hagios ἅγιος

Strong G40 · adjectif · saint ; au pluriel, les saints · 220 occurrences

Ce qui appartient à Dieu et porte sa marque. Dans le Nouveau Testament, le mot qualifie Dieu, son Esprit, Jésus « le Saint de Dieu », mais aussi tous les croyants, appelés « les saints » non parce qu'ils seraient parfaits, mais parce qu'ils sont à Dieu.

Racine et étymologie

Ἅγιος appartient à une famille grecque ancienne liée à la crainte religieuse. Le verbe ἅζομαι signifie « vénérer, éprouver une crainte respectueuse », et le nom ἅγος désigne ce qui inspire une telle crainte : un objet consacré, mais aussi une souillure qui attire la colère des dieux. Le mot porte donc dès l'origine l'idée d'une réalité dangereuse, qu'on ne touche pas impunément.

Dans le grec classique, ἅγιος est relativement rare. Hérodote l'emploie pour des sanctuaires ; les poètes tragiques l'évitent. Pour dire « sacré », les Grecs préfèrent ἱερός, « qui appartient aux dieux » (d'où « hiérarchie », « hiéroglyphe »), et pour dire « pur », ἁγνός, de la même racine que ἅγιος mais orienté vers la pureté rituelle ou la chasteté. Ὅσιος, enfin, qualifie ce qui est conforme à la loi divine et à la piété.

Le verbe dérivé ἁγιάζω, « sanctifier, consacrer », est pratiquement inconnu hors de la Bible et du judaïsme hellénistique ; il est formé pour traduire le verbe hébreu qādaš. Les noms ἁγιασμός, « sanctification », et ἁγιωσύνη, « sainteté », relèvent du même mouvement : un vocabulaire grec réorganisé autour d'un mot peu usité pour dire la sainteté du Dieu d'Israël. Le latin sanctus, participe de sancire, « établir comme inviolable », a ensuite donné le français « saint ».

Sens et emplois

  1. Dieu le Saint

    Le Nouveau Testament reprend la confession de l'Ancien : Dieu est saint, et c'est sa sainteté qui fonde toute autre sainteté. Jésus s'adresse ainsi à son Père dans sa prière avant la Passion.

    « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés, »Jn 17.11, Segond 1910
  2. Jésus, le Saint de Dieu

    Le titre est d'abord prononcé par un démon qui reconnaît en Jésus celui qui appartient entièrement à Dieu. Pierre le reprend dans sa confession (Jn 6.69), et les Actes l'appellent « le Saint et le Juste » (Ac 3.14).

    « Je sais qui tu es: le Saint de Dieu. »Mc 1.24, Segond 1910
  3. L'Esprit Saint

    L'emploi le plus fréquent : l'Esprit de Dieu est appelé « saint » parce qu'il communique la vie et la sainteté de Dieu. Il est donné à l'Église le jour de la Pentecôte.

    « Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, »Ac 2.4, Segond 1910
  4. Les croyants, appelés « saints »

    Au pluriel, οἱ ἅγιοι désigne l'ensemble des chrétiens. Le mot ne décrit pas une élite morale mais un appel et une appartenance : les Corinthiens, malgré leurs divisions, sont « appelés à être saints » (1 Co 1.2).

    « tous ceux qui, à Rome, sont bien-aimés de Dieu, appelés à être saints: »Rm 1.7, Segond 1910
  5. Des choses saintes

    Le mot s'applique à ce qui est lié à Dieu : la « ville sainte » (Mt 4.5), les « saintes Écritures » (Rm 1.2), l'alliance (Lc 1.72), la loi elle-même, que Paul défend contre tout soupçon.

    « La loi donc est sainte, et le commandement est saint, juste et bon. »Rm 7.12, Segond 1910
  6. Une conduite sainte

    Ce que Dieu a fait saint doit vivre en conséquence. Pierre cite le Lévitique pour fonder l'éthique chrétienne sur l'imitation de Dieu.

    « Mais, puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite, »1 P 1.15, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Ἅγιος doit l'essentiel de son sens biblique à la Septante. Pour rendre la famille hébraïque q-d-š, les traducteurs auraient pu choisir ἱερός, le mot courant pour le sacré dans les temples grecs. Ils ont préféré ἅγιος, plus rare et moins chargé de connotations païennes. Ἅγιος traduit ainsi l'adjectif qādôš (« Saint, saint, saint », És 6.3) et, employé comme nom, qōdeš : τὸ ἅγιον, « ce qui est saint », τὰ ἅγια, « le sanctuaire ». Ἱερός disparaît presque du vocabulaire biblique : on ne le trouve que deux fois dans le Nouveau Testament.

