bēn בֵּן

Strong H1121 · nom masculin · fils, enfant · 4926 occurrences

Le fils, l'enfant, le descendant ; au pluriel, les enfants d'un père ou les membres d'un peuple. Par un tour propre à l'hébreu, « fils de » exprime aussi l'âge, la qualité ou l'appartenance. Le mot porte les expressions « fils d'homme » et « fils de Dieu ».

Racine et étymologie

Bēn est un mot commun aux langues sémitiques de l'Ouest : on le trouve en ougaritique et en phénicien (bn), et en arabe (ibn). L'araméen dit autrement : bar (H1247), que l'on reconnaît dans des noms du Nouveau Testament comme Barnabas, Bartimée ou Barabbas. Le féminin hébreu est bat (H1323), « fille ». Au pluriel, bānîm désigne souvent l'ensemble des enfants, filles comprises : quand Rachel s'écrie « Donne-moi des enfants, ou je meurs! » (Gn 30.1), c'est ce mot qu'elle emploie.

Les Hébreux ont rapproché bēn du verbe bānâ (H1129), « bâtir ». Les lexiques modernes y voient deux mots distincts, mais le jeu de mots est voulu par les textes. Saraï espère « être bâtie » par sa servante, ce que Segond rend par « peut-être aurai-je par elle des enfants » (Gn 16.2) ; Rachel et Léa ont « bâti la maison d'Israël » (Rt 4.11) ; Dieu promet à David de lui « bâtir une maison », c'est-à-dire une dynastie, et le fils de David bâtira la maison de Dieu (2 S 7.11-13). Avoir des fils, c'est construire une maison qui dure.

Le mot entre dans de nombreux noms propres : Benjamin, « fils de la droite », que sa mère mourante voulait appeler Ben-Oni, « fils de ma douleur » (Gn 35.18) ; Ruben, souvent compris comme « voyez, un fils » ; ou le titre royal araméen Ben-Hadad, « fils du dieu Hadad ».

Sens et emplois

  1. Le fils, au sens propre

    Le garçon né d'un père et d'une mère, avec tout ce que cela engage : affection, héritage, continuité du nom. L'épreuve d'Abraham tient tout entière dans l'accumulation des mots qui disent ce lien.

    « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; »Gn 22.2, Segond 1910
  2. Les enfants, les descendants, un peuple

    Au pluriel, « les fils de » désigne une descendance et finalement un peuple entier. « Les fils d'Israël », que Segond traduit « les enfants d'Israël », est la façon ordinaire de dire « les Israélites ».

    « Les enfants d'Israël furent féconds et multiplièrent, »Ex 1.7, Segond 1910
  3. « Fils de » : qualité, âge, appartenance

    Être « fils de » quelque chose, c'est en porter la marque. Un « fils de mort » est un homme « digne de mort », un « fils de vaillance » un homme vaillant (1 S 14.52), un agneau « fils d'un an » un agneau âgé d'un an (Ex 12.5), les « fils des prophètes » les membres d'une communauté de prophètes (2 R 2.3). Le ricin de Jonas est « fils d'une nuit » (Jon 4.10).

    « car il est digne de mort. »1 S 20.31, Segond 1910
  4. « Fils d'homme » : l'être humain

    « Fils d'homme » (ben-ʾādām) signifie simplement « un humain », souvent pour souligner sa fragilité devant Dieu. C'est ainsi que Dieu s'adresse à Ézéchiel tout au long de son livre.

    « Fils de l'homme, tiens-toi sur tes pieds, et je te parlerai. »Éz 2.1, Segond 1910
  5. « Fils de Dieu » : les êtres célestes

    Dans quelques textes, les « fils de Dieu » sont les membres de la cour céleste qui entourent le Seigneur. Le sens de l'expression en Genèse 6.2 reste discuté.

    « les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l'Éternel, »Jb 1.6, Segond 1910
  6. Le fils de Dieu : Israël et le roi

    Dieu appelle Israël « mon fils, mon premier-né » (Ex 4.22) et adopte le roi davidique au jour de son intronisation. Le « aujourd'hui » du psaume montre qu'il s'agit d'une adoption, non d'une naissance divine.

    « L'Éternel m'a dit: Tu es mon fils! Je t'ai engendré aujourd'hui. »Ps 2.7, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit bēn presque toujours par υἱός, « fils », et parfois par τέκνον, « enfant ». En traduisant mot à mot, elle fait entrer en grec des tournures qui n'y existaient pas, et le Nouveau Testament les reprend : « fils de la paix » (Lc 10.6, Segond « enfant de paix »), « fils de perdition » (Jn 17.12), « fils du tonnerre » (Mc 3.17), Barnabas « fils d'exhortation » (Ac 4.36). Pour comprendre ces expressions, il faut entendre l'hébreu derrière le grec : elles disent une qualité, non une généalogie.

