ṣelem צֶלֶם
Strong H6754 · nom masculin · image, statue, effigie · 17 occurrences
Une représentation concrète, statue ou figure, qui rend présent celui qu'elle représente. Le mot sert à la fois pour les idoles interdites et pour la plus haute affirmation sur l'homme : il est créé « à l'image de Dieu ».
Racine et étymologie
Le mot a un correspondant exact en akkadien, ṣalmu, qui désigne la statue d'un dieu ou d'un roi. Dans l'empire assyrien, le souverain faisait ériger son ṣalmu dans les territoires conquis : l'image signalait sa présence et son autorité là où il n'était pas en personne. Une inscription bilingue du IXe siècle av. J.-C., gravée sur la statue de Tell Fekheriyé, emploie côte à côte en araméen ṣlm et dmwt, les deux mots mêmes de Genèse 1.26 (« image » et « ressemblance »), pour désigner la statue d'un roi.
Le mot hébreu est rare : 17 emplois seulement. L'araméen biblique a la forme ṣᵉlēm (H6755), employée surtout dans Daniel 2 et 3 pour la grande statue du rêve et pour la statue d'or de Nabuchodonosor. Certains lexicographes rattachent aussi ṣelem à ṣēl, « ombre » (H6738), ce qui expliquerait les deux emplois des Psaumes où le mot signifie « apparence fugitive, fantôme » (Ps 39.7 ; 73.20). Le rapprochement est possible mais non démontré.
Le terme voisin dᵉmût (H1823), « ressemblance », vient du verbe dāmâ, « être semblable ». En Genèse 1.26 les deux mots sont associés, et en Genèse 5.3 leur ordre est inversé, ce qui suggère qu'ils sont presque synonymes. Ṣelem insiste sur la forme concrète et représentative, dᵉmût sur la ressemblance.
Sens et emplois
L'image de Dieu en l'homme
Le sens théologique majeur : l'humanité, homme et femme, est créée comme représentation de Dieu sur la terre. Le verset répète trois fois le verbe « créer », marquant la solennité de l'acte.
« Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, »Gn 1.27, Segond 1910
L'image transmise par la filiation
Adam engendre Seth « selon son image ». La formule rapproche création et filiation : être à l'image, c'est ressembler comme un fils ressemble à son père.
« Adam, âgé de cent trente ans, engendra un fils à sa ressemblance, selon son image, »Gn 5.3, Segond 1910
Le fondement de la dignité humaine
Après le déluge, l'image de Dieu n'est pas effacée : elle justifie l'interdit du meurtre. Porter atteinte à l'homme, c'est porter atteinte à celui qu'il représente.
« car Dieu a fait l'homme à son image. »Gn 9.6, Segond 1910
Les idoles
Dans les autres textes narratifs et prophétiques, ṣelem désigne les statues des dieux étrangers, que les fidèles doivent détruire. Le même mot dit donc l'image légitime et l'image interdite.
« vous détruirez toutes leurs images de fonte, »Nb 33.52, Segond 1910
Figures et reproductions
Le mot peut désigner de simples reproductions d'objets, comme les figures d'or que les Philistins renvoient avec l'arche pour conjurer le fléau.
« Faites des figures de vos tumeurs et des figures de vos souris qui ravagent le pays, »1 S 6.5, Segond 1910
Ombre, apparence fugitive
Dans deux Psaumes, le mot désigne une apparence sans consistance : l'homme qui s'agite n'est qu'une ombre, ou le méchant une image de songe qui s'efface au réveil.
« Oui, l'homme se promène comme une ombre, »Ps 39.7, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend ṣelem par εἰκών (eikôn), « image, portrait », et dᵉmût par ὁμοίωσις (homoiôsis), « ressemblance ». En latin, la Vulgate dit imago et similitudo. Dès Irénée de Lyon (Contre les hérésies, vers 180), certains Pères ont distingué l'image, que l'homme garde malgré le péché, et la ressemblance, perdue puis restaurée par l'Esprit. Cette distinction a marqué la théologie orientale, mais elle repose davantage sur la traduction que sur l'hébreu, où les deux mots sont presque interchangeables.
Le Nouveau Testament emploie eikôn 23 fois. Il en fait d'abord un titre christologique : le Christ est « l'image du Dieu invisible » (Col 1.15 ; 2 Co 4.4). Puis il présente le salut comme la restauration de l'image en l'homme : les croyants sont destinés à être « semblables à l'image de son Fils » (Rm 8.29) et sont transformés « en la même image » (2 Co 3.18). Dans l'Apocalypse, en revanche, eikôn désigne surtout « l'image de la bête », écho des idoles de l'Ancien Testament.
Le débat
En quoi consiste l'« image de Dieu » en l'homme : une qualité, une fonction ou une relation ?
- Une capacité de l'âme (Thomas d'Aquin, vers 1270) : Dans la Somme théologique (Ia, q. 93), Thomas situe l'image dans la nature intellectuelle de l'homme, capable de connaître et d'aimer Dieu. Cette lecture « substantielle », héritée d'Augustin, a dominé la théologie occidentale pendant des siècles.
