chara χαρά

Strong G5479 · nom féminin · joie · 58 occurrences

La joie que suscite la venue du salut : joie des bergers, du ciel pour un pécheur qui revient, du Christ communiquée à ses disciples. Fruit de l'Esprit, elle survit aux épreuves parce qu'elle repose sur Dieu et non sur les circonstances.

Racine et étymologie

Χαρά est le nom d'action du verbe χαίρω, « se réjouir » (G5463). L'impératif χαῖρε, « réjouis-toi », servait de salutation courante en grec, comme notre « salut » : c'est le mot de l'ange à Marie (Lc 1.28), traduit par « Je te salue ». Paul joue sur ce double sens quand il écrit : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Ph 4.4), formule qui est à la fois un adieu et une exhortation.

Le même radical a donné χάρις, « la grâce » : ce qui fait plaisir, ce qui réjouit, puis la faveur gratuite. On en tire aussi χάρισμα, « don de grâce », et εὐχαριστέω, « rendre grâce », d'où « eucharistie ». La parenté de la joie et de la grâce est inscrite dans la langue elle-même : la joie est la réponse naturelle à la grâce reçue.

Le Nouveau Testament dispose d'un autre vocabulaire, plus exubérant : ἀγαλλίασις et ἀγαλλιάω, « allégresse, exulter », qui évoquent la danse et les cris de fête de la liturgie d'Israël. Χαρά est plus général et plus intérieur. Il est fréquent chez Luc et Jean, ce qui correspond aux deux grands lieux de la joie dans les évangiles : les récits de la naissance de Jésus et les discours d'adieu avant la Passion.

Sens et emplois

  1. La joie de la bonne nouvelle

    Chez Luc, la joie accompagne l'annonce du salut dès la naissance de Jésus. Elle est promise « à tout le peuple » et ne dépend pas d'abord d'un sentiment personnel : elle répond à un événement.

    « car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie: »Lc 2.10, Segond 1910
  2. La joie de Dieu qui retrouve

    Dans les paraboles de Luc 15, la joie est d'abord celle de Dieu et du ciel. Le berger, la femme et le père se réjouissent de retrouver ce qui était perdu : la joie révèle le cœur de Dieu envers les pécheurs.

    « il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, »Lc 15.7, Segond 1910
  3. La joie du Christ partagée

    Dans les discours d'adieu, Jésus parle de « ma joie ». Ce n'est pas une joie que les disciples produisent, mais celle du Fils dans sa communion avec le Père, qui leur est communiquée et qui doit être « parfaite ».

    « Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. »Jn 15.11, Segond 1910
  4. Une joie que nul ne peut ôter

    Jésus compare la tristesse des disciples à celle d'une femme qui enfante : la croix sera suivie de la résurrection, et la joie qui en naît ne pourra plus être enlevée.

    « mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie. »Jn 16.22, Segond 1910
  5. Le fruit de l'Esprit

    Paul range la joie dans le « fruit de l'Esprit », juste après l'amour. Elle n'est pas un trait de caractère mais un don qui grandit dans la vie du croyant.

    « Mais le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix, »Ga 5.22, Segond 1910
  6. La joie au milieu de l'épreuve

    Jacques demande de voir dans les épreuves un sujet de joie, parce qu'elles éprouvent et affermissent la foi. Paul évoque de même une « joie débordante » chez des Églises pauvres et persécutées (2 Co 8.2).

    « Mes frères, regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés, »Jc 1.2, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, χαρά traduit surtout l'hébreu śimḥâ (H8057), le mot de la joie de fête, et parfois śāśôn, « allégresse ». La joie biblique est d'abord collective et concrète : on se réjouit « devant l'Éternel » lors des pèlerinages, avec repas, chants et partage avec l'étranger, la veuve et l'orphelin. Les prophètes annoncent pour la fin des temps une « joie éternelle » sur la tête des rachetés (És 35.10), et Sophonie ose dire que Dieu lui-même se réjouira de son peuple (So 3.17).

