ḥaṭṭāʾt חַטָּאת
Strong H2403 · nom féminin · péché ; sacrifice pour le péché · 290 occurrences
Le mot hébreu le plus courant pour le péché : l'écart par rapport à ce qui est dû, envers Dieu ou envers autrui. Le même mot désigne aussi le sacrifice qui efface cette faute et purifie, si bien que le péché et son remède portent un seul nom.
Racine et étymologie
Le nom ḥaṭṭāʾt dérive de la racine ḥ-ṭ-ʾ, dont le verbe ḥāṭāʾ (H2398) est très fréquent. Son sens premier se lit dans un passage sans aucune portée morale : les frondeurs de Benjamin « pouvaient, en lançant une pierre avec la fronde, viser à un cheveu sans le manquer » (Jg 20.16). « Manquer » traduit ici le verbe ḥāṭāʾ. De même, « celui qui précipite ses pas tombe dans le péché » (Pr 19.2) joue sur l'image du pied qui rate son chemin. Pécher, c'est d'abord manquer une cible, se tromper de route.
Il faut pourtant se garder de réduire le mot à cette image. Dans l'immense majorité de ses emplois, ḥaṭṭāʾt ne désigne pas une maladresse involontaire mais une faute réelle contre une personne : Jacob demande à Laban « quel est mon péché » (Gn 31.36), David reconnaît « J'ai péché contre l'Éternel » (2 S 12.13). Le péché est toujours relationnel : il atteint quelqu'un. Comme l'a rappelé James Barr, le sens d'un mot se lit dans ses emplois, pas dans une étymologie qu'on projetterait sur chaque texte.
La famille est riche. Le nom masculin ḥēṭʾ (H2399) désigne aussi la faute (« ma mère m'a conçu dans le péché », Ps 51.7) ; la forme ḥaṭṭāʾâ apparaît en Exode 34.7 et Ésaïe 5.18 ; l'adjectif ḥaṭṭāʾ qualifie le « pécheur ». Au thème piel, le verbe prend un sens inverse et technique : « purifier du péché », « faire l'expiation ». C'est ce retournement qui explique le double sens du nom, à la fois faute et rite de purification.
Sens et emplois
La faute, l'acte de pécher
Le sens de base : un manquement concret, souvent nommé et reconnu, qui atteint Dieu ou le prochain. Dès Caïn, le péché est décrit comme une force qui guette l'homme et qu'il doit maîtriser.
« si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi: mais toi, domine sur lui. »Gn 4.7, Segond 1910
L'état de culpabilité qui pèse
Le péché ne s'efface pas quand l'acte est terminé : il demeure, il « poursuit » le coupable et l'accompagne jusqu'à ce qu'il soit pardonné. Le pénitent du Psaume 51 le voit constamment devant lui.
« Car je reconnais mes transgressions, Et mon péché est constamment devant moi. »Ps 51.5, Segond 1910
Le sacrifice pour le péché
Dans le Lévitique, le même mot nomme le rite qui répare la faute, souvent rendu par « sacrifice d'expiation ». Le verset joue sur les deux sens : pour le ḥaṭṭāʾt commis, on offre un ḥaṭṭāʾt.
« il offrira à l'Éternel, pour le péché qu'il a commis, un jeune taureau sans défaut, en sacrifice d'expiation. »Lv 4.3, Segond 1910
La purification rituelle
Parfois aucun péché moral n'est en jeu : l'« eau de purification » préparée avec la cendre de la vache rousse se dit littéralement « eau de ḥaṭṭāʾt ». Le mot désigne alors ce qui ôte l'impureté.
« afin d'en faire l'eau de purification. C'est une eau expiatoire. »Nb 19.9, Segond 1910
La conséquence du péché, le châtiment
Comme ʿāwōn, ḥaṭṭāʾt peut englober l'acte et ce qu'il entraîne. Segond rend alors le mot par « châtiment » : le sort qui frappe les nations rebelles est leur péché même, revenu sur elles.
« Ce sera le châtiment de l'Égypte, Le châtiment de toutes les nations »Za 14.19, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ḥaṭṭāʾt très régulièrement par ἁμαρτία, le mot grec qui deviendra le terme central du Nouveau Testament. Le choix est heureux : ἁμαρτάνω signifie aussi « manquer le but » en grec classique, de sorte que l'image de la cible manquée passe d'une langue à l'autre. Mais ἁμαρτία reçoit de l'hébreu une épaisseur nouvelle : il désigne désormais une offense contre le Dieu de l'alliance, et non une simple erreur de jugement comme chez Aristote.
Pour le sens sacrificiel, les traducteurs grecs ont souvent écrit περὶ ἁμαρτίας, « pour le péché ». Cette formule réapparaît dans le Nouveau Testament : Hébreux 10.6 cite le Psaume 40 (« ni sacrifices pour le péché »), et Romains 8.3 dit que Dieu a envoyé son Fils « à cause du péché », là où beaucoup d'exégètes entendent « comme sacrifice pour le péché ». Le double sens hébreu explique aussi la formule étonnante de 2 Corinthiens 5.21 : le Christ « fait péché » pour nous. La Vulgate a fixé « peccatum », et Segond alterne « péché », « sacrifice d'expiation » et « purification » selon le contexte.
Le débat
Le sacrifice appelé ḥaṭṭāʾt sert-il à expier la faute du pécheur, ou à purifier le sanctuaire souillé par cette faute ?
- Un sacrifice d'expiation pour le pécheur (Lecture traditionnelle (Septante, Vulgate, Segond)) : Le rite enlève la faute de celui qui l'offre : « il obtiendra le pardon » revient comme un refrain (Lv 4.20, 26, 31). D'où les traductions « sacrifice pour le péché » ou « sacrifice d'expiation ».
