pneuma πνεῦμα
Strong G4151 · nom neutre · souffle, esprit, Esprit · 378 occurrences
Le souffle, le vent, l'esprit de l'homme et surtout l'Esprit de Dieu. Héritier de l'hébreu rûaḥ, pneuma est l'un des mots les plus fréquents du Nouveau Testament, qui en fait le nom de la présence agissante de Dieu dans le croyant et dans l'Église.
Racine et étymologie
Pneuma vient du verbe πνέω (pneô), « souffler, respirer », employé sept fois dans le Nouveau Testament, presque toujours pour le vent (Jn 3.8 ; Ac 27.40). Le suffixe -ma désigne le résultat d'une action : le pneuma est « ce qui est soufflé », l'air en mouvement. Le même verbe donne πνοή (pnoè), « souffle, haleine », qui décrit le « vent impétueux » de la Pentecôte (Ac 2.2) et la respiration que Dieu donne à tous (Ac 17.25).
Dans le grec classique, pneuma désigne le vent, l'haleine, puis, chez les médecins, l'air vital qui circule dans le corps. Les philosophes stoïciens en ont fait une substance subtile, chaude et ignée, qui pénètre et organise l'univers entier. Mais le grec ne l'emploie guère pour désigner une personne divine : c'est la Bible grecque qui lui donne ce poids, en le choisissant pour traduire l'hébreu rûaḥ.
L'adjectif πνευματικός (pneumatikos), « spirituel », employé 26 fois, surtout par Paul, ne signifie pas « immatériel » mais « qui relève de l'Esprit de Dieu » : il qualifie les dons, les personnes, la loi et même le « corps spirituel » de la résurrection (1 Co 15.44). Le Nouveau Testament compte 378 emplois de pneuma, environ les deux tiers dans les écrits de Luc (évangile et Actes) et dans les lettres de Paul.
Sens et emplois
Le vent
Le sens physique, rare dans le Nouveau Testament mais décisif. Jésus joue sur le double sens : le vent et l'Esprit sont libres, invisibles, connus par leurs effets.
« Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; »Jn 3.8, Segond 1910
Le souffle de vie
Le principe vital qui quitte l'homme à la mort. Jésus en croix remet son souffle au Père en citant le Psaume 31.6 ; Étienne fera de même en s'adressant à Jésus (Ac 7.59).
« Père, je remets mon esprit entre tes mains. »Lc 23.46, Segond 1910
L'esprit de l'homme
La part intérieure de la personne, par laquelle elle se connaît elle-même et entre en relation avec Dieu. Paul en fait le lieu où l'Esprit de Dieu rend témoignage.
« Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l'homme, si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui? »1 Co 2.11, Segond 1910
L'Esprit Saint
Le sens dominant : l'Esprit de Dieu, souvent qualifié de « saint », qui remplit les croyants, les fait parler et témoigner. La Pentecôte réalise la promesse de Joël.
« Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, »Ac 2.4, Segond 1910
Les esprits impurs
Dans les évangiles, pneuma désigne aussi des puissances spirituelles hostiles, « esprits impurs » ou « mauvais », que Jésus chasse par l'Esprit de Dieu (Mt 12.28).
« un homme qui avait un esprit impur, »Mc 1.23, Segond 1910
L'Esprit opposé à la chair
Chez Paul, l'Esprit est la puissance de vie nouvelle qui s'oppose à la « chair », l'humanité livrée à elle-même. Ce n'est pas l'opposition de l'esprit et de la matière, mais de Dieu et de l'autosuffisance humaine.
« Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit, »Ga 5.17, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Derrière pneuma, il faut presque toujours entendre l'hébreu rûaḥ, que la Septante traduit massivement par ce mot. C'est ce qui permet au Nouveau Testament de garder ensemble le vent, le souffle et l'Esprit. Quand le Ressuscité « souffla » sur ses disciples en disant « Recevez le Saint-Esprit » (Jn 20.22), Jean emploie le verbe même par lequel la Septante décrit Dieu soufflant dans les narines de l'homme en Genèse 2.7 : c'est une nouvelle création.
Le genre grammatical change d'une langue à l'autre : rûaḥ est surtout féminin en hébreu, pneuma neutre en grec, spiritus masculin en latin. Il ne faut pas en tirer de conclusions théologiques sur la personne de l'Esprit, mais cela rappelle que les catégories de nos langues ne s'appliquent pas telles quelles à Dieu. Les promesses prophétiques sur l'Esprit (És 11.2 ; Éz 36.27 ; Jl 2.28) sont relues comme accomplies en Jésus, sur qui l'Esprit descend au baptême, puis dans l'Église à la Pentecôte.
Le débat
Quand Paul souhaite que « l'esprit, l'âme et le corps » soient gardés irréprochables (1 Th 5.23), décrit-il trois parties distinctes de l'homme ?
- Trois parties : la trichotomie (Watchman Nee, 1928) : Dans L'homme spirituel, Nee distingue nettement l'esprit, organe de la communion avec Dieu, l'âme, siège de l'intelligence, des émotions et de la volonté, et le corps. La vie chrétienne consisterait à soumettre l'âme à l'esprit renouvelé. Hébreux 4.12, qui parle de « partager âme et esprit », est invoqué en appui.
