psychè ψυχή
Strong G5590 · nom féminin · vie, âme, personne · 103 occurrences
Le souffle de vie, la vie que l'on peut perdre ou donner, le « moi » qui désire et souffre. Dans le Nouveau Testament, psychè porte l'héritage de l'hébreu nefesh bien plus que celui de l'âme immortelle des philosophes grecs.
Racine et étymologie
Psychè se rattache au verbe ψύχω (psychô), « souffler », puis « rafraîchir, refroidir » : le seul emploi du verbe dans le Nouveau Testament annonce que l'amour du plus grand nombre « se refroidira » (Mt 24.12). L'âme est d'abord le souffle, l'haleine qui sort du corps. Chez Homère, la psychè est ce qui quitte le guerrier à sa mort et descend chez Hadès comme une ombre sans force ; elle n'est pas la personne véritable, mais son reste.
La philosophie classique a profondément transformé le mot. Pour Platon, notamment dans le Phédon, la psychè est la partie immortelle et divine de l'homme, prisonnière du corps et appelée à s'en libérer. Aristote en fait le principe vital qui organise un corps vivant. Le grec hellénistique dans lequel s'écrit le Nouveau Testament connaît ces sens savants, mais l'usage courant reste celui de « vie ».
Plusieurs dérivés apparaissent dans le Nouveau Testament : l'adjectif ψυχικός (psychikos), « naturel, animal », six fois, qui qualifie l'homme laissé à ses seules ressources (1 Co 2.14) ; δίψυχος (dipsychos), « à l'âme double, irrésolu » (Jc 1.8 ; 4.8) ; ὀλιγόψυχος, « découragé », littéralement « à la petite âme » (1 Th 5.14) ; σύμψυχος, « d'un même cœur » (Ph 2.2). Ces composés montrent que psychè désigne aussi l'élan intérieur, l'énergie de la personne.
Sens et emplois
La vie physique
Le sens le plus courant : la vie biologique, que l'on peut menacer ou ôter. Hérode « en voulait à la vie » de l'enfant, exactement comme les ennemis de David en voulaient à sa nefesh.
« car ceux qui en voulaient à la vie du petit enfant sont morts. »Mt 2.20, Segond 1910
La vie donnée
Jésus présente sa mort comme le don volontaire de sa psychè. Le mot désigne alors la vie entière, la personne elle-même offerte pour d'autres.
« pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. »Mc 10.45, Segond 1910
La vie véritable, perdue ou sauvée
Dans la parole la plus souvent rapportée des évangiles, le mot oscille entre la vie terrestre et la vie profonde de la personne. Garder sa vie pour soi, c'est la perdre ; la risquer pour le Christ, c'est la trouver.
« Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera. »Mc 8.35, Segond 1910
Le siège des émotions
L'âme est le lieu de la tristesse, du trouble et de la joie. À Gethsémané, Jésus reprend le langage des Psaumes de lamentation (voir Ps 42.6).
« Mon âme est triste jusqu'à la mort; »Mt 26.38, Segond 1910
Une personne
Comme nefesh dans les recensements, psychè sert à compter des personnes. Le mot n'a alors aucune nuance spirituelle particulière.
« en ce jour-là, le nombre des disciples s'augmenta d'environ trois mille âmes. »Ac 2.41, Segond 1910
Ce que la mort du corps n'atteint pas
Un petit nombre de textes distinguent l'âme du corps : les persécuteurs peuvent tuer l'un sans atteindre l'autre. Le verset ne parle pourtant pas d'immortalité naturelle, puisque Dieu peut faire périr l'âme et le corps.
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme; »Mt 10.28, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante a choisi psychè pour traduire l'hébreu nefesh dans l'immense majorité de ses emplois, et parfois aussi pour lēb, « cœur ». Ce choix explique l'écart entre le sens philosophique du mot et son usage biblique. Les auteurs du Nouveau Testament, nourris de la Bible grecque, emploient psychè avec les valeurs de nefesh : la vie, le désir, la personne, le moi qui prie. Quand Paul cite Genèse 2.7, il écrit « Adam devint une âme vivante » (1 Co 15.45), décalque exact de l'hébreu nefesh ḥayyâ.
Cet héritage hébreu explique aussi que psychè ne soit jamais, dans le Nouveau Testament, l'élément le plus élevé de l'homme. Paul oppose même l'homme « psychique », c'est-à-dire naturel, à l'homme « spirituel » animé par l'Esprit (1 Co 2.14-15), et le « corps animal » au « corps spirituel » (1 Co 15.44). Le latin anima, puis le français « âme », ont transmis le mot, mais avec une couleur platonicienne que le lecteur doit apprendre à corriger. Beaucoup de traductions modernes rendent donc psychè par « vie » plus souvent que Segond.
Le débat
Quand Jésus parle de l'âme que les hommes ne peuvent tuer (Mt 10.28), le Nouveau Testament enseigne-t-il une survie de l'âme entre la mort et la résurrection ?
- Résurrection, non immortalité (Oscar Cullmann, 1956) : Dans Immortalité de l'âme ou résurrection des morts ?, Cullmann oppose la mort sereine de Socrate à l'angoisse de Jésus à Gethsémané. L'espérance chrétienne n'est pas l'immortalité naturelle de l'âme mais la résurrection du corps. Entre les deux, les morts « dorment » auprès du Christ, dans un état provisoire et incomplet.