- Une fonction royale (David J. A. Clines, 1968) : Dans « The Image of God in Man » (Tyndale Bulletin), Clines s'appuie sur l'usage proche-oriental des statues royales : l'homme est l'image de Dieu au sens où il le représente et exerce sa domination sur la création (Gn 1.26b). J. Richard Middleton a développé cette lecture dans The Liberating Image (2005).
- Une relation (Karl Barth, 1945) : Dans la Dogmatique ecclésiastique (III/1), Barth relie l'image à la fin du verset : « il créa l'homme et la femme ». L'image consiste dans la capacité de vis-à-vis et de relation, reflet de la relation intérieure à Dieu lui-même.
Le sens concret de ṣelem et les parallèles proche-orientaux donnent un net avantage à la lecture fonctionnelle : l'image est une statue qui représente. Mais Genèse 1 démocratise l'idée royale (tout homme et toute femme sont cette image) et l'associe à la différence sexuelle, ce qui donne du poids à Barth. Les capacités soulignées par Thomas sont la condition de cette mission plutôt que son contenu.
Portée théologique
L'affirmation que l'homme est créé à l'image de Dieu est d'autant plus frappante que le même mot désigne ailleurs les idoles. Israël n'a pas le droit de fabriquer une image de Dieu, parce que Dieu en a déjà placé une dans le monde : l'être humain vivant. Dans les textes proche-orientaux, c'est d'abord le roi qui est appelé l'image du dieu ; la Genèse étend ce privilège à tout être humain, homme et femme, sans distinction de rang. C'est la racine biblique de l'égale dignité des personnes, que Genèse 9.6 traduit aussitôt en interdit du meurtre et que Jacques 3.9 applique même à la parole : on ne peut bénir Dieu et maudire ceux qui ont été faits à sa ressemblance.
Le Nouveau Testament concentre l'image en Jésus-Christ, « image du Dieu invisible ». Ce que l'humanité devait être, il l'est pleinement, et le salut consiste à être conformé à cette image. Pour la prédication, le thème permet de tenir ensemble la dignité inaliénable de tout homme, même pécheur (l'image n'est pas effacée en Genèse 9), et l'appel à une transformation progressive par l'Esprit (2 Co 3.18). La question de Jésus sur la pièce de monnaie, « De qui sont cette effigie et cette inscription ? » (Mt 22.20, où « effigie » traduit eikôn), prend alors tout son relief : ce qui porte l'image de César revient à César, ce qui porte l'image de Dieu revient à Dieu.
Chaîne : L'image de Dieu, de la création au Christ
- Gn 1.26 Faisons l'homme à notre image : « Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. »
- Gn 1.27 Homme et femme à l'image : « Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. »
- Gn 5.3 Seth, à l'image d'Adam : « Adam, âgé de cent trente ans, engendra un fils à sa ressemblance, selon son image, et il lui donna le nom de Seth. »
- Gn 9.6 L'image interdit le meurtre : « Si quelqu'un verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé; car Dieu a fait l'homme à son image. »
- Ps 8.6 Couronné de gloire : « Tu l'as fait de peu inférieur à Dieu, Et tu l'as couronné de gloire et de magnificence. »
- Dn 3.1 La statue d'or du roi : « Le roi Nebucadnetsar fit une statue d'or, haute de soixante coudées et large de six coudées. Il la dressa dans la vallée de Dura, dans la province de Babylone. »
- Rm 8.29 Semblables à l'image du Fils : « Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères. »
- 1 Co 15.49 L'image du céleste : « Et de même que nous avons porté l'image du terrestre, nous porterons aussi l'image du céleste. »
- 2 Co 3.18 Transformés de gloire en gloire : « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l'Esprit. »
- 2 Co 4.4 Christ, image de Dieu : « pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l'intelligence, afin qu'ils ne vissent pas briller la splendeur de l'Évangile de la gloire de Christ, qui est l'image de Dieu. »
- Col 1.15 L'image du Dieu invisible : « Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. »
- Col 3.10 L'homme nouveau renouvelé : « et ayant revêtu l'homme nouveau, qui se renouvelle, dans la connaissance, selon l'image de celui qui l'a créé. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- bāśār : chair, corps, être humain
- psychè : vie, âme, personne
- pneuma : souffle, esprit, Esprit
- kardia : cœur
- sôma : corps
Bibliographie
- David J. A. Clines, « The Image of God in Man », Tyndale Bulletin 19, 1968, p. 53-103.
- J. Richard Middleton, The Liberating Image: The Imago Dei in Genesis 1, Grand Rapids, Brazos Press, 2005.
- Karl Barth, Die Kirchliche Dogmatik III/1, Zollikon-Zurich, Evangelischer Verlag, 1945 (trad. française : Dogmatique, Genève, Labor et Fides).
- Claus Westermann, Genesis 1–11, Biblischer Kommentar Altes Testament, Neukirchen, Neukirchener Verlag, 1974.
- Franz Josef Stendebach, art. « ṣelem », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 12.
- Gerhard von Rad et Gerhard Kittel, art. « εἰκών », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2.
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