metanoia μετάνοια
Strong G3341 · nom féminin · repentance, conversion · 22 occurrences
Littéralement un « changement de pensée ». Dans le Nouveau Testament, le mot désigne le retournement de toute la personne vers Dieu, appelé par Jean-Baptiste et par Jésus, attendu de l'homme et pourtant donné par Dieu.
Racine et étymologie
Le mot est formé de la préposition μετά, qui marque ici le changement ou l'après-coup, et de la racine de νοῦς, « intelligence, esprit », présente dans le verbe νοέω, « penser, comprendre ». Le verbe μετανοέω (G3340) signifie donc d'abord « penser après », « changer d'avis » une fois qu'on a réfléchi. En grec classique, μετάνοια désigne souvent le regret, voire le remords, et n'a pas forcément de portée morale : on peut se repentir d'une bonne action comme d'une mauvaise.
Ce sens ordinaire subsiste dans le Nouveau Testament. Hébreux 12.17 dit d'Ésaü qu'il ne trouva pas « lieu de repentance » : la phrase vise peut-être le changement de décision d'Isaac, que les larmes d'Ésaü ne purent obtenir. Le mot conserve ici son sens premier de revirement.
Mais dans la plupart de ses emplois, μετάνοια reçoit un contenu nouveau, hérité de la prédication des prophètes d'Israël. Elle n'est plus seulement un changement d'opinion ni un regret : elle devient un retournement de toute l'existence vers Dieu, qui produit des « fruits » visibles. Le mot grec, intellectuel par sa forme, porte désormais l'idée hébraïque du retour.
Sens et emplois
Le retournement que prêche Jean-Baptiste
La repentance est l'objet du baptême de Jean et la préparation à la venue du Messie. Elle n'est authentique que si elle change la conduite.
« Produisez donc du fruit digne de la repentance, »Mt 3.8, Segond 1910
L'appel adressé aux pécheurs
Jésus définit sa mission comme un appel à la repentance adressé à ceux qui savent en avoir besoin. La repentance est une porte ouverte, et la joie du ciel l'accompagne.
« Je ne suis pas venu appeler à la repentance des justes, mais des pécheurs. »Lc 5.32, Segond 1910
Un don de Dieu
Les Actes et les épîtres présentent la repentance comme une grâce que Dieu accorde, aux Juifs comme aux païens. L'Église de Jérusalem le découvre avec étonnement après la conversion de Corneille.
« Dieu a donc accordé la repentance aussi aux païens, afin qu'ils aient la vie. »Ac 11.18, Segond 1910
Le fruit d'une tristesse selon Dieu
Paul distingue la tristesse qui mène à la repentance et au salut de celle qui ne mène qu'à la mort. La μετάνοια n'est pas le remords qui enferme, mais le chagrin qui ouvre.
« En effet, la tristesse selon Dieu produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais »2 Co 7.10, Segond 1910
Le changement de décision
Sens proche de l'usage grec ordinaire : un revirement, ici impossible. Ésaü ne parvient pas à faire revenir sur la bénédiction donnée à Jacob.
« car son repentir ne put avoir aucun effet. »Hé 12.17, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Le nom μετάνοια est presque absent de la Septante pour les livres traduits de l'hébreu ; on le trouve surtout dans les livres grecs tardifs comme la Sagesse et le Siracide. Le verbe μετανοέω y traduit le plus souvent nāḥam (H5162), « regretter, se raviser », souvent dit de Dieu qui renonce au malheur annoncé (Jl 2.13 ; Jon 3.10). Le grand verbe prophétique de la conversion, šûb, « revenir », est rendu, lui, par ἐπιστρέφω.
C'est donc dans le Nouveau Testament que les deux lignes se rejoignent. Quand Jean-Baptiste et Jésus proclament « Repentez-vous », c'est l'appel prophétique « Revenez » qui retentit sous le mot grec. Les Actes associent explicitement les deux vocabulaires : « Repentez-vous donc et convertissez-vous » (Ac 3.19). La Vulgate a rendu le mot par « paenitentia » et l'impératif par « paenitentiam agite », ce qui a donné « faites pénitence » et nourri une longue discussion. Segond traduit presque toujours par « repentance ».
Le débat
La μετάνοια est-elle un acte de pénitence, un changement de mentalité, ou le retournement complet de la personne vers Dieu ?
- Faire pénitence (Tradition latine médiévale, d'après la Vulgate) : La traduction « paenitentiam agite » (Mt 3.2 ; 4.17) a été comprise comme un appel à « faire pénitence », et rattachée au sacrement de pénitence, avec contrition, confession et satisfaction. La repentance prend la forme d'actes précis.
