qorbān קׇרְבָּן

Strong H7133 · nom masculin · offrande, ce qu'on apporte à Dieu · 82 occurrences

Littéralement « ce que l'on fait approcher ». C'est le terme le plus général du culte sacerdotal pour toute offrande présentée à Dieu : animal, végétal ou objet précieux. Le mot met l'accent sur le geste d'approche plutôt que sur la nature du don.

Racine et étymologie

Qorbān vient de la racine q-r-b, « être proche, s'approcher », bien attestée dans tout le domaine sémitique : l'akkadien qerēbu signifie « approcher », l'araméen et l'arabe emploient la même racine pour la proximité. En hébreu, le verbe qārab au thème simple veut dire « s'approcher » ; au thème causatif (hiphil), hiqrîb signifie « faire approcher », et donc, dans le culte, « présenter, offrir ». Lévitique 1.2 réunit le verbe et le nom : littéralement « quand l'un de vous fera approcher une chose approchée pour l'Éternel ».

La finale -ān sert à former des noms d'objet ou de résultat. Qorbān est donc la chose qui est « approchée » de Dieu. Le mot n'appartient qu'à une couche précise de la Bible : il se lit uniquement dans les textes sacerdotaux du Lévitique et des Nombres, chez Ézéchiel, lui-même prêtre, et deux fois chez Néhémie sous la forme tardive qurbān. Les livres historiques et les Psaumes parlent plutôt de zébaḥ (« sacrifice ») ou de minḥâ (« don, offrande »).

De la même racine viennent qereb, « intérieur, milieu » (ce qui est au plus près), et qārôb, « proche, parent ». Ce voisinage de sens est parlant : offrir, c'est réduire la distance entre l'homme et Dieu. À l'époque du second Temple, le mot devient une formule de vœu. Une inscription araméenne sur un ossuaire de Jebel Hallet et-Turi, près de Jérusalem, porte le mot qrbn, et l'historien juif Flavius Josèphe le cite comme un serment propre aux Juifs. C'est ce sens que l'on retrouve dans l'Évangile de Marc.

Sens et emplois

  1. Toute offrande présentée à Dieu

    Le sens générique qui ouvre le Lévitique : avant de distinguer holocauste, offrande de farine ou sacrifice de communion, le texte pose la catégorie commune. Tout ce qui est « approché » de l'autel est qorbān.

    « Lorsque quelqu'un d'entre vous fera une offrande à l'Éternel, il offrira du bétail, du gros ou du menu bétail. »Lv 1.2, Segond 1910
  2. Une offrande végétale

    Le mot ne désigne pas seulement des animaux. L'offrande de farine, d'huile et d'encens, appelée minḥâ, est elle aussi un qorbān : un don accessible aux plus pauvres.

    « son offrande sera de fleur de farine; il versera de l'huile dessus, et il y ajoutera de l'encens. »Lv 2.1, Segond 1910
  3. Des dons pour le sanctuaire

    Qorbān s'applique aussi à des biens qui ne sont pas brûlés : les chars et les bœufs offerts par les chefs des tribus pour le transport du tabernacle, ou l'or rapporté après la guerre contre Madian (Nb 31.50).

    « Ils amenèrent leur offrande devant l'Éternel: six chars en forme de litières et douze bœufs, »Nb 7.3, Segond 1910
  4. L'offrande due à Dieu au temps fixé

    Avec un pronom, « mon offrande », le mot désigne le culte régulier que Dieu réclame de tout le peuple, jour après jour et fête après fête. L'image du repas (« l'aliment ») est un langage d'hospitalité, non l'idée d'un Dieu qui aurait faim.

    « Vous aurez soin de me présenter, au temps fixé, mon offrande, l'aliment de mes sacrifices consumés par le feu, »Nb 28.2, Segond 1910
  5. L'offrande du bois après l'exil

    Dans la communauté reconstituée, l'approvisionnement de l'autel en bois devient lui-même une offrande organisée par tirage au sort. Néhémie emploie la forme tardive qurbān.

    « au sujet du bois qu'on devait chaque année apporter en offrande à la maison de notre Dieu, »Né 10.34, Segond 1910
  6. L'offrande détournée

    Ézéchiel montre qu'une offrande peut être tournée contre Dieu : présentée sur les hauts lieux, elle ne rapproche plus mais « irrite ». Le geste ne vaut que dans la relation qu'il exprime.

    « ils ont présenté leurs offrandes qui m'irritaient, »Éz 20.28, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend qorbān presque toujours par δῶρον, « don, cadeau ». Ce choix déplace l'accent : l'hébreu parle d'un mouvement d'approche, le grec d'un objet donné. Le Nouveau Testament garde ce vocabulaire : Jésus demande de laisser son « offrande » (δῶρον) devant l'autel pour aller d'abord se réconcilier (Mt 5.23-24), et l'épître aux Hébreux définit le grand prêtre comme celui qui présente « des offrandes et des sacrifices » (Hé 5.1).