- Un sacrifice de purification du sanctuaire (Jacob Milgrom, 1971 et Leviticus 1–16, 1991) : Le sang n'est jamais mis sur le pécheur mais sur l'autel et les objets saints. La faute souille le sanctuaire à distance, comme une pollution ; le ḥaṭṭāʾt nettoie la demeure de Dieu pour qu'il puisse y rester. Milgrom traduit donc « purification offering ».
- Une purification en deux temps (Roy E. Gane, Cult and Character, 2005) : Gane accepte l'idée de purification mais distingue : les sacrifices ordinaires purifient d'abord l'offrant, tandis que le grand Jour des expiations purifie le sanctuaire lui-même (Lv 16.16).
Milgrom a montré de façon convaincante que le rite touche le sanctuaire et que la faute est conçue comme une souillure. Mais les textes affirment aussi que le pécheur reçoit le pardon : les deux aspects ne s'excluent pas. Le mot ḥaṭṭāʾt dit précisément cela : ce qui dérègle la relation avec Dieu et ce qui la rétablit portent le même nom.
Portée théologique
Que le péché et le sacrifice pour le péché portent le même nom n'est pas un hasard de vocabulaire : l'Ancien Testament ne parle jamais de la faute sans parler aussi de ce que Dieu a prévu pour la traiter. Dès Genèse 4.7, le péché est présenté comme une puissance qui rôde et cherche à dominer l'homme ; mais le Lévitique organise toute une liturgie pour qu'il soit reconnu, confessé et enlevé. Le Psaume 32 montre la dimension intérieure de ce chemin : tant que la faute est cachée, elle ronge ; dès qu'elle est avouée, Dieu l'efface.
Pour la prédication, ce mot invite à tenir ensemble gravité et espérance. La gravité, parce que le péché n'est pas une simple erreur de visée mais une offense personnelle qui souille la relation avec Dieu et contamine la communauté. L'espérance, parce que Dieu lui-même fournit le remède : Michée voit les péchés jetés au fond de la mer, Jérémie annonce une alliance où Dieu ne s'en souviendra plus. Le Nouveau Testament lit la mort du Christ à travers ce vocabulaire : l'Agneau « ôte le péché du monde », et Paul ose dire que Dieu l'a « fait devenir péché », c'est-à-dire, très probablement, sacrifice pour le péché, afin que nous devenions justice de Dieu.
Chaîne : Du péché tapi à la porte au péché ôté
- Gn 4.7 Le péché guette Caïn : « Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi: mais toi, domine sur lui. »
- Ex 32.30 Le grand péché du veau d'or : « Le lendemain, Moïse dit au peuple: Vous avez commis un grand péché. Je vais maintenant monter vers l'Éternel: j'obtiendrai peut-être le pardon de votre péché. »
- Lv 16.16 Le Jour des expiations : « C'est ainsi qu'il fera l'expiation pour le sanctuaire à cause des impuretés des enfants d'Israël et de toutes les transgressions par lesquelles ils ont péché. Il fera de même pour la tente d'assignation, qui est avec eux au milieu de leurs impuretés. »
- 2 S 12.13 L'aveu de David : « David dit à Nathan: J'ai péché contre l'Éternel! Et Nathan dit à David: L'Éternel pardonne ton péché, tu ne mourras point. »
- Ps 32.5 La confession libère : « Je t'ai fait connaître mon péché, je n'ai pas caché mon iniquité; J'ai dit: J'avouerai mes transgressions à l'Éternel! Et tu as effacé la peine de mon péché. -Pause. »
- És 6.7 Les lèvres purifiées d'Ésaïe : « Il en toucha ma bouche, et dit: Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié. »
- Jr 31.34 La nouvelle alliance oublie le péché : « Celui-ci n'enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant: Connaissez l'Éternel! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit l'Éternel; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché. »
- Mi 7.19 Les péchés jetés à la mer : « Il aura encore compassion de nous, Il mettra sous ses pieds nos iniquités; Tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés. »
- Jn 1.29 L'Agneau qui ôte le péché : « Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit: Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. »
- 2 Co 5.21 Fait péché pour nous : « Celui qui n'a point connu le péché, il l'a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. »
- 1 Jn 1.9 Confesser et être purifié : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. »
Mots apparentés
- ʿāwōn עָוֺן : iniquité, culpabilité
- pešaʿ פֶּשַׁע : transgression, révolte
- kipper כִּפֶּר : faire l'expiation, purifier, apaiser
- hamartia ἁμαρτία : péché
- ʿōlâ עֹלָה : holocauste, offrande qui monte
Autres mots du thème « Péché, mort et repentance »
- šûb : revenir, se convertir
- šeʾôl : séjour des morts
- metanoia : repentance, conversion
- sarx : chair
- anomia : iniquité, mépris de la loi
- thanatos : mort
Bibliographie
- Jacob Milgrom, « Sin-Offering or Purification-Offering? », Vetus Testamentum 21, 1971, p. 237-239.
- Jacob Milgrom, Leviticus 1–16, Anchor Bible 3, New York, Doubleday, 1991.
- Roy E. Gane, Cult and Character: Purification Offerings, Day of Atonement, and Theodicy, Winona Lake, Eisenbrauns, 2005.
- Rolf Knierim, Die Hauptbegriffe für Sünde im Alten Testament, Gütersloh, Mohn, 1965.
- Klaus Koch, art. « ḥāṭāʾ », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 4.
- James Barr, The Semantics of Biblical Language, Oxford University Press, 1961.
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Péché ».
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