ʿōlâ עֹלָה
Strong H5930 · nom féminin · holocauste, offrande qui monte · 286 occurrences
Le sacrifice entièrement brûlé sur l'autel, dont rien ne revient à l'offrant ni au prêtre. Son nom signifie « celle qui monte » : l'offrande monte vers Dieu en fumée. C'est le sacrifice le plus ancien et le plus fréquent de la Bible hébraïque.
Racine et étymologie
ʿŌlâ est un participe féminin substantivé du verbe ʿālâ, « monter », l'un des verbes les plus fréquents de l'hébreu. Au thème causatif, heʿĕlâ signifie « faire monter », et l'expression habituelle est « faire monter une ʿōlâ ». Deux explications sont proposées : l'offrande « monte » sur l'autel, auquel on accède par une rampe, ou elle « monte » vers Dieu sous forme de fumée. La seconde est la plus souvent retenue, car le texte insiste sur l'« agréable odeur » qui s'élève vers l'Éternel (Lv 1.9).
La Bible emploie aussi un synonyme, kālîl, « entier, complet » (Dt 33.10 ; 1 S 7.9 ; Ps 51.21). Le même mot kll désigne un sacrifice complet dans des tarifs sacrificiels phéniciens, comme celui découvert à Marseille. Les deux termes décrivent la même chose sous deux angles : ʿōlâ dit la direction (vers le haut), kālîl dit la totalité (rien n'est retenu).
STEPBible distingue un homonyme rare, ʿōlâ « montée, escalier », qui vient de la même racine mais ne relève pas du culte. On ne le confondra pas avec ʿawlâ, « injustice », qui s'écrit presque de la même façon mais dérive d'une autre racine. Le substantif ʿōlâ appartient à toutes les couches de la Bible : récits patriarcaux, lois sacerdotales, livres historiques, Psaumes et prophètes. Cette diffusion témoigne de son ancienneté : avant que le Lévitique distingue finement les sacrifices, l'holocauste était le sacrifice par excellence.
Sens et emplois
Le sacrifice entièrement consumé
Après l'immolation, l'animal est découpé, lavé, puis brûlé tout entier, à l'exception de la peau qui revient au prêtre (Lv 7.8). Contrairement au sacrifice de communion, l'offrant n'en mange rien : tout est pour Dieu.
« C'est un holocauste, un sacrifice consumé par le feu, d'une agréable odeur à l'Éternel. »Lv 1.9, Segond 1910
Un sacrifice d'agrément et d'expiation
Par l'imposition de la main, l'offrant s'identifie à l'animal ou le désigne comme le sien. L'holocauste a d'abord une valeur générale : il rend l'offrant agréable à Dieu et « fait l'expiation », avant que le Lévitique réserve ce rôle surtout au sacrifice pour le péché (ḥaṭṭāʾt).
« Il posera sa main sur la tête de l'holocauste, qui sera agréé de l'Éternel, pour lui servir d'expiation. »Lv 1.4, Segond 1910
L'holocauste perpétuel
Chaque matin et chaque soir, un agneau est offert au nom de tout le peuple (Nb 28.3). Ce sacrifice continu, appelé tāmîd, marque le rythme du culte et le lieu de la rencontre avec Dieu.
« Voilà l'holocauste perpétuel qui sera offert par vos descendants, à l'entrée de la tente d'assignation, devant l'Éternel: c'est là que je me rencontrerai avec vous, et que je te parlerai. »Ex 29.42, Segond 1910
L'holocauste demandé à Abraham
Dans le récit de la « ligature d'Isaac », Dieu demande l'offrande la plus totale qui soit, puis fournit lui-même la victime. Le récit sert de fondement au refus du sacrifice d'enfants, que les prophètes condamneront (Jr 19.5 ; 2 R 3.27).