Les traducteurs ont parfois préféré le sens à la lettre. Pour les « fils de Dieu » de Job 1.6, la Septante écrit « les anges de Dieu », et certains manuscrits grecs font de même en Genèse 6.2. En Deutéronome 32.8, le texte hébreu traditionnel lit « les enfants d'Israël », mais la Septante et un manuscrit hébreu de Qumrân supposent « les fils de Dieu ». La Vulgate rend bēn par filius, et Segond alterne « fils » et « enfants » selon que le contexte vise des garçons ou une descendance.

Le débat

Qui sont les « fils de Dieu » qui épousent les « filles des hommes » en Genèse 6.2 ?

L'usage biblique de l'expression (Jb 1.6 ; 2.1 ; 38.7 ; Ps 89.7) et la plus ancienne réception juive favorisent la lecture « êtres célestes ». Les lectures séthite et royale répondent surtout à la gêne théologique qu'elle suscite. Le récit, volontairement bref, sert à montrer l'emballement du mal qui précède le déluge plus qu'à répondre à notre curiosité.

Portée théologique

Dans l'Ancien Testament, être fils, c'est appartenir. Le mot place chacun dans une lignée, une maison, un peuple : les longues généalogies des Chroniques, où le mot revient plus que partout ailleurs, ne sont pas des listes ennuyeuses, mais l'affirmation que Dieu se souvient de chaque nom. Le tour « fils de » va plus loin : il dit qu'on est façonné par ce à quoi l'on appartient, pour le meilleur (« fils de vaillance ») ou pour le pire (« fils de mort »). La question biblique n'est donc pas seulement « de qui es-tu né ? » mais « de quoi portes-tu la marque ? ».

Deux expressions préparent le Nouveau Testament. « Fils d'homme » rappelle la petitesse de l'humain (Ps 8.5 ; Nb 23.19), et c'est pourtant ce titre modeste que Daniel donne à la figure qui reçoit le règne. « Fils de Dieu » désigne Israël et son roi, choisis et adoptés pour obéir comme un fils à son père. Le peuple a souvent été un fils rebelle (Os 11.1-2), mais Dieu promet de dire encore aux siens « Fils du Dieu vivant! » (Os 1.10). Pour la prédication, cette promesse prend corps en Jésus, le Fils fidèle, et s'étend à tous ceux qui sont adoptés en lui (Ga 4.4-6).

Chaîne : De fils d'Adam à fils de Dieu

  1. Gn 6.2 Les fils de Dieu et les filles des hommes : « les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu'ils choisirent. »
  2. Gn 22.2 Ton fils, ton unique : « Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai. »
  3. Ex 4.22 Israël, mon fils premier-né : « Tu diras à Pharaon: Ainsi parle l'Éternel: Israël est mon fils, mon premier-né. »
  4. Dt 14.1 Vous êtes les enfants de l'Éternel : « Vous êtes les enfants de l'Éternel, votre Dieu. Vous ne vous ferez point d'incisions et vous ne vous ferez point de place chauve entre les yeux pour un mort. »
  5. 2 S 7.14 Il sera pour moi un fils : « Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils. S'il fait le mal, je le châtierai avec la verge des hommes et avec les coups des enfants des hommes; »
  6. Ps 2.7 Tu es mon fils : « Je publierai le décret; L'Éternel m'a dit: Tu es mon fils! Je t'ai engendré aujourd'hui. »
  7. Ps 8.5 Qu'est-ce que le fils de l'homme ? : « Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui? Et le fils de l'homme, pour que tu prennes garde à lui? »
  8. És 9.6 Un fils nous est donné : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule; On l'appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. »
  9. Éz 2.1 Le prophète, fils d'homme : « Il me dit: Fils de l'homme, tiens-toi sur tes pieds, et je te parlerai. »
  10. Dn 7.13 Un fils d'homme sur les nuées : « Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu'un de semblable à un fils de l'homme; il s'avança vers l'ancien des jours, et on le fit approcher de lui. »
  11. Os 11.1 J'appelai mon fils hors d'Égypte : « Quand Israël était jeune, je l'aimais, Et j'appelai mon fils hors d'Égypte. »
  12. Ga 4.4 Dieu a envoyé son Fils : « mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la loi, »

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Bibliographie

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