huios υἱός
Strong G5207 · nom masculin · fils · 377 occurrences
Le fils au sens familial, le descendant, puis, par un tour hébraïque, celui qui appartient à une réalité (« fils de lumière »). Dans le Nouveau Testament, le mot porte deux grands titres de Jésus, « Fils de Dieu » et « Fils de l'homme », et décrit la condition nouvelle des croyants.
Racine et étymologie
Υἱός est un mot ancien du grec, attesté sous plusieurs formes dialectales (ὑύς, υἱύς). Les linguistes le rattachent souvent à une racine indo-européenne signifiant « enfanter », que l'on retrouverait dans le sanskrit sūnú- et, plus loin, dans l'anglais son ou l'allemand Sohn. Le rapprochement reste discuté dans le détail, mais l'idée de fond est simple : le fils est celui qui est né de quelqu'un.
Le grec distingue υἱός, qui insiste sur la filiation et souvent sur le statut d'héritier, de τέκνον, « enfant », qui insiste sur la naissance et la tendresse. Jean réserve le titre de « Fils » à Jésus et appelle les croyants τέκνα θεοῦ, « enfants de Dieu », tandis que Paul n'hésite pas à les appeler υἱοί, « fils », en lien avec l'adoption.
Le dérivé le plus important est justement υἱοθεσία (G5206), « adoption », littéralement « le fait d'établir comme fils ». Paul emprunte ce terme au droit gréco-romain, où l'adoption faisait d'un étranger un héritier de plein droit (Rm 8.15 ; Ga 4.5). Le mot n'apparaît pas dans la Septante : c'est une création de Paul dans le vocabulaire biblique.
Sens et emplois
Le fils, au sens propre
Le garçon né d'un père et d'une mère. L'annonce de la naissance de Jean-Baptiste en est un exemple typique, avec le don du nom par le père.
« Ta femme Elisabeth t'enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. »Lc 1.13, Segond 1910
Le descendant
« Fils de » peut désigner un descendant lointain. Matthieu ouvre son évangile en rattachant Jésus aux deux grandes promesses : la royauté de David et la bénédiction d'Abraham.
« Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham. »Mt 1.1, Segond 1910
« Fils de » : appartenir à une réalité
Tour sémitique : être « fils de » quelque chose, c'est en être marqué ou y appartenir. Le Nouveau Testament parle ainsi des « fils de lumière », du « fils de perdition », des « fils de la résurrection ».
« dans les fils de la rébellion. »Ep 2.2, Segond 1910
Les croyants, fils de Dieu
Chez Paul, ceux qui sont conduits par l'Esprit reçoivent le statut de fils et d'héritiers. Ce n'est pas une nature mais une adoption, qui leur permet de dire « Abba ! Père ! ».
« car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu. »Rm 8.14, Segond 1910
Le Fils de Dieu
Au baptême, la voix céleste combine le Psaume 2.7 et sans doute Ésaïe 42.1 : Jésus est le Fils royal et le Serviteur. Le titre exprime une relation unique avec le Père.
« Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis toute mon affection. »Mc 1.11, Segond 1910
Le Fils de l'homme
L'expression préférée de Jésus pour parler de lui-même, presque jamais employée par d'autres. Elle associe l'autorité, la souffrance et la venue glorieuse.
« Car le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. »Mc 10.45, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, υἱός traduit presque toujours l'hébreu bēn (H1121), l'un des mots les plus fréquents de la Bible hébraïque, et l'araméen bar dans Daniel. C'est par cette traduction que passent en grec les tournures sémitiques : « fils d'Israël » pour « Israélites », « fils de la mort » pour « condamné », « fils de l'homme » pour « être humain ». Ézéchiel est appelé « fils de l'homme » par Dieu tout au long de son livre, au sens de « simple mortel ».
Trois emplois de l'Ancien Testament préparent les titres de Jésus. Israël est appelé « mon fils, mon premier-né » (Ex 4.22) ; le roi davidique reçoit la promesse « il sera pour moi un fils » (2 S 7.14) et la déclaration « Tu es mon fils » (Ps 2.7) ; enfin Daniel voit venir sur les nuées « quelqu'un de semblable à un fils de l'homme » (Dn 7.13). Les évangiles relisent ces trois lignes en Jésus. La Vulgate rend le mot par filius, et Segond alterne « fils » et « enfants » selon le contexte.
Le débat
Que signifie « Fils de l'homme » dans la bouche de Jésus ?
- Une figure céleste attendue (Rudolf Bultmann, Theologie des Neuen Testaments, 1948-1953) : Jésus aurait parlé d'un Fils de l'homme à venir, juge de la fin des temps, distinct de lui-même (Lc 12.8). C'est l'Église qui, après Pâques, a identifié Jésus à ce personnage et créé les paroles sur le Fils de l'homme qui souffre.