« Abraham répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau pour l'holocauste. »Gn 22.8, Segond 1910
L'holocauste relativisé par les prophètes
Les prophètes ne nient pas la valeur de l'holocauste, mais ils le subordonnent à la fidélité et à la connaissance de Dieu. Le parallélisme du vers place les holocaustes au second rang.
« Et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. »Os 6.6, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ʿōlâ surtout par ὁλοκαύτωμα, plus rarement par ὁλοκαύτωσις ou ὁλοκάρπωσις. Ces mots grecs sont composés de ὅλος, « entier », et de καίω, « brûler » : ils traduisent en réalité kālîl plus que ʿōlâ. L'image de la montée se perd au profit de celle de la totalité. C'est de ce grec, par le latin holocaustum, que vient le français « holocauste ».
Le Nouveau Testament emploie ὁλοκαύτωμα trois fois. Un scribe reconnaît devant Jésus qu'aimer Dieu et son prochain « c'est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices » (Mc 12.33), en écho à Osée 6.6 et à 1 Samuel 15.22. L'épître aux Hébreux cite le Psaume 40 (« Tu n'as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché », Hé 10.6) et l'applique au Christ, dont l'offrande unique accomplit et remplace les holocaustes répétés. Au XXᵉ siècle, le mot a désigné l'extermination des Juifs d'Europe ; beaucoup lui préfèrent aujourd'hui « Shoah », pour ne pas donner un sens sacrificiel à ce crime.
Le débat
Quand les prophètes critiquent les holocaustes, rejettent-ils le culte sacrificiel lui-même, ou seulement un culte séparé de la justice ?
- Un rejet de principe (Julius Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, 1883) : Les prophètes du VIIIᵉ siècle ignorent la loi sacerdotale, qui leur est postérieure. Quand Jérémie dit que Dieu n'a rien ordonné au sujet des holocaustes à la sortie d'Égypte (Jr 7.22), il faut le prendre à la lettre : la religion prophétique est morale, non rituelle.
- Une critique du culte sans fidélité (Yehezkel Kaufmann, Toldot ha-emunah ha-yisreʾelit, 1937-1956) : Le culte sacerdotal est ancien et les prophètes l'ont connu. Ils attaquent l'illusion qu'un rite vaut sans l'obéissance, non le rite lui-même. Argument : Ésaïe reçoit sa vocation dans le Temple (És 6), Ézéchiel décrit un culte restauré (Éz 40-48).
- Une négation de comparaison (Roland de Vaux, Les Institutions de l'Ancien Testament, 1960) : Les formules du type « non les sacrifices » sont une manière sémitique de dire « plus que les sacrifices ». Le second vers d'Osée 6.6 le confirme : « la connaissance de Dieu plus que les holocaustes ».
La lecture de Wellhausen a été largement abandonnée, car les textes prophétiques supposent un culte vivant et ne proposent pas de religion sans rite. Mais il avait raison de souligner la radicalité du ton : pour Amos ou Jérémie, un holocauste offert par un peuple injuste n'est pas seulement insuffisant, il est rejeté. Le parallélisme d'Osée 6.6 et de 1 Samuel 15.22 montre une hiérarchie : la fidélité d'abord, l'offrande ensuite comme son expression.
Portée théologique
L'holocauste est le sacrifice du don total. Rien n'est gardé pour soi : l'animal entier « monte » vers Dieu. Il exprime ainsi la reconnaissance que tout appartient à Dieu et le désir de se remettre entièrement à lui. C'est pourquoi il est offert matin et soir, au nom de tout le peuple, comme un acte permanent de consécration.
Le récit de Genèse 22 donne à l'holocauste sa profondeur la plus troublante. Dieu demande Isaac, puis fournit lui-même la victime : « Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau ». La tradition juive a médité ce passage sous le nom d'ʿAqēdâ, la « ligature », et les auteurs chrétiens y ont vu l'annonce du Fils que Dieu « n'a point épargné » (Rm 8.32). Dans les deux lectures, l'idée est la même : ce n'est pas l'homme qui fournit à Dieu le sacrifice décisif.
