thanatos θάνατος
Strong G2288 · nom masculin · mort · 120 occurrences
La mort physique, mais aussi, dans le Nouveau Testament, une puissance liée au péché qui tient l'humanité captive. Le Christ l'a traversée et vaincue ; elle est « le dernier ennemi » qui sera détruit.
Racine et étymologie
Le nom θάνατος se rattache au verbe θνῄσκω, « mourir », plus courant sous la forme composée ἀποθνῄσκω (G599). La même racine a donné θνητός, « mortel », par opposition aux dieux immortels (ἀθάνατοι) de la poésie grecque. Pour les Grecs, être homme, c'est être mortel ; l'immortalité est le privilège des dieux. Dans la mythologie, Thanatos est même un personnage, frère jumeau du Sommeil (Hypnos).
Cette parenté entre la mort et le sommeil se retrouve dans le Nouveau Testament, mais avec un sens nouveau. Jésus dit de Lazare qu'il « dort », et les disciples ne comprennent pas : « Jésus avait parlé de sa mort, mais ils crurent qu'il parlait de l'assoupissement du sommeil » (Jn 11.13). Pour les chrétiens, l'image du sommeil exprime l'attente du réveil de la résurrection.
La famille comprend θανατόω, « mettre à mort », θνητός, « mortel » (Rm 6.12 : « votre corps mortel »), et ἀθανασία, « immortalité » (1 Co 15.53-54). Le mot a donné en français « thanatologie », l'étude de la mort, et l'adjectif « euthanasie », « bonne mort ».
Sens et emplois
La mort physique
La fin de la vie corporelle, naturelle ou violente. Le mot désigne la mort de Lazare, la condamnation de Jésus ou le risque que court Paul.
« Jésus avait parlé de sa mort, mais ils crurent qu'il parlait de l'assoupissement du sommeil. »Jn 11.13, Segond 1910
La conséquence du péché
Paul lie la mort au péché : elle en est le salaire, ce que le péché « paie » à ceux qui le servent. Il s'agit de la mort dans toute son ampleur, physique et spirituelle.
« Car le salaire du péché, c'est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. »Rm 6.23, Segond 1910
Une puissance qui règne
La mort est personnifiée comme un tyran qui a « régné » sur l'humanité depuis Adam. Elle est le dernier ennemi que le Christ doit détruire.
« Le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort. »1 Co 15.26, Segond 1910
La mort comme séparation d'avec Dieu
Chez Jean, la mort désigne aussi l'existence coupée de la vie de Dieu. On peut « passer de la mort à la vie » dès maintenant, par la foi et par l'amour.
« il est passé de la mort à la vie. »Jn 5.24, Segond 1910
La mort du Christ
La mort de Jésus est au centre de la foi : obéissance jusqu'au bout, réconciliation, victoire. Par le baptême, le croyant est uni à cette mort pour vivre d'une vie nouvelle (Rm 6.3-4).
« il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix. »Ph 2.8, Segond 1910
La seconde mort
L'Apocalypse parle d'une « seconde mort », séparation définitive au jugement final, dont le vainqueur est préservé. La mort elle-même y est finalement jetée dans l'étang de feu.
« Et la mort et le séjour des morts furent jetés dans l'étang de feu. C'est la seconde mort, l'étang de feu. »Ap 20.14, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, θάνατος traduit le plus souvent l'hébreu māwet (H4194), « mort », et les formes du verbe mût, « mourir » ; il rend parfois aussi deber, « peste ». L'Ancien Testament connaît déjà la mort comme une puissance : elle a des « liens » et des « filets » (Ps 18.6), elle conclut des alliances (És 28.15), elle est insatiable (Ha 2.5). Il la met en relation avec le péché dès le récit d'Éden, sans faire d'elle une divinité, contrairement au dieu Mot de la mythologie cananéenne.
Le Nouveau Testament cite plusieurs textes clés. Paul reprend Ésaïe 25.8 (« La mort a été engloutie dans la victoire ») et Osée 13.14 (« Ô mort, où est ta victoire ? ») pour chanter la résurrection (1 Co 15.54-55). Matthieu 4.16 et Luc 1.79 reprennent l'« ombre de la mort » d'Ésaïe 9 et des Psaumes. Chez Paul et dans l'Apocalypse, la mort est associée à l'Hadès, l'équivalent grec du Shéol hébreu. La Vulgate traduit par « mors », d'où « mort » en français.
Le débat
Selon Romains 5.12, la mort physique est-elle entrée dans le monde à cause du péché, et comment la faute d'Adam concerne-t-elle tous les hommes ?
- La mort, conséquence du péché d'Adam en qui tous ont péché (Augustin, De peccatorum meritis et remissione, 412) : Lisant la Vulgate « in quo omnes peccaverunt » (« en qui tous ont péché »), Augustin comprend que toute l'humanité a péché en Adam. La mort physique est la peine de ce péché commun ; sans la faute, Adam ne serait pas mort.
- La mort, naturelle ; le péché, imité (Pélage, Commentaire sur Romains (vers 405-410)) : Pour Pélage, Adam aurait de toute façon connu la mort du corps ; Paul parle de la mort spirituelle. Les hommes ne pèchent pas « en Adam » mais en imitant son exemple, chacun étant responsable de ses propres fautes.
