nefeš נֶפֶשׁ

Strong H5315 · nom féminin · être vivant, vie, âme · 751 occurrences

D'abord la gorge qui respire et qui a faim, puis l'être vivant tout entier, avec ses désirs, sa vie menacée et son identité. Traduire nefesh par « âme » n'est pas faux, à condition de ne pas y entendre une âme séparée du corps.

Racine et étymologie

La racine n-p-š est bien attestée dans tout le monde sémitique, et c'est l'un des cas où la comparaison éclaire vraiment le mot hébreu. En akkadien, napištu désigne la gorge et, par extension, la vie ; le verbe napāšu signifie « respirer, souffler ». En ougaritique, npš désigne la gorge, l'appétit, parfois le gosier béant de la Mort personnifiée. Le point de départ est donc très concret : l'organe par lequel passent l'air, l'eau et la nourriture, ce qui fait vivre.

L'hébreu biblique garde des traces nettes de ce sens physique. En Ésaïe 5.14, le séjour des morts « élargit sa gueule » : le mot est nefesh, la gorge vorace. Le Psaume 107.9 parle de l'âme « altérée » et « affamée », c'est-à-dire du gosier qui a soif et faim. Le verbe dénominatif nāpaš (H5314), employé trois fois, signifie « reprendre haleine » : en Exode 31.17, Dieu lui-même « se repose » le septième jour, littéralement il « respire ».

De la gorge on passe à la respiration, de la respiration à la vie, de la vie à l'être vivant, puis au « moi » qui désire, souffre et espère. Ce glissement explique l'étonnante amplitude du mot, employé 751 fois dans l'Ancien Testament selon les données utilisées ici. Il n'existe pas de dérivé nominal fréquent : c'est le nom lui-même, au singulier ou au pluriel nefāšôt, qui porte toute cette richesse.

Sens et emplois

  1. Gorge, appétit, désir vital

    Le sens le plus concret : le gosier qui a soif et faim, et donc l'appétit, le besoin. Segond traduit « âme », mais l'image est celle d'une gorge desséchée que Dieu vient combler.

    « Car il a satisfait l'âme altérée, Il a comblé de biens l'âme affamée. »Ps 107.9, Segond 1910
  2. Être vivant

    L'homme ne reçoit pas une nefesh : il le devient quand Dieu lui insuffle le souffle de vie. La même expression nefesh ḥayyâ désigne les animaux en Genèse 1.20-24. Segond rend ici le mot par « être vivant ».

    « il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »Gn 2.7, Segond 1910
  3. Vie, principe vital

    La vie elle-même, localisée dans le sang. C'est le fondement de l'interdit de consommer le sang et du rite d'expiation : on rend à Dieu la vie qui lui appartient.

    « Car l'âme de la chair est dans le sang. »Lv 17.11, Segond 1910
  4. Personne, individu

    Dans les dénombrements et les lois, nefesh sert à compter des personnes. Le mot équivaut alors à « quelqu'un », sans nuance spirituelle particulière.

    « Le total des personnes de la famille de Jacob qui vinrent en Égypte était de soixante-dix. »Gn 46.27, Segond 1910
  5. Le moi qui désire et prie

    Dans les Psaumes surtout, « mon âme » équivaut à « moi » dans ce que j'ai de plus intense : la soif de Dieu, l'angoisse, la louange. Le suffixe possessif fait de nefesh un pronom chargé d'émotion.

    « Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant: »Ps 42.3, Segond 1910
  6. La personne morte

    Paradoxe significatif : la loi parle d'une « nefesh morte » pour désigner un cadavre. Le mot dit l'individu, vivant ou mort, et non une âme immortelle qui aurait quitté le corps.

    « il ne s'approchera point d'une personne morte; »Nb 6.6, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit nefesh presque partout par ψυχή (psychè), qui deviendra en latin anima, puis notre « âme ». Le choix était naturel : psychè signifiait d'abord le souffle de vie, et Homère l'emploie pour la vie qu'on perd. Mais au temps de la traduction, le mot portait aussi l'héritage de Platon, pour qui l'âme est une réalité immortelle emprisonnée dans le corps. Une partie de la tradition chrétienne a ensuite lu nefesh à travers ce prisme.

