paraklētos παράκλητος
Strong G3875 · nom masculin (adjectif verbal substantivé) · défenseur, consolateur · 5 occurrences
Littéralement, « celui qu'on appelle à ses côtés » : l'assistant, le défenseur. Jean donne ce titre à l'Esprit saint, qui prend le relais de Jésus auprès des disciples, et sa première épître l'applique à Jésus, avocat des croyants auprès du Père.
Racine et étymologie
Παράκλητος est formé de la préposition παρά, « auprès de », et de la racine de καλέω, « appeler ». La terminaison -τος en fait un adjectif verbal à sens passif : « appelé auprès ». Dans le grec classique et hellénistique, le mot désigne surtout la personne que l'on fait venir à ses côtés dans un procès : un appui, un défenseur, un intercesseur. Ce n'est pas encore un avocat professionnel, mais un ami influent qui plaide en votre faveur. Le latin advocatus, « appelé vers », en est l'exact décalque.
Le verbe παρακαλέω, de la même famille, est très fréquent dans le Nouveau Testament et couvre un large éventail de sens : appeler à soi, supplier, exhorter, encourager, consoler. Le nom παράκλησις signifie « exhortation » ou « consolation ». Siméon attendait « la consolation d'Israël » (Lc 2.25), et Paul bénit « le Dieu de toute consolation » (2 Co 1.3). C'est par cette parenté que le mot παράκλητος a pris en français le sens de « consolateur », bien que sa forme passive désigne d'abord celui qu'on appelle à l'aide.
Le mot est extrêmement rare dans la Bible : il ne figure que dans les écrits johanniques, quatre fois dans les discours d'adieu de Jésus et une fois dans la première épître de Jean. Il est absent de la Septante, où les « consolateurs fâcheux » de Job 16.2 sont appelés παρακλήτορες ; seules les versions grecques plus tardives d'Aquila et de Théodotion y emploient παράκλητοι.
Sens et emplois
Un autre Paraclet
Jésus annonce « un autre » consolateur : il a lui-même été le premier auprès des disciples, et l'Esprit prendra sa place après son départ. Le Paraclet n'est pas une présence passagère : il demeure « éternellement ».
« Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous, »Jn 14.16, Segond 1910
Le maître intérieur
Le Paraclet enseigne et rappelle. Il n'apporte pas une révélation nouvelle détachée de Jésus : il fait comprendre et garder vivantes les paroles du Christ dans la communauté.
« Mais le consolateur, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. »Jn 14.26, Segond 1910
Le témoin du Christ
Dans un monde hostile, le Paraclet rend témoignage à Jésus, et les disciples témoignent avec lui. Le langage du procès reparaît : il faut un témoin et un défenseur devant le tribunal du monde.
« Quand sera venu le consolateur, que je vous enverrai de la part du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il rendra témoignage de moi; »Jn 15.26, Segond 1910
Une présence plus avantageuse que l'absence
Le départ de Jésus est la condition de la venue du Paraclet. Celui-ci jouera aussi le rôle d'un accusateur qui « convaincra le monde » de péché, de justice et de jugement (Jn 16.8).
« il vous est avantageux que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous; »Jn 16.7, Segond 1910
Le Christ, avocat auprès du Père
La première épître de Jean applique le titre à Jésus lui-même, défenseur du croyant qui a péché. Segond traduit ici « avocat », ce qui rend bien le sens judiciaire du mot.
« Et si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste. »1 Jn 2.1, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Παράκλητος n'a pas d'équivalent hébreu direct dans l'Ancien Testament, mais deux arrière-plans éclairent son emploi. Le premier est la consolation promise par les prophètes : « Consolez, consolez mon peuple » (És 40.1), où l'hébreu naḥam est rendu en grec par παρακαλέω. Siméon attend cette consolation, et certaines traditions rabbiniques donneront au Messie le nom de Menaḥem, « Consolateur ». Le second est la figure de l'intercesseur céleste, ange ou juste, qui plaide pour Israël devant Dieu.
Le judaïsme a lui-même adopté le mot grec : la Mishna (traité Avot) parle du peraqlîṭ, le « défenseur » que l'on acquiert en accomplissant un commandement, opposé à l'« accusateur ». La Vulgate hésite entre deux solutions : elle transcrit Paraclitus dans l'évangile et traduit advocatum dans l'épître. Segond fait de même avec « consolateur » et « avocat ». Les versions modernes gardent souvent « Paraclet » ou proposent « Défenseur », parce qu'aucun mot français ne réunit l'aide, la défense et le réconfort.
Le débat
D'où vient la figure du Paraclet, et que dit-elle de l'Esprit ?