Le Nouveau Testament hérite donc d'un mot déjà rempli de sens hébreu. Quand Pierre écrit « Vous serez saints, car je suis saint » (1 P 1.16), il cite Lévitique 11.44 et 19.2 dans la Septante. Le pluriel « les saints », qui désigne les croyants, prolonge l'appellation d'Israël comme « nation sainte » (Ex 19.6 ; 1 P 2.9) et les « saints du Très-Haut » de Daniel 7. Le latin sanctus et le français « saint » héritent de ce double sens : ce qui est à Dieu, et ceux qui sont à lui.

Le débat

Les croyants sont-ils déjà saints, peuvent-ils le devenir pleinement dès cette vie, ou le restent-ils seulement en marche jusqu'à la fin ?

Les emplois du mot donnent raison à la priorité du don, commune à Luther et à Peterson : on est « saint » par appel et par appartenance, avant toute réussite morale. Mais les mêmes textes appellent à une conduite sainte (1 P 1.15), et Wesley a raison de refuser une sainteté qui resterait seulement une étiquette. Le Nouveau Testament tient ensemble le statut reçu et la transformation attendue.

Portée théologique

Dans le Nouveau Testament, la sainteté n'est plus enfermée dans un lieu. Elle est concentrée en une personne, Jésus, « le Saint de Dieu », et communiquée par l'Esprit Saint. Le Temple de Jérusalem cède la place à un autre temple : la communauté elle-même, dont Paul dit qu'elle est « le temple de Dieu », un temple « saint » (1 Co 3.17). La frontière entre sacré et profane passe désormais par l'appartenance au Christ.

Le pluriel « les saints » est l'une des manières les plus anciennes dont les chrétiens se sont désignés. Paul l'emploie pour des communautés pleines de défauts : la sainteté est d'abord un don et un appel, non une récompense. Le sens moderne de « saint », un modèle de vertu exceptionnelle, n'est donc pas le sens premier du mot biblique. Tout croyant est un « saint » au sens du Nouveau Testament.

Mais le don entraîne une exigence. « Soyez saints dans toute votre conduite » : la sainteté se traduit en pureté, en justice, en amour concret, par exemple en pourvoyant « aux besoins des saints » (Rm 12.13). Pour la prédication, ἅγιος invite à présenter la sainteté non comme une distance froide, mais comme le fait d'appartenir à Dieu et de lui ressembler.

Chaîne : Le Saint et les saints

  1. Lv 19.2 Soyez saints, car je suis saint : « Parle à toute l'assemblée des enfants d'Israël, et tu leur diras: Soyez saints, car je suis saint, moi, l'Éternel, votre Dieu. »
  2. És 6.3 Le trois fois saint : « Ils criaient l'un à l'autre, et disaient: Saint, saint, saint est l'Éternel des armées! toute la terre est pleine de sa gloire! »
  3. Mc 1.24 Le Saint de Dieu : « Qu'y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es: le Saint de Dieu. »
  4. Lc 1.35 Le saint enfant : « L'ange lui répondit: Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. »
  5. Jn 17.11 Père saint : « Je ne suis plus dans le monde, et ils sont dans le monde, et je vais à toi. Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés, afin qu'ils soient un comme nous. »
  6. Ac 2.4 Remplis du Saint-Esprit : « Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. »
  7. Rm 1.7 Appelés à être saints : « tous ceux qui, à Rome, sont bien-aimés de Dieu, appelés à être saints: que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ! »
  8. 1 Co 3.17 Le temple de Dieu est saint : « Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira; car le temple de Dieu est saint, et c'est ce que vous êtes. »
  9. Ep 1.4 Élus pour être saints : « En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, »
  10. 1 P 1.16 La citation du Lévitique : « selon qu'il est écrit: Vous serez saints, car je suis saint. »
  11. Ap 4.8 Saint, saint, saint : « Les quatre êtres vivants ont chacun six ailes, et ils sont remplis d'yeux tout autour et au dedans. Ils ne cessent de dire jour et nuit: Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, qui était, qui est, et qui vient! »
  12. Ap 21.2 La ville sainte : « Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s'est parée pour son époux. »

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Bibliographie

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