zōē ζωή
Strong G2222 · nom féminin · vie · 135 occurrences
La vie au sens fort : le fait de vivre, et surtout la vie que Dieu possède en lui-même et communique. Dans le Nouveau Testament, elle est inséparable du Christ, qui se dit « la vie », et prend le nom de « vie éternelle ».
Racine et étymologie
Ζωή est le nom d'action du verbe ζάω, « vivre » (G2198). Les linguistes rattachent ζωή et βίος à une même racine indo-européenne signifiant « vivre », celle qu'on retrouve dans le latin vivus et vita. Mais le grec a spécialisé les deux mots. Ζωή désigne le principe vital, le fait d'être vivant, commun aux hommes, aux animaux et aux dieux. Βίος désigne la manière de vivre, la carrière, les moyens d'existence : d'où notre « biographie », le récit d'une existence.
Le Nouveau Testament respecte cette distinction. Βίος y est rare et concret : la veuve donne « tout ce qu'elle avait pour vivre » (Mc 12.44), le fils cadet reçoit sa part de « bien ». Ζωή, beaucoup plus fréquent, porte la charge théologique. Un troisième mot, ψυχή, désigne la vie individuelle que l'on peut perdre ou donner : le bon berger donne sa ψυχή pour ses brebis, mais il est venu pour qu'elles aient la ζωή (Jn 10.10-11).
La famille du mot comprend ζῷον, « être vivant » (les « êtres vivants » autour du trône dans l'Apocalypse), et ζωοποιέω, « faire vivre, vivifier », que Paul emploie pour l'action de Dieu qui ressuscite les morts et de l'Esprit qui donne la vie. La répartition des emplois est parlante : Jean, sa première épître et l'Apocalypse en rassemblent une large part, suivis de l'épître aux Romains.
Sens et emplois
La vie naturelle
Ζωή peut désigner simplement l'existence terrestre, fragile et brève. Jacques rappelle aux marchands sûrs d'eux que leur vie ne leur appartient pas.
« car, qu'est-ce que votre vie? Vous êtes une vapeur qui paraît pour un peu de temps, et qui ensuite disparaît. »Jc 4.14, Segond 1910
La vie propre à Dieu
Dieu n'a pas reçu la vie : il l'a « en lui-même ». Jean affirme que le Père a donné au Fils de posséder la même vie. C'est le fondement de tout ce que le Nouveau Testament dit de la vie donnée aux croyants.
« Car, comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même. »Jn 5.26, Segond 1910
Le Christ, la vie en personne
Dans les grandes déclarations « Je suis » de l'évangile de Jean, Jésus ne se contente pas de donner la vie : il l'est. Devant le tombeau de Lazare, la vie se définit par rapport à sa personne.
« Je suis la résurrection et la vie. »Jn 11.25, Segond 1910
La vie éternelle comme connaissance de Dieu
Jean définit la vie éternelle non par sa durée mais par une relation : connaître le Père et celui qu'il a envoyé. Cette vie commence dès maintenant pour celui qui croit.
« Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »Jn 17.3, Segond 1910
Une vie nouvelle
Pour Paul, le baptême unit le croyant à la mort et à la résurrection du Christ. La vie qui en découle est une manière nouvelle de vivre, ici et maintenant.
« nous marchions en nouveauté de vie. »Rm 6.4, Segond 1910
La vie du monde à venir
Dans les évangiles synoptiques, la vie éternelle est surtout l'héritage final, opposé au châtiment. On y « entre » au terme d'un chemin étroit (Mt 7.14).
« mais les justes à la vie éternelle. »Mt 25.46, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, ζωή traduit principalement l'hébreu ḥayyîm, « la vie ». Le mot grec hérite ainsi de toute la richesse du terme hébreu : la vie comme souffle reçu de Dieu (Gn 2.7), comme chemin à choisir (Dt 30.19), comme communion avec celui qui est « la source de la vie » (Ps 36.10). Le grec profane n'aurait jamais dit qu'un dieu « est la vie » ; c'est la lecture des Écritures d'Israël qui rend possible le langage de Jean.
L'expression ζωὴ αἰώνιος, « vie éternelle », vient directement de la traduction grecque de Daniel 12.2, où elle désigne la vie des justes relevés de la poussière. L'adjectif αἰώνιος renvoie au « siècle à venir » (ʿôlām) de l'attente juive : la vie éternelle est d'abord la vie du monde nouveau. Jean la voit déjà présente dans la foi. Le latin vita aeterna a transmis cette formule à la liturgie et à la théologie occidentales.
Le débat
Chez Jean, la « vie éternelle » est-elle une réalité déjà présente ou une espérance pour la fin des temps ?