Le Nouveau Testament garde pourtant les sens hébreux. Quand Jésus demande ce que sert à l'homme de gagner le monde s'il perd sa psychè (Mt 16.26), le mot oscille entre « vie » et « âme », exactement comme nefesh. Quand Paul cite Genèse 2.7 en 1 Corinthiens 15.45, il écrit psychè zôsa, « âme vivante », pour l'hébreu nefesh ḥayyâ. Les traductions françaises hésitent donc légitimement entre « âme », « vie », « personne », « être » et le simple pronom personnel.

Le débat

Faut-il encore traduire nefesh par « âme », ou ce mot importe-t-il une conception grecque étrangère à l'Ancien Testament ?

Wolff a raison sur l'essentiel : la nefesh n'est pas une partie de l'homme mais l'homme vivant tout entier, vu sous l'angle de la vie et du désir. Barr rappelle toutefois qu'on ne peut tirer une anthropologie complète d'un seul mot. « Âme » reste acceptable dans les Psaumes, à condition d'y entendre « tout mon être » et non une substance séparée.

Portée théologique

La nefesh dit d'abord la dépendance. L'homme n'est pas une âme qui posséderait un corps : il est une gorge ouverte, un être de besoin, qui ne vit que parce que Dieu lui donne le souffle, l'eau et le pain. C'est pourquoi le psalmiste peut dire « mon âme a soif de Dieu » sans métaphore excessive : la soif de Dieu est aussi vitale que la soif d'eau. Le premier commandement demande d'aimer Dieu « de toute ton âme » (Dt 6.5), c'est-à-dire de toute sa vie, jusqu'à la donner si nécessaire, comme le comprendra la tradition juive des martyrs.

Pour la prédication, la richesse du mot invite à éviter deux pièges. Le premier est de réduire le salut au « salut des âmes » en oubliant le corps, la société et la création : la nefesh biblique mange, travaille, aime et souffre. Le second est de faire de l'homme une simple mécanique biologique : la nefesh est aussi le lieu du désir de Dieu et de la responsabilité personnelle, puisque « l'âme qui pèche, c'est celle qui mourra » (Éz 18.4). Le Serviteur d'Ésaïe 53 livre sa nefesh à la mort, et Jésus donne sa psychè en rançon : la vie offerte est le cœur de l'Évangile.

Chaîne : La vie reçue de Dieu

  1. Gn 2.7 L'homme devient être vivant : « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »
  2. Gn 9.4 La vie est dans le sang : « Seulement, vous ne mangerez point de chair avec son âme, avec son sang. »
  3. Lv 17.11 Le sang qui fait l'expiation : « Car l'âme de la chair est dans le sang. Je vous l'ai donné sur l'autel, afin qu'il servît d'expiation pour vos âmes, car c'est par l'âme que le sang fait l'expiation. »
  4. Dt 6.5 Aimer de toute son âme : « Tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »
  5. 1 S 18.1 Jonathan et David : « David avait achevé de parler à Saül. Et dès lors l'âme de Jonathan fut attachée à l'âme de David, et Jonathan l'aima comme son âme. »
  6. Ps 42.3 La soif du Dieu vivant : « Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant: Quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu? »
  7. Ps 103.1 Mon âme, bénis l'Éternel : « De David. Mon âme, bénis l'Éternel! Que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom! »
  8. És 53.12 Le Serviteur livre sa vie : « C'est pourquoi je lui donnerai sa part avec les grands; Il partagera le butin avec les puissants, Parce qu'il s'est livré lui-même à la mort, Et qu'il a été mis au nombre des malfaiteurs, Parce qu'il a porté les péchés de beaucoup d'hommes, Et qu'il a intercédé pour les coupables. »
  9. Éz 18.4 Toutes les âmes sont à moi : « Voici, toutes les âmes sont à moi; l'âme du fils comme l'âme du père, l'une et l'autre sont à moi; l'âme qui pèche, c'est celle qui mourra. »
  10. Mt 16.26 Perdre ou gagner sa vie : « Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s'il perdait son âme? ou, que donnerait un homme en échange de son âme? »

Mots apparentés

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Bibliographie

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