- Une tournure araméenne (Geza Vermes, Jesus the Jew, 1973) : En araméen, bar nāšāʾ, « fils d'homme », pouvait servir de périphrase modeste pour « moi », « quelqu'un comme moi ». Il ne s'agissait pas d'un titre, et le lien avec Daniel 7 serait secondaire.
- Le représentant de Daniel 7 (Morna D. Hooker, The Son of Man in Mark, 1967) : Jésus reprend lui-même la figure de Daniel 7, qui représente le peuple fidèle opprimé puis rétabli par Dieu. Cela explique que l'expression associe la souffrance et la gloire, et qu'elle apparaisse dans la réponse au grand prêtre (Mc 14.62).
L'hypothèse de Vermes éclaire l'arrière-plan linguistique, mais n'explique pas l'article systématique en grec (« le Fils de l'homme ») ni les allusions claires à Daniel 7.13 (Mc 14.62). La lecture de Hooker, qui voit dans l'expression une manière voilée de revendiquer la mission du peuple souffrant et justifié, rend le mieux compte de l'ensemble des paroles.
Portée théologique
Le mot « fils » dit une relation avant de dire une origine. Être fils, dans la Bible, c'est ressembler à son père, lui obéir et hériter de lui. Israël est fils de Dieu par l'élection, le roi par l'intronisation. Quand les évangiles appellent Jésus « le Fils », ils reprennent ces deux lignes, mais Jean et Paul vont plus loin : le Fils est envoyé par le Père (Ga 4.4), il connaît le Père comme nul autre (Mt 11.27), il fait ce que fait le Père (Jn 5.19). La foi chrétienne a exprimé cette relation unique dans la doctrine de la Trinité.
La bonne nouvelle est que cette filiation se partage. Par l'Esprit, les croyants sont adoptés et reçoivent le droit de dire « Abba ! Père ! », la prière même de Jésus. Pour la prédication, le contraste de la parabole du fils prodigue est parlant : « je ne suis plus digne d'être appelé ton fils » (Lc 15.21), et pourtant le père le réintègre. L'identité de fils n'est pas un mérite, c'est un don.
Chaîne : Le Fils
- Ex 4.22 Israël, mon fils premier-né : « Tu diras à Pharaon: Ainsi parle l'Éternel: Israël est mon fils, mon premier-né. »
- 2 S 7.14 Le roi, fils de Dieu : « Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils. S'il fait le mal, je le châtierai avec la verge des hommes et avec les coups des enfants des hommes; »
- Ps 2.7 Tu es mon fils : « Je publierai le décret; L'Éternel m'a dit: Tu es mon fils! Je t'ai engendré aujourd'hui. »
- Dn 7.13 Un fils de l'homme sur les nuées : « Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu'un de semblable à un fils de l'homme; il s'avança vers l'ancien des jours, et on le fit approcher de lui. »
- Os 11.1 J'appelai mon fils hors d'Égypte : « Quand Israël était jeune, je l'aimais, Et j'appelai mon fils hors d'Égypte. »
- Mt 2.15 Jésus revit l'histoire d'Israël : « Il y resta jusqu'à la mort d'Hérode, afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: J'ai appelé mon fils hors d'Égypte. »
- Mc 1.11 La voix au baptême : « Et une voix fit entendre des cieux ces paroles: Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis toute mon affection. »
- Mc 10.45 Le Fils de l'homme venu servir : « Car le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. »
- Mc 14.62 La réponse au grand prêtre : « Jésus répondit: Je le suis. Et vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. »
- Jn 3.16 Le Fils unique donné : « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. »
- Rm 1.4 Déclaré Fils par la résurrection : « et déclaré Fils de Dieu avec puissance, selon l'Esprit de sainteté, par sa résurrection d'entre les morts, Jésus-Christ notre Seigneur, »
- Ga 4.6 L'Esprit du Fils dans nos cœurs : « Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père! »
Mots apparentés
- bēn בֵּן : fils, enfant
- patēr πατήρ : père
- Christos Χριστός : Christ, oint, Messie
- ʾādām אָדָם : homme, humanité ; Adam
- ʿebed עֶבֶד : serviteur, esclave
Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »
- māšîaḥ : oint
- melek : roi
- ṣiyyôn : Sion
- basileia : règne, royaume, royauté
- ekklēsia : assemblée, Église
- parousia : présence, venue, avènement
- anastasis : résurrection, relèvement
- bôʾ : venir, entrer
Bibliographie
- Morna D. Hooker, The Son of Man in Mark, Londres, SPCK, 1967.
- Geza Vermes, Jesus the Jew: A Historian's Reading of the Gospels, Londres, Collins, 1973.
- Rudolf Bultmann, Theologie des Neuen Testaments, Tübingen, Mohr, 1948-1953.
- Martin Hengel, Der Sohn Gottes, Tübingen, Mohr, 1975 (trad. française : Le Fils de Dieu, Paris, Cerf, 1977).
- Eduard Schweizer et al., art. « υἱός, υἱοθεσία », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 8.
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