- Une solidarité et une responsabilité personnelle (Joseph A. Fitzmyer, Romans, 1993) : Le grec ἐφ᾽ ᾧ ne signifie pas « en qui » mais introduit une conséquence ou une cause : « du fait que tous ont péché ». Paul affirme à la fois l'influence universelle de la faute d'Adam et la culpabilité personnelle de chacun, sans expliquer le mécanisme de la transmission.
La traduction « en qui » de la Vulgate est aujourd'hui abandonnée, ce qui affaiblit l'argument d'Augustin sur ce verset précis. Mais Pélage ne rend pas justice à la logique de Paul, pour qui la mort « règne » réellement depuis Adam (Rm 5.14, 17). Paul tient ensemble l'emprise collective du péché et de la mort et la responsabilité de chacun, et il insiste surtout sur l'excès de la grâce en Christ.
Portée théologique
Le Nouveau Testament ne banalise pas la mort. Il ne la présente ni comme une simple étape naturelle, ni comme une délivrance de l'âme hors du corps, à la manière de Platon. Jésus est « triste jusqu'à la mort » à Gethsémané (Mt 26.38) et pleure devant le tombeau de Lazare. La mort est un ennemi, liée au péché, qui tient les hommes « par crainte de la mort » dans une servitude de toute leur vie (Hé 2.15). Cette lucidité donne au deuil chrétien le droit aux larmes.
Mais l'Évangile annonce que cet ennemi a été affronté de l'intérieur. Le Christ est entré dans la mort, « jusqu'à la mort de la croix », afin que « par la mort, il anéantît celui qui a la puissance de la mort » (Hé 2.14). Sa résurrection fait de la mort un ennemi vaincu, même s'il n'est pas encore détruit : « Le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort. » Le croyant vit déjà de cette victoire : par le baptême, il est uni à la mort du Christ pour marcher dans une vie nouvelle, et il est « passé de la mort à la vie ». L'espérance finale est sans ambiguïté : « la mort ne sera plus » (Ap 21.4). La prédication peut ainsi parler de la mort avec vérité et de l'espérance avec assurance.
Chaîne : La mort, du jardin à la nouvelle création
- Gn 2.17 L'avertissement du jardin : « mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. »
- Ps 23.4 La vallée de l'ombre de la mort : « Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: Ta houlette et ton bâton me rassurent. »
- És 25.8 Il anéantit la mort pour toujours : « Il anéantit la mort pour toujours; Le Seigneur, l'Éternel, essuie les larmes de tous les visages, Il fait disparaître de toute la terre l'opprobre de son peuple; Car l'Éternel a parlé. »
- Os 13.14 Ô mort, où est ta peste ? : « Je les rachèterai de la puissance du séjour des morts, Je les délivrerai de la mort. Ô mort, où est ta peste? Séjour des morts, où est ta destruction? Mais le repentir se dérobe à mes regards! »
- Jn 5.24 Passé de la mort à la vie : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. »
- Rm 5.12 L'entrée de la mort : « C'est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort s'est étendue sur tous les hommes, parce que tous ont péché,... »
- Rm 6.4 Ensevelis dans sa mort : « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. »
- 1 Co 15.55 Où est ton aiguillon ? : « Ô mort, où est ta victoire? Ô mort, où est ton aiguillon? »
- Ph 2.8 Obéissant jusqu'à la mort : « et ayant paru comme un simple homme, il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix. »
- Hé 2.14 Le diable privé de sa puissance : « Ainsi donc, puisque les enfants participent au sang et à la chair, il y a également participé lui-même, afin que, par la mort, il anéantît celui qui a la puissance de la mort, c'est-à-dire le diable, »
- Ap 1.18 Les clefs de la mort : « et le vivant. J'étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts. »
- Ap 21.4 La mort ne sera plus : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. »
Mots apparentés
- šeʾôl שְׁאוֹל : séjour des morts
- hamartia ἁμαρτία : péché
- anastasis ἀνάστασις : résurrection, relèvement
- zōē ζωή : vie
Autres mots du thème « Péché, mort et repentance »
- ḥaṭṭāʾt : péché ; sacrifice pour le péché
- ʿāwōn : iniquité, culpabilité
- pešaʿ : transgression, révolte
- šûb : revenir, se convertir
- metanoia : repentance, conversion
- sarx : chair
- anomia : iniquité, mépris de la loi
Bibliographie
- Rudolf Bultmann, art. « θάνατος, θνῄσκω », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 3.
- Joseph A. Fitzmyer, Romans, Anchor Bible 33, New York, Doubleday, 1993.
- C. E. B. Cranfield, A Critical and Exegetical Commentary on the Epistle to the Romans, International Critical Commentary, Édimbourg, T&T Clark, 1975-1979.
- Augustin, De peccatorum meritis et remissione et de baptismo parvulorum, 412.
- Oscar Cullmann, Immortalité de l'âme ou résurrection des morts ?, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1956.
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Mort ».
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