- Revenir à la raison, changer d'esprit (Érasme, Annotations sur le Nouveau Testament, 1516 ; Martin Luther, 95 thèses, 1517) : Érasme fait remarquer que le grec signifie « changer d'esprit », qu'il rend par « resipiscite ». Luther ouvre ses 95 thèses en affirmant que Jésus, en disant « faites pénitence », a voulu que toute la vie des croyants soit une repentance, et non un acte ponctuel.
- Une conversion de tout l'être (Johannes Behm, Theological Dictionary of the New Testament, vol. 4) : Behm montre que le sens néotestamentaire ne vient pas du grec classique mais de l'idée prophétique du retour (šûb) : il s'agit d'un changement radical d'orientation, à la fois intérieur et visible, qui engage la volonté entière face au Royaume qui vient.
Le débat de la Réforme a eu raison de rappeler que μετάνοια vise plus qu'un acte rituel : c'est une manière de vivre. Mais réduire le mot à un « changement de mentalité » serait aussi trop étroit. Les Évangiles demandent des fruits visibles, et les Actes parlent de conversion à Dieu : la lecture de Behm, qui réunit l'intérieur et l'extérieur, rend le mieux compte des textes.
Portée théologique
La repentance est le premier mot de la prédication de Jean-Baptiste, de Jésus et des apôtres. Elle n'a rien d'une humiliation morbide : elle est la réponse à une bonne nouvelle. « Le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez » (Mc 1.15) ; c'est parce que Dieu vient que l'on se retourne. Paul le dit à sa manière : c'est « la bonté de Dieu » qui pousse à la repentance (Rm 2.4), et non la peur. La joie du ciel pour un seul pécheur qui se repent (Lc 15.7) donne le ton.
Le Nouveau Testament tient ensemble deux affirmations. La repentance est demandée : elle doit porter des fruits concrets, dans la conduite, la justice et la réconciliation. Elle est aussi donnée : Dieu « a accordé la repentance aussi aux païens » (Ac 11.18). Pour la vie chrétienne, cela signifie que la repentance n'est pas un moment unique, au seuil de la foi, mais une orientation durable. La première des 95 thèses de Luther l'a formulé de manière mémorable : toute la vie des croyants est repentance. Paul ajoute une distinction précieuse pour l'accompagnement pastoral : la tristesse selon Dieu conduit au salut, tandis que la tristesse du monde enferme dans la mort.
Chaîne : L'appel à la repentance
- Éz 18.32 Convertissez-vous, et vivez : « Car je ne désire pas la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur, l'Éternel. Convertissez-vous donc, et vivez. »
- Jl 2.13 Déchirez vos cœurs : « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, Et revenez à l'Éternel, votre Dieu; Car il est compatissant et miséricordieux, Lent à la colère et riche en bonté, Et il se repent des maux qu'il envoie. »
- Jon 3.10 La repentance de Ninive : « Dieu vit qu'ils agissaient ainsi et qu'ils revenaient de leur mauvaise voie. Alors Dieu se repentit du mal qu'il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas. »
- Mt 3.8 Des fruits dignes : « Produisez donc du fruit digne de la repentance, »
- Mc 1.15 Le Royaume est proche : « Il disait: Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. »
- Lc 15.7 La joie du ciel : « De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance. »
- Lc 24.47 Prêchée à toutes les nations : « et que la repentance et le pardon des péchés seraient prêchés en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. »
- Ac 2.38 La réponse de la Pentecôte : « Pierre leur dit: Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. »
- Ac 11.18 Accordée aux païens : « Après avoir entendu cela, ils se calmèrent, et ils glorifièrent Dieu, en disant: Dieu a donc accordé la repentance aussi aux païens, afin qu'ils aient la vie. »
- Rm 2.4 La bonté qui pousse à la repentance : « Ou méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité, ne reconnaissant pas que la bonté de Dieu te pousse à la repentance? »
- 2 Co 7.10 La tristesse selon Dieu : « En effet, la tristesse selon Dieu produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais, tandis que la tristesse du monde produit la mort. »
- 2 P 3.9 La patience de Dieu : « Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance. »
Mots apparentés
- šûb שׁוּב : revenir, se convertir
- aphesis ἄφεσις : pardon, rémission, libération
- hamartia ἁμαρτία : péché
Autres mots du thème « Péché, mort et repentance »
- ḥaṭṭāʾt : péché ; sacrifice pour le péché
- ʿāwōn : iniquité, culpabilité
- pešaʿ : transgression, révolte
- šeʾôl : séjour des morts
- sarx : chair
- anomia : iniquité, mépris de la loi
- thanatos : mort
Bibliographie
- Johannes Behm et Ernst Würthwein, art. « νοέω, μετανοέω, μετάνοια », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 4.
- Moisés Silva (dir.), New International Dictionary of New Testament Theology and Exegesis (NIDNTTE), Grand Rapids, Zondervan, 2014, art. « μετανοέω ».
- Walter Bauer, Frederick W. