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 1.
- Claus Westermann, art. « ʾādām », dans E. Jenni et C. Westermann (éd.), Theologisches Handwörterbuch zum Alten Testament, vol. 1, 1971 (trad. anglaise : TLOT, 1997).
- Claus Westermann, Genesis 1–11, Biblischer Kommentar Altes Testament, Neukirchen, Neukirchener Verlag, 1974.
- Joachim Jeremias, art. « Ἀδάμ », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 1.
- Hans Walter Wolff, Dodekapropheton 1. Hosea, Biblischer Kommentar Altes Testament, Neukirchen, Neukirchener Verlag, 1961 (trad. anglaise : Hosea, Hermeneia, 1974).
- B. B. Warfield, « Hosea vi.7: Adam or Man? », 1903, repris dans Selected Shorter Writings, vol. 1, Nutley, Presbyterian and Reformed, 1970.
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