- Un « aide » des mythes gnostiques (Rudolf Bultmann, 1941) : Dans son commentaire de Jean, Bultmann rapproche le Paraclet des figures d'« aide » céleste des textes mandéens et gnostiques, envoyées pour secourir les âmes. L'évangéliste aurait repris et transformé ce modèle. La datation tardive des sources mandéennes rend cette hypothèse aujourd'hui peu suivie.
- L'intercesseur céleste du judaïsme (Otto Betz, 1963) : Dans Der Paraklet, Betz s'appuie sur les manuscrits de Qumrân, où l'ange Michel et l'« Esprit de vérité » défendent les fidèles contre l'accusateur. Le Paraclet johannique reprend ce schéma juif du procès céleste.
- La présence de Jésus en son absence (Raymond E. Brown, 1967) : Dans un article de New Testament Studies, Brown montre que presque tout ce qui est dit du Paraclet est dit aussi de Jésus : il est envoyé par le Père, il enseigne, il témoigne, le monde ne le reçoit pas. Le Paraclet est « un autre Jésus », sa présence continuée dans l'Église.
L'arrière-plan juif du procès, éclairé par Qumrân, explique mieux que la gnose le vocabulaire de défense et d'accusation (Jn 16.8 ; 1 Jn 2.1). Mais c'est la lecture de Brown qui rend le mieux compte du mot « autre » en Jean 14.16 : l'Esprit continue auprès des disciples la mission de Jésus. Il est à la fois défenseur, maître et consolateur.
Portée théologique
Le Paraclet répond à une angoisse : que deviennent les disciples quand Jésus s'en va ? Les discours d'adieu de Jean affirment qu'ils ne seront pas orphelins (Jn 14.18). L'Esprit vient à eux comme une présence personnelle, qui enseigne, rappelle, témoigne et défend. Le mot souligne que l'Esprit n'est pas une force anonyme mais quelqu'un qui se tient « aux côtés » du croyant, comme Jésus l'a fait pendant son ministère.
La dimension judiciaire du mot reste importante. Le monde fait le procès de Jésus et de ses disciples, mais le Paraclet renverse ce procès en convainquant le monde de péché et de justice. Et quand le croyant lui-même est accusé par sa faute, il a « un avocat auprès du Père », Jésus-Christ le juste. Pour la prédication, cette double défense est une source d'assurance : l'Esprit sur la terre et le Christ auprès du Père plaident pour celui qui croit. La consolation chrétienne, comme le montre Paul (2 Co 1.4), se transmet ensuite à d'autres.
Chaîne : Le Consolateur promis
- Jb 16.2 Des consolateurs fâcheux : « J'ai souvent entendu pareilles choses; Vous êtes tous des consolateurs fâcheux. »
- És 40.1 Consolez mon peuple : « Consolez, consolez mon peuple, Dit votre Dieu. »
- Éz 36.27 Je mettrai mon esprit en vous : « Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois. »
- Jl 2.28 L'esprit répandu sur toute chair : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. »
- Lc 2.25 La consolation d'Israël : « Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d'Israël, et l'Esprit-Saint était sur lui. »
- Lc 24.49 La promesse du Père : « Et voici, j'enverrai sur vous ce que mon Père a promis; mais vous, restez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la puissance d'en haut. »
- Jn 14.16 Un autre consolateur : « Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous, »
- Jn 16.8 Il convaincra le monde : « Et quand il sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement: »
- Ac 9.31 L'assistance du Saint-Esprit : « L'Église était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie, s'édifiant et marchant dans la crainte du Seigneur, et elle s'accroissait par l'assistance du Saint-Esprit. »
- Rm 8.26 L'Esprit intercède : « De même aussi l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables; »
- 2 Co 1.4 Consolés pour consoler : « qui nous console dans toutes nos afflictions, afin que, par la consolation dont nous sommes l'objet de la part de Dieu, nous puissions consoler ceux qui se trouvent dans quelque affliction! »
- 1 Jn 2.1 Un avocat auprès du Père : « Mes petits enfants, je vous écris ces choses, afin que vous ne péchiez point. Et si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
Bibliographie
- Johannes Behm, art. « παράκλητος », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 5.
- Raymond E. Brown, « The Paraclete in the Fourth Gospel », New Testament Studies 13, 1967, p. 113-132.
- Otto Betz, Der Paraklet. Fürsprecher im häretischen Spätjudentum, im Johannes-Evangelium und in neu gefundenen gnostischen Schriften, Leiden, Brill, 1963.
- Rudolf Bultmann, Das Evangelium des Johannes, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht (KEK), 1941.
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament (BDAG), 3e éd., Chicago, 2000, art. « παράκλητος ».
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