rûaḥ רוּחַ

Strong H7307 · nom féminin (parfois masculin) · souffle, vent, esprit · 378 occurrences

L'air en mouvement : le vent qui balaie la mer, le souffle qui fait vivre, l'humeur qui anime un homme, et l'Esprit par lequel Dieu crée, saisit ses envoyés et promet de renouveler son peuple. Un seul mot hébreu là où le français en exige trois.

Racine et étymologie

La racine r-w-ḥ exprime l'idée d'air qui circule, d'espace où l'on respire. Elle est commune aux langues sémitiques : l'araméen rûaḥ et l'arabe rūḥ (« esprit, souffle ») et rīḥ (« vent ») en sont les proches parents. Le même champ produit en hébreu rēaḥ (H7381), « odeur, parfum », que l'on trouve dans l'expression sacrificielle « odeur agréable » (Gn 8.21), et le verbe rîaḥ (H7306), « sentir, humer » : l'odeur est ce que transporte l'air.

Le mot est le plus souvent féminin, mais il peut s'accorder au masculin, surtout quand il désigne le vent. Ses 378 emplois hébreux (l'araméen de Daniel a son propre équivalent) couvrent un éventail qui déroute le traducteur : le vent, la respiration, les points cardinaux (« les quatre vents »), l'humeur d'un homme, l'esprit qui l'habite et l'Esprit de Dieu. Les lexiques classiques (BDB, HALOT) partent du vent et de l'haleine, phénomènes à la fois invisibles et puissants, pour arriver à l'esprit.

Ce point de départ concret est décisif. Pour un Israélite, la rûaḥ n'est pas d'abord quelque chose d'immatériel au sens philosophique : c'est une force qu'on ne voit pas mais dont on constate les effets, comme le vent qui assèche la mer ou le souffle qui quitte un mourant. Dire que Dieu donne sa rûaḥ, c'est dire qu'il communique une énergie vivante, non une idée.

Sens et emplois

  1. Le vent

    Le sens physique, fréquent dans les récits et les oracles. Le vent est souvent l'instrument de Dieu dans l'histoire, comme lors de la traversée de la mer.

    « Et l'Éternel refoula la mer par un vent d'orient, qui souffla avec impétuosité toute la nuit; »Ex 14.21, Segond 1910
  2. Le souffle de vie

    La respiration qui distingue le vivant du mort, chez l'homme comme chez l'animal. Elle vient de Dieu et lui revient : quand il la retire, la créature retourne à la poussière.

    « Tu leur retires le souffle: ils expirent, Et retournent dans leur poussière. »Ps 104.29, Segond 1910
  3. Ce qui passe, la fragilité

    Parce que le souffle est léger et fugace, il sert d'image pour la brièveté de la vie et la vanité des entreprises humaines (« poursuite du vent » dans l'Ecclésiaste).

    « Souviens-toi que ma vie est un souffle! »Jb 7.7, Segond 1910
  4. L'esprit de l'homme, ses dispositions

    L'énergie intérieure qui oriente un homme : courage, abattement, colère, volonté. Un « esprit brisé » est une personne dont l'élan vital est abattu ; Dieu peut renouveler cet esprit.

    « Renouvelle en moi un esprit bien disposé. »Ps 51.12, Segond 1910
  5. L'Esprit de Dieu qui saisit

    La puissance divine qui fond sur les juges, les prophètes ou les artisans du sanctuaire et les rend capables d'actions qui dépassent leurs forces.

    « L'esprit de l'Éternel saisit Samson; »Jg 14.6, Segond 1910
  6. L'Esprit promis pour les derniers temps

    Chez les prophètes de l'exil, l'Esprit devient le don qui transformera le peuple de l'intérieur et le rendra capable d'obéir. C'est la promesse que le Nouveau Testament verra accomplie.

    « Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, »Éz 36.27, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend rûaḥ très majoritairement par πνεῦμα (pneuma), qui signifiait déjà en grec le vent et le souffle, et parfois par ἄνεμος (anemos) quand il s'agit clairement du vent. Grâce à ce choix, le grec du Nouveau Testament conserve le double registre hébreu : en Jean 3.8, le même mot pneuma désigne le vent qui « souffle où il veut » et l'Esprit dont naît le croyant. Le jeu de mots de Jésus à Nicodème n'est compréhensible que sur ce fond hébreu.