- Deux réalités : la dichotomie (Louis Berkhof, 1938) : Dans sa Systematic Theology, Berkhof soutient que « âme » et « esprit » désignent la même réalité immatérielle sous deux angles : la vie de la personne et sa relation à Dieu. Argument : le Nouveau Testament emploie l'un ou l'autre indifféremment pour ce qui survit à la mort (Mt 10.28 ; Lc 23.46).
- Une formule d'insistance (Exégèse contemporaine majoritaire) : La plupart des commentaires récents lisent la liste comme une accumulation rhétorique qui renforce « tout entiers » et « tout votre être », à la manière de Deutéronome 6.5 (cœur, âme, force). Paul ne propose pas ici d'anthropologie systématique.
Le contexte de 1 Th 5.23 est une prière, et l'accent porte sur la totalité : « tout entiers ». Ailleurs, Paul ne range jamais l'homme en trois compartiments, et Jésus énumère quatre termes en Mc 12.30. La lecture rhétorique s'impose donc, ce qui n'empêche pas de reconnaître avec la tradition que l'esprit désigne l'homme en tant qu'il est ouvert à Dieu.
Portée théologique
Le Nouveau Testament est, à bien des égards, le livre de l'Esprit. Ce que les prophètes annonçaient pour la fin des temps devient une expérience présente : l'Esprit repose sur Jésus, il est répandu à la Pentecôte, il habite les croyants, crie en eux « Abba ! Père ! » (Ga 4.6), intercède dans leurs soupirs (Rm 8.26) et produit en eux son fruit. Le vocabulaire du souffle rappelle que cette présence n'est ni une idée ni une émotion, mais une vie communiquée, comme le souffle de Genèse 2.7. L'Esprit est le commencement de la création nouvelle dans un monde qui attend encore sa plénitude.
Une difficulté pratique traverse les lettres de Paul : faut-il écrire « esprit » ou « Esprit » ? En Romains 8 ou en 1 Corinthiens 14.14, la frontière entre l'esprit humain et l'Esprit de Dieu qui l'habite est souvent impossible à tracer ; Gordon Fee a proposé d'écrire « S/esprit » pour respecter cette ambiguïté. Pour la prédication, cela invite à ne pas séparer la spiritualité de la personne et l'action de Dieu en elle. Le contraste paulinien entre la chair et l'Esprit ne doit pas non plus être lu comme un mépris du corps : c'est le même Esprit qui rendra la vie aux corps mortels (Rm 8.11).
Chaîne : Le souffle de Dieu dans la nouvelle création
- Gn 1.2 Le souffle sur les eaux : « La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. »
- Éz 37.14 Je mettrai mon esprit en vous : « Je mettrai mon esprit en vous, et vous vivrez; je vous rétablirai dans votre pays, et vous saurez que moi, l'Éternel, j'ai parlé et agi, dit l'Éternel. »
- Jl 2.28 Sur toute chair : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. »
- Mt 3.16 L'Esprit descend sur Jésus : « Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l'eau. Et voici, les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. »
- Jn 3.8 Le vent souffle où il veut : « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit. »
- Jn 4.24 Dieu est Esprit : « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en esprit et en vérité. »
- Jn 20.22 Le souffle du Ressuscité : « Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit: Recevez le Saint-Esprit. »
- Ac 2.4 La Pentecôte : « Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. »
- Rm 8.16 Le témoignage intérieur : « L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. »
- 2 Co 3.17 Là où est l'Esprit, la liberté : « Or, le Seigneur c'est l'Esprit; et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté. »
- Ga 5.22 Le fruit de l'Esprit : « Mais le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, »
- Ap 22.17 L'Esprit et l'épouse disent : Viens : « Et l'Esprit et l'épouse disent: Viens. Et que celui qui entend dise: Viens. Et que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l'eau de la vie, gratuitement. »
Mots apparentés
- rûaḥ רוּחַ : souffle, vent, esprit
- psychè ψυχή : vie, âme, personne
- sarx σάρξ : chair
- paraklētos παράκλητος : défenseur, consolateur
- hagios ἅγιος : saint ; au pluriel, les saints
- kardia καρδία : cœur
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- bāśār : chair, corps, être humain
- ʾādām : homme, humanité ; Adam
- ṣelem : image, statue, effigie
- sôma : corps
- bēn : fils, enfant
Bibliographie
- Hermann Kleinknecht, Friedrich Baumgärtel, Werner Bieder, Erik Sjöberg et Eduard Schweizer, art. « πνεῦμα », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 6.
- Gordon D. Fee, God's Empowering Presence: The Holy Spirit in the Letters of Paul, Peabody, Hendrickson, 1994.
- James D. G. Dunn, Jesus and the Spirit, Londres, SCM Press, 1975.
- Yves Congar, Je crois en l'Esprit Saint, 3 vol., Paris, Cerf, 1979-1980.
- Watchman Nee, L'homme spirituel, 1928 (trad. française, plusieurs éditions).
- Louis Berkhof, Systematic Theology, Grand Rapids, Eerdmans, 1938.
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