Les prophètes et Jésus rappellent que le don total des bêtes n'a de sens que s'il exprime le don de soi. Le scribe de Marc 12 l'a compris : l'amour de Dieu et du prochain dépasse tous les holocaustes. Pour la prédication, l'holocauste invite à demander ce que signifie, aujourd'hui, ne rien garder pour soi dans sa relation à Dieu.
Chaîne : De l'autel de Noé à l'offrande du Christ
- Gn 8.20 L'autel de Noé après le déluge : « Noé bâtit un autel à l'Éternel; il prit de toutes les bêtes pures et de tous les oiseaux purs, et il offrit des holocaustes sur l'autel. »
- Gn 22.8 Dieu pourvoira à l'agneau : « Abraham répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau pour l'holocauste. Et ils marchèrent tous deux ensemble. »
- Gn 22.13 Le bélier à la place du fils : « Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes; et Abraham alla prendre le bélier, et l'offrit en holocauste à la place de son fils. »
- Ex 29.42 L'holocauste perpétuel : « Voilà l'holocauste perpétuel qui sera offert par vos descendants, à l'entrée de la tente d'assignation, devant l'Éternel: c'est là que je me rencontrerai avec vous, et que je te parlerai. »
- Lv 1.4 La main posée sur la victime : « Il posera sa main sur la tête de l'holocauste, qui sera agréé de l'Éternel, pour lui servir d'expiation. »
- 1 S 15.22 L'obéissance vaut mieux : « Samuel dit: L'Éternel trouve-t-il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, comme dans l'obéissance à la voix de l'Éternel? Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l'observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers. »
- 1 R 18.38 Le feu tombe au Carmel : « Et le feu de l'Éternel tomba, et il consuma l'holocauste, le bois, les pierres et la terre, et il absorba l'eau qui était dans le fossé. »
- Ps 40.7 Tu m'as ouvert les oreilles : « Tu ne désires ni sacrifice ni offrande, Tu m'as ouvert les oreilles; Tu ne demandes ni holocauste ni victime expiatoire. »
- Os 6.6 La connaissance de Dieu : « Car j'aime la piété et non les sacrifices, Et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. »
- Mc 12.33 Plus que tous les holocaustes : « et que l'aimer de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c'est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices. »
- Hé 10.10 Une offrande une fois pour toutes : « C'est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l'offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. »
Mots apparentés
- qorbān קׇרְבָּן : offrande, ce qu'on apporte à Dieu
- mizbēaḥ מִזְבֵּחַ : autel
- ḥaṭṭāʾt חַטָּאת : péché ; sacrifice pour le péché
- kipper כִּפֶּר : faire l'expiation, purifier, apaiser
Autres mots du thème « Culte et sainteté »
- qōdeš : sainteté, chose sainte, sanctuaire
- kōhēn : prêtre, sacrificateur
- šabbāt : sabbat, jour de repos
- hālal : louer, célébrer ; se glorifier
- hagios : saint ; au pluriel, les saints
- naos : sanctuaire, temple (demeure de Dieu)
- proskuneō : se prosterner, adorer
Bibliographie
- Roland de Vaux, Les Institutions de l'Ancien Testament, t. 2, Paris, Cerf, 1960.
- Jacob Milgrom, Leviticus 1–16, Anchor Bible 3, New York, Doubleday, 1991.
- Gary A. Anderson, Sacrifices and Offerings in Ancient Israel: Studies in Their Social and Political Importance, Harvard Semitic Monographs 41, Atlanta, Scholars Press, 1987.
- Jon D. Levenson, The Death and Resurrection of the Beloved Son, New Haven, Yale University Press, 1993.
- Julius Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, Berlin, Reimer, 1883.
- Yehezkel Kaufmann, The Religion of Israel, trad. et abrégé par Moshe Greenberg, Chicago, University of Chicago Press, 1960.
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