Le mot hébreu lui-même passe tel quel dans le grec des évangiles. En Marc 7.11, κορβᾶν est expliqué pour des lecteurs non juifs : « c'est-à-dire, une offrande à Dieu ». En Matthieu 27.6, le dérivé κορβανᾶς désigne le trésor du Temple où l'on ne peut verser le prix du sang. Le Nouveau Testament emploie aussi προσφορά, « ce que l'on porte vers », qui retrouve l'idée de mouvement de l'hébreu : le Christ s'est livré « comme une offrande » (Ep 5.2), et « par une seule offrande » il a mené à la perfection les sanctifiés (Hé 10.14). Le latin traduit par oblatio, d'où notre « oblation ».

Le débat

Qu'est-ce qui fait l'essence d'une offrande : un don pour obtenir, un repas partagé, ou une médiation entre deux mondes ?

Aucune théorie unique ne couvre l'ensemble. Le Lévitique réunit sous le mot qorbān des dons (minḥâ), des repas de communion (šĕlāmîm) et des rites de purification (ḥaṭṭāʾt). Ce que la racine souligne, c'est le mouvement d'approche : l'offrande est d'abord un moyen voulu par Dieu pour qu'on puisse se tenir devant lui. Don, communion et médiation en sont trois facettes, que le Nouveau Testament voit réunies dans l'offrande du Christ.

Portée théologique

Le mot qorbān dit quelque chose d'essentiel sur le culte biblique : on n'y achète pas Dieu, on s'en approche. Dans le Lévitique, c'est Dieu qui fixe les moyens de venir à lui ; l'offrande est une invitation à franchir la distance, non une monnaie d'échange. Le fait qu'une offrande de farine soit aussi un qorbān montre que l'accès à Dieu n'est pas réservé aux riches.

Les prophètes rappellent pourtant que le geste peut se vider de sens. Michée demande « avec quoi me présenterai-je ? » et répond par la justice et la bonté (Mi 6.6-8). Jésus va plus loin dans la même ligne : la réconciliation avec le frère passe avant l'offrande (Mt 5.23-24), et il dénonce le « corban » utilisé pour se soustraire au devoir envers ses parents (Mc 7.11). Une chose consacrée à Dieu peut devenir un prétexte pour échapper à l'amour du prochain.

Le Nouveau Testament relit enfin toute l'histoire des offrandes à partir du Christ, qui s'est « livré lui-même » (Ep 5.2). Une fois cette offrande faite, le croyant est invité à se présenter lui-même : « offrir vos corps comme un sacrifice vivant » (Rm 12.1). Pour la prédication, qorbān invite à poser une question simple : qu'est-ce que j'apporte à Dieu, et est-ce que cela me rapproche de lui et des autres ?

Chaîne : Ce que l'on approche de Dieu

  1. Gn 4.4 L'offrande d'Abel : « et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande; »
  2. Lv 1.2 La loi des offrandes : « Parle aux enfants d'Israël, et dis-leur: Lorsque quelqu'un d'entre vous fera une offrande à l'Éternel, il offrira du bétail, du gros ou du menu bétail. »
  3. Nb 7.3 Les dons des chefs de tribu : « Ils amenèrent leur offrande devant l'Éternel: six chars en forme de litières et douze bœufs, soit un char pour deux princes et un bœuf pour chaque prince; et ils les offrirent devant le tabernacle. »
  4. Ps 51.19 Le sacrifice d'un cœur brisé : « Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c'est un esprit brisé: Ô Dieu! tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit. »
  5. Mi 6.6 Avec quoi me présenter ? : « Avec quoi me présenterai-je devant l'Éternel, Pour m'humilier devant le Dieu Très-Haut? Me présenterai-je avec des holocaustes, Avec des veaux d'un an? »
  6. Ml 1.11 Une offrande pure parmi les nations : « Car depuis le lever du soleil jusqu'à son couchant, Mon nom est grand parmi les nations, Et en tout lieu on brûle de l'encens en l'honneur de mon nom Et l'on présente des offrandes pures; Car grand est mon nom parmi les nations, Dit l'Éternel des armées. »
  7. Mt 5.24 D'abord se réconcilier : « laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande. »
  8. Mc 7.11 Le corban qui dispense des parents : « Mais vous, vous dites: Si un homme dit à son père ou à sa mère: Ce dont j'aurais pu t'assister est corban, c'est-à-dire, une offrande à Dieu, »
  9. Rm 12.1 Les corps offerts : « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. »
  10. Ep 5.2 Le Christ, offrande de bonne odeur : « et marchez dans la charité, à l'exemple de Christ, qui nous a aimés, et qui s'est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur. »
  11. Hé 10.14 Une seule offrande : « Car, par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés. »

Mots apparentés

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Bibliographie

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