- Une vie après la mort, puis la résurrection (N. T. Wright, 2003) : Dans The Resurrection of the Son of God, Wright souligne que le judaïsme du Second Temple et le Nouveau Testament attendent la résurrection corporelle, mais admettent un état intermédiaire conscient (Mt 10.28 ; Ap 6.9 ; Ph 1.23). Il parle de « la vie après la vie après la mort ».
- Une personne unifiée (Joel B. Green, 2008) : Dans Body, Soul, and Human Life, Green lit les textes à la lumière de l'anthropologie hébraïque et des neurosciences : l'homme n'a pas d'âme séparable. La continuité de la personne entre la mort et la résurrection est assurée par la fidélité de Dieu, non par une substance immortelle.
Les trois auteurs s'accordent sur l'essentiel : l'espérance centrale est la résurrection, non l'évasion de l'âme hors du corps. Mt 10.28 et Ap 6.9 rendent cependant difficile de nier tout état intermédiaire, ce que Wright met bien en évidence. Le verset ne fonde pas pour autant une immortalité naturelle : Dieu peut « faire périr l'âme et le corps ».
Portée théologique
Le paradoxe central des évangiles se dit avec ce mot : qui veut sauver sa psychè la perd, qui la perd à cause du Christ la trouve. La phrase est rapportée six fois sous diverses formes (Mt 10.39 ; 16.25 ; Mc 8.35 ; Lc 9.24 ; 17.33 ; Jn 12.25), signe de son importance. Elle ne parle pas d'abord de l'âme opposée au corps, mais de la vie entière, avec ses projets et ses sécurités. Jésus en donne lui-même l'exemple : le bon berger donne sa psychè pour ses brebis, le Fils de l'homme donne sa psychè en rançon. Le mot dit donc la logique du don qui est au cœur de l'Évangile.
Pour la prédication, il est utile de rappeler que le « salut des âmes » (1 P 1.9) ne signifie pas le salut d'une partie de l'homme au détriment du corps, mais le salut des personnes. Le Nouveau Testament affirme aussi que la mort ne détruit pas la relation avec Dieu : les âmes des martyrs crient sous l'autel (Ap 6.9) en attendant la résurrection. L'espérance chrétienne tient ainsi ensemble la valeur infinie de chaque vie (« que donnerait un homme en échange de son âme ? ») et l'attente d'une résurrection qui concerne la personne tout entière, corps compris.
Chaîne : La vie perdue et retrouvée
- Gn 2.7 L'homme devient âme vivante : « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »
- Ps 16.10 Pas abandonné au séjour des morts : « Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption. »
- Mt 10.28 Ce que l'on ne peut tuer : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme; craignez plutôt celui qui peut faire périr l'âme et le corps dans la géhenne. »
- Mt 16.25 Perdre sa vie pour la trouver : « Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera. »
- Mt 26.38 L'âme triste à Gethsémané : « Il leur dit alors: Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici, et veillez avec moi. »
- Mc 10.45 La vie donnée en rançon : « Car le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. »
- Lc 1.46 Mon âme exalte le Seigneur : « Et Marie dit: Mon âme exalte le Seigneur, »
- Jn 10.11 Le bon berger : « Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. »
- Ac 2.27 Le psaume accompli : « Car tu n'abandonneras pas mon âme dans le séjour des morts, Et tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption. »
- 1 Co 15.45 Âme vivante et esprit vivifiant : « C'est pourquoi il est écrit: Le premier homme, Adam, devint une âme vivante. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant. »
- 1 P 1.9 Le salut des âmes : « parce que vous obtiendrez le salut de vos âmes pour prix de votre foi. »
- Ap 6.9 Les âmes sous l'autel : « Quand il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l'autel les âmes de ceux qui avaient été immolés à cause de la parole de Dieu et à cause du témoignage qu'ils avaient rendu. »
Mots apparentés
- nefeš נֶפֶשׁ : être vivant, vie, âme
- pneuma πνεῦμα : souffle, esprit, Esprit
- sôma σῶμα : corps
- kardia καρδία : cœur
- zōē ζωή : vie
- sarx σάρξ : chair
Autres mots du thème « L'être humain »
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- bāśār : chair, corps, être humain
- ʾādām : homme, humanité ; Adam
- ṣelem : image, statue, effigie
- bēn : fils, enfant
Bibliographie
- Eduard Schweizer et al., art. « ψυχή », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 9 (avec la section d'Edmond Jacob sur l'Ancien Testament).
- Oscar Cullmann, Immortalité de l'âme ou résurrection des morts ? Le témoignage du Nouveau Testament, Neuchâtel-Paris, Delachaux et Niestlé, 1956.
- N. T. Wright, The Resurrection of the Son of God, Londres, SPCK, 2003.
- Joel B. Green, Body, Soul, and Human Life: The Nature of Humanity in the Bible, Grand Rapids, Baker Academic, 2008.
- Moisés Silva (éd.), art. « ψυχή », New International Dictionary of New Testament Theology and Exegesis, vol. 4, Grand Rapids, Zondervan, 2014.
- W. Bauer, F. W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000.
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