Le latin spiritus, tiré de spirare, « souffler », a gardé lui aussi le lien avec la respiration, ce qui n'est plus sensible dans le français « esprit ». Les traducteurs doivent donc choisir à chaque fois entre « vent », « souffle » et « esprit », et la majuscule de « Esprit » est une décision d'interprète, que l'hébreu ne connaît pas. Ézéchiel 37 montre la difficulté : Segond y rend le même mot tantôt par « esprit », tantôt par « vents », alors qu'il désigne aussi, au verset 10, le souffle qui fait respirer les corps reconstitués.

Le débat

En Genèse 1.2, la rûaḥ ʾĕlōhîm qui « se mouvait au-dessus des eaux » est-elle l'Esprit de Dieu ou un grand vent ?

L'argument de Genèse 8.1 est réel, et le superlatif est grammaticalement possible. Mais le verbe rāḥap, qui décrit en Deutéronome 32.11 l'aigle planant au-dessus de sa couvée, suggère un agent vivant plutôt qu'une tempête. L'ambiguïté est peut-être voulue : le souffle de Dieu est déjà là, prêt à faire surgir la vie, comme le dira le Psaume 104.30.

Portée théologique

La rûaḥ relie trois réalités que nous séparons : la météorologie, la biologie et la spiritualité. Pour l'Ancien Testament, le vent qui ouvre la mer, le souffle qui fait respirer et l'Esprit qui inspire les prophètes relèvent d'une même puissance divine, invisible et efficace. Cela empêche de faire de l'Esprit une simple atmosphère religieuse intérieure : il agit dans l'histoire, dans les corps et dans la création. Le Psaume 104 dit que toute vie dépend, à chaque instant, du souffle que Dieu donne ou retire.

La vision d'Ézéchiel 37 est le grand texte de prédication sur ce mot. Devant une vallée d'ossements, le prophète doit parler à la rûaḥ, et le même mot y désigne les vents des quatre horizons, le souffle qui rend vie aux corps et l'Esprit de Dieu qui relève Israël. Joël élargit la promesse à « toute chair », sans distinction d'âge, de sexe ou de condition. Pierre lit la Pentecôte comme l'accomplissement de cet oracle, et le Nouveau Testament présente l'Esprit comme le souffle de la création nouvelle. L'épisode d'Élie à l'Horeb rappelle cependant que Dieu ne se confond pas avec la force brute : il n'était pas dans le vent violent.

Chaîne : Le souffle de Dieu, de la création à la Pentecôte

  1. Gn 1.2 Au-dessus des eaux : « La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. »
  2. Gn 6.3 Le souffle limité : « Alors l'Éternel dit: Mon esprit ne restera pas à toujours dans l'homme, car l'homme n'est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans. »
  3. Nb 11.29 Le vœu de Moïse : « Moïse lui répondit: Es-tu jaloux pour moi? Puisse tout le peuple de l'Éternel être composé de prophètes; et veuille l'Éternel mettre son esprit sur eux! »
  4. Jg 14.6 L'Esprit saisit Samson : « L'esprit de l'Éternel saisit Samson; et, sans avoir rien à la main, Samson déchira le lion comme on déchire un chevreau. Il ne dit point à son père et à sa mère ce qu'il avait fait. »
  5. 1 R 19.11 Pas dans le vent fort : « L'Éternel dit: Sors, et tiens-toi dans la montagne devant l'Éternel! Et voici, l'Éternel passa. Et devant l'Éternel, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers: l'Éternel n'était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre: l'Éternel n'était pas dans le tremblement de terre. »
  6. Ps 51.13 Ne me retire pas ton esprit : « Ne me rejette pas loin de ta face, Ne me retire pas ton esprit saint. »
  7. Ps 104.30 Le souffle qui renouvelle : « Tu envoies ton souffle: ils sont créés, Et tu renouvelles la face de la terre. »
  8. És 11.2 L'Esprit sur le Messie : « L'Esprit de l'Éternel reposera sur lui: Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l'Éternel. »
  9. Éz 37.14 Les ossements revivent : « Je mettrai mon esprit en vous, et vous vivrez; je vous rétablirai dans votre pays, et vous saurez que moi, l'Éternel, j'ai parlé et agi, dit l'Éternel. »
  10. Jl 2.28 Sur toute chair : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. »
  11. Ac 2.4 La Pentecôte : « Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. »

Mots apparentés

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Bibliographie

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