- Une vie entièrement présente (Rudolf Bultmann, 1941) : Dans son commentaire de l'évangile de Jean, Bultmann lit la vie éternelle comme une réalité qui se décide maintenant dans la rencontre avec la parole du Christ. Les passages sur la résurrection au dernier jour (Jn 5.28-29 ; 6.39-40) seraient des ajouts d'un rédacteur ecclésiastique.
- La vie du siècle à venir anticipée (C. H. Dodd, 1953) : Dans The Interpretation of the Fourth Gospel, Dodd voit dans ζωὴ αἰώνιος la vie du monde à venir de l'attente juive, désormais réalisée dans le présent. L'« éternel » désigne une qualité de vie, la participation à la vie même de Dieu, plus qu'une durée.
- Présent et futur tenus ensemble (Raymond E. Brown, 1966) : Dans son commentaire de la collection Anchor Bible, Brown estime que les deux perspectives appartiennent au même évangile : le croyant « a » la vie éternelle (Jn 5.24) et sera ressuscité au dernier jour (Jn 6.40). La tension est voulue.
Le texte tel qu'il nous est parvenu réunit les deux affirmations, souvent à quelques versets de distance. Bultmann a mis en lumière l'accent original de Jean sur le présent, mais rien n'oblige à éliminer l'avenir. La lecture de Brown rend mieux compte de l'ensemble : la vie éternelle commence maintenant et s'accomplira dans la résurrection.
Portée théologique
Le Nouveau Testament ne présente pas la vie éternelle comme une simple prolongation indéfinie de l'existence actuelle. C'est la vie même de Dieu, que le Père possède en lui-même et qu'il donne par le Fils. Le prologue de Jean l'annonce : « en elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes ». La vie n'est donc pas d'abord une possession de l'homme, mais une participation à celle de Dieu, reçue par la foi.
Cette vie a une dimension présente et une dimension future. Celui qui croit « a » la vie éternelle et « est passé de la mort à la vie » (Jn 5.24) ; il attend aussi la résurrection et le fleuve de vie de la Jérusalem nouvelle. Paul la décrit comme un « don gratuit », opposé au « salaire » du péché, et comme une vie « cachée avec Christ en Dieu ». Pour la prédication, ce vocabulaire libère d'une double erreur : réduire le salut à l'au-delà, ou le réduire à l'épanouissement présent. La vie que donne le Christ commence aujourd'hui et ne finit pas.
Chaîne : La vie, de l'Éden à la cité de Dieu
- Gn 2.9 L'arbre de la vie : « L'Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. »
- Dt 30.19 Choisis la vie : « J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre: j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, »
- Ps 36.10 La source de la vie : « Car auprès de toi est la source de la vie; Par ta lumière nous voyons la lumière. »
- Dn 12.2 La vie éternelle annoncée : « Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l'opprobre, pour la honte éternelle. »
- Mt 7.14 Le chemin étroit : « Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. »
- Jn 1.4 En elle était la vie : « En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. »
- Jn 10.10 La vie en abondance : « Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire; moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu'elles soient dans l'abondance. »
- Jn 17.3 Connaître le seul vrai Dieu : « Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »
- Rm 6.23 Le don gratuit de Dieu : « Car le salaire du péché, c'est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. »
- Col 3.3 Une vie cachée avec Christ : « Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. »
- 1 Jn 5.12 Qui a le Fils a la vie : « Celui qui a le Fils a la vie; celui qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie. »
- Ap 22.1 Le fleuve d'eau de la vie : « Et il me montra un fleuve d'eau de la vie, limpide comme du cristal, qui sortait du trône de Dieu et de l'agneau. »
Mots apparentés
- psychè ψυχή : vie, âme, personne
- thanatos θάνατος : mort
- ḥayyîm חַיִּים : vie
- anastasis ἀνάστασις : résurrection, relèvement
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- bārak : bénir
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
- doxa : gloire
- paraklētos : défenseur, consolateur
Bibliographie
- Rudolf Bultmann, Das Evangelium des Johannes, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht (KEK), 1941.
- C. H. Dodd, The Interpretation of the Fourth Gospel, Cambridge, Cambridge University Press, 1953.
- Raymond E. Brown, The Gospel according to John, 2 vol., Garden City, Doubleday (Anchor Bible), 1966-1970.
- Richard Chenevix Trench, Synonyms of the New Testament, Londres, Macmillan, 1880 (9e éd.).
- Rudolf Bultmann et Gerhard von Rad, art. « ζάω, ζωή », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2.
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament (BDAG), 3e éd., Chicago, 2000, art. « ζωή ».
Ouvrir la fiche interactive · Toutes les occurrences de zōē (G2222) dans la concordance biblique