Le Nouveau Testament reprend cet horizon : la joie des évangiles est la joie messianique annoncée par les prophètes, désormais présente. Le grec ajoute une nuance d'intériorité, ce qui permet de parler d'une joie au milieu de la souffrance, thème presque absent de l'Ancien Testament. La Vulgate traduit par gaudium, réservant laetitia et exsultatio à d'autres mots. Segond emploie « joie » de façon constante, et « allégresse » pour la famille d'ἀγαλλιάω.

Le débat

La joie chrétienne est-elle un sentiment, ou une réalité donnée par Dieu indépendamment de ce que l'on ressent ?

Les textes donnent raison aux deux premiers points de vue. La joie a un fondement objectif, la venue du salut et la résurrection, et c'est pourquoi elle peut coexister avec l'épreuve (Jc 1.2). Mais elle est aussi vécue, ressentie, partagée : les disciples « ne croyaient point encore » à cause de leur joie (Lc 24.41). Ce n'est pas une émotion fabriquée, c'est une émotion qui a des raisons.

Portée théologique

La joie est l'un des mots qui disent le mieux la nature de l'Évangile : une « bonne nouvelle » appelle la joie. Dans l'Ancien Testament déjà, la foi d'Israël se vit dans la fête, et les prophètes annoncent une joie définitive au retour des rachetés. Le Nouveau Testament présente la venue de Jésus comme l'accomplissement de cette attente, et les paraboles de Luc 15 révèlent que la première joie est celle de Dieu lui-même quand il retrouve un pécheur.

La joie chrétienne n'ignore pas la souffrance. Jésus annonce aux disciples une tristesse réelle avant une joie que nul ne pourra leur ravir. L'épître aux Hébreux va plus loin : c'est « en vue de la joie » que le Christ a souffert la croix. Pour la prédication, cela permet de distinguer la joie de l'insouciance ou de l'optimisme. Elle peut cohabiter avec les larmes parce qu'elle repose sur la résurrection, et elle est « parfaite » parce qu'elle est la joie même du Christ partagée avec les siens.

Chaîne : La joie, de la fête d'Israël à la croix

  1. Né 8.10 La joie de l'Éternel, votre force : « Ils leur dirent: Allez, mangez des viandes grasses et buvez des liqueurs douces, et envoyez des portions à ceux qui n'ont rien de préparé, car ce jour est consacré à notre Seigneur; ne vous affligez pas, car la joie de l'Éternel sera votre force. »
  2. Ps 16.11 D'abondantes joies devant ta face : « Tu me feras connaître le sentier de la vie; Il y a d'abondantes joies devant ta face, Des délices éternelles à ta droite. »
  3. És 35.10 Une joie éternelle : « Les rachetés de l'Éternel retourneront, Ils iront à Sion avec chants de triomphe, Et une joie éternelle couronnera leur tête; L'allégresse et la joie s'approcheront, La douleur et les gémissements s'enfuiront. »
  4. So 3.17 Dieu se réjouit de son peuple : « L'Éternel, ton Dieu, est au milieu de toi, comme un héros qui sauve; Il fera de toi sa plus grande joie; Il gardera le silence dans son amour; Il aura pour toi des transports d'allégresse. »
  5. Lc 2.10 Une grande joie pour tout le peuple : « Mais l'ange leur dit: Ne craignez point; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie: »
  6. Lc 15.7 La joie du ciel : « De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance. »
  7. Jn 15.11 Ma joie en vous : « Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. »
  8. Jn 16.22 Nul ne vous ravira votre joie : « Vous donc aussi, vous êtes maintenant dans la tristesse; mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie. »
  9. Ac 13.52 Remplis de joie et du Saint-Esprit : « tandis que les disciples étaient remplis de joie et du Saint-Esprit. »
  10. Ga 5.22 Le fruit de l'Esprit : « Mais le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, »
  11. Hé 12.2 En vue de la joie, la croix : « ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l'ignominie, et s'est assis à la droite du trône de Dieu. »
  12. 1 P 1.8 Une joie ineffable et glorieuse : « lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, vous réjouissant d'une joie ineffable et glorieuse, »

Mots apparentés

Autres mots du thème « Création, vie et gloire »

Bibliographie

Ouvrir la fiche interactive · Toutes les occurrences de chara (G5479) dans la concordance biblique