bāśār בָּשָׂר

Strong H1320 · nom masculin · chair, corps, être humain · 270 occurrences

La chair au sens concret (la viande, le corps), puis la parenté qui unit ceux qui sont « d'une même chair », et enfin l'humanité entière dans sa fragilité face à Dieu. Dans l'Ancien Testament, la chair est faible, mais elle n'est pas mauvaise en soi.

Racine et étymologie

Le nom bāśār a des correspondants dans plusieurs langues sémitiques. L'arabe est particulièrement parlant : bašara désigne l'épiderme, la surface de la peau, et bašar le genre humain. Le passage de la peau à l'humanité éclaire l'hébreu, où « toute chair » signifie « tous les vivants ». L'araméen biblique a la forme apparentée bᵉśar, employée en Daniel 2.11 pour dire que les dieux n'habitent pas « parmi les hommes ».

Les mêmes consonnes forment en hébreu le verbe bāśar (H1319), « annoncer une nouvelle », et le nom bᵉśôrâ (H1309), « bonne nouvelle ». Certains ont imaginé un lien entre la peau et la nouvelle (le visage qui s'éclaire en l'apprenant), mais la plupart des lexiques, comme HALOT, traitent les deux racines séparément. Il vaut mieux ne pas bâtir de prédication sur ce rapprochement.

Le mot est employé 270 fois. Sa fréquence dans le Lévitique, où il désigne la viande des sacrifices et la peau atteinte par les maladies, rappelle qu'il reste profondément concret. Il a un quasi-synonyme rare, šᵉʾēr (H7607), qui désigne aussi la chair et la proche parenté, et un autre mot, gᵉwiyyâ (H1472), pour le corps vivant ou le cadavre. L'hébreu n'a pas de terme propre pour « corps » au sens grec : bāśār en tient souvent lieu.

Sens et emplois

  1. La viande, la chair comestible

    Le sens le plus matériel : la chair des animaux, offerte en sacrifice ou mangée. Dans le désert, le peuple réclame de la viande et Dieu en donne avec les cailles.

    « Entre les deux soirs vous mangerez de la viande, »Ex 16.12, Segond 1910
  2. Le corps humain

    La chair désigne le corps vivant tout entier, souvent en parallèle avec le cœur ou l'âme. Le psalmiste confie à Dieu non seulement son intériorité mais aussi son corps.

    « Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l'allégresse, Et mon corps repose en sécurité. »Ps 16.9, Segond 1910
  3. La parenté, l'union

    Être « os et chair » de quelqu'un, c'est être de sa famille. Le mariage crée une parenté nouvelle : l'homme et la femme deviennent « une seule chair », une seule famille et une seule vie partagée.

    « et ils deviendront une seule chair. »Gn 2.24, Segond 1910
  4. Le signe de l'alliance dans le corps

    Par euphémisme, le mot désigne aussi l'organe sexuel masculin. La circoncision inscrit ainsi l'alliance dans la chair même, dans ce qui concerne la descendance.

    « et mon alliance sera dans votre chair une alliance perpétuelle. »Gn 17.13, Segond 1910
  5. « Toute chair » : tous les vivants

    L'expression kol-bāśār désigne l'humanité, parfois aussi les animaux. Elle sert dans les textes universels : la gloire de Dieu sera vue par tous.

    « Et au même instant toute chair la verra; »És 40.5, Segond 1910
  6. La fragilité humaine devant Dieu

    La chair s'oppose à l'esprit comme ce qui passe à ce qui demeure. Ce n'est pas un jugement moral, mais un constat de faiblesse qui suscite la compassion de Dieu.

    « Il se souvint qu'ils n'étaient que chair, Un souffle qui s'en va et ne revient pas. »Ps 78.39, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend bāśār le plus souvent par σάρξ (sarx), « chair », parfois par κρέας (kreas), « viande », et à l'occasion par σῶμα (sôma), « corps », ou par des tournures comme « tout homme ». Le grec sarx avait chez les philosophes une connotation inférieure, liée aux plaisirs du corps. Le Nouveau Testament, avec 146 emplois de sarx, garde pourtant largement le sens hébreu de fragilité humaine : « l'esprit est bien disposé, mais la chair est faible » (Mt 26.41).

Le sommet du mot est Jean 1.14 : « la parole a été faite chair ». Jean ne dit pas que la Parole a pris un corps, mais qu'elle est devenue chair, c'est-à-dire humanité fragile et mortelle, au sens d'Ésaïe 40.6. Chez Paul, en revanche, sarx prend souvent une valeur nouvelle : la chair devient une puissance hostile à l'Esprit (Ga 5.17), l'humanité livrée à elle-même. Le latin caro a transmis les deux registres au vocabulaire chrétien, jusqu'au mot « incarnation ».

Le débat

La « chair » biblique n'exprime-t-elle que la faiblesse humaine, ou déjà une inclination au péché qui préparerait le sens paulinien ?

Wolff décrit exactement l'usage hébreu dominant : la chair est faible et mortelle, pas coupable. Mais les textes de Qumrân étudiés par Kuhn montrent une évolution réelle avant le Nouveau Testament. Paul hérite de ce mouvement et l'oriente, comme le note Jewett, vers la critique d'une humanité qui s'appuie sur elle-même. Jérémie 17.5 en offre déjà le germe : maudit qui « prend la chair pour son appui ».

Portée théologique

L'Ancien Testament ne méprise pas la chair. Elle est créée par Dieu, elle porte le signe de l'alliance, elle crie vers le Dieu vivant (Ps 84.3) et elle est appelée à le bénir (Ps 145.21). Mais elle est fragile : « toute chair est comme l'herbe » (És 40.6). Cette faiblesse n'est pas une faute ; elle devient dangereuse seulement quand l'homme prétend s'y appuyer à la place de Dieu, comme le dénoncent Ésaïe 31.3 et Jérémie 17.5. Face à cette fragilité, Dieu ne réagit pas par le mépris mais par la compassion : « il se souvint qu'ils n'étaient que chair ».

La promesse prophétique fait de la chair le lieu même du salut : Dieu donnera un « cœur de chair » (Éz 36.26) et répandra son Esprit « sur toute chair » (Jl 2.28). Le Nouveau Testament va jusqu'au bout de ce mouvement avec l'incarnation : la Parole de Dieu devient chair, entre dans la condition fragile et mortelle des hommes. Pour la prédication, cela interdit toute spiritualité qui fuirait le corps, la sexualité ou la mort, tout en gardant la lucidité biblique sur la faiblesse humaine. Le mariage, « une seule chair », reste l'image la plus concrète de cette union que Dieu bénit.

Chaîne : La chair fragile visitée par Dieu

  1. Gn 2.23 Chair de ma chair : « Et l'homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme. »
  2. Gn 2.24 Une seule chair : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »
  3. Gn 6.3 L'homme n'est que chair : « Alors l'Éternel dit: Mon esprit ne restera pas à toujours dans l'homme, car l'homme n'est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans. »
  4. Gn 9.15 L'alliance avec toute chair : « et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous, et tous les êtres vivants, de toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. »
  5. Gn 17.13 L'alliance dans la chair : « On devra circoncire celui qui est né dans la maison et celui qui est acquis à prix d'argent; et mon alliance sera dans votre chair une alliance perpétuelle. »
  6. Ps 63.2 Mon corps soupire après toi : « Psaume de David. Lorsqu'il était dans le désert de Juda. Ô Dieu! tu es mon Dieu, je te cherche; Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, Dans une terre aride, desséchée, sans eau. »
  7. Ps 78.39 Il se souvint qu'ils sont chair : « Il se souvint qu'ils n'étaient que chair, Un souffle qui s'en va et ne revient pas. »
  8. És 40.6 Toute chair est comme l'herbe : « Une voix dit: Crie! -Et il répond: Que crierai-je? Toute chair est comme l'herbe, Et tout son éclat comme la fleur des champs. »
  9. Jr 17.5 Ne pas s'appuyer sur la chair : « Ainsi parle l'Éternel: Maudit soit l'homme qui se confie dans l'homme, Qui prend la chair pour son appui, Et qui détourne son cœur de l'Éternel! »
  10. Éz 36.26 Le cœur de chair : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. »
  11. Jl 2.28 L'Esprit sur toute chair : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. »
  12. Jn 1.14 La Parole faite chair : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. »

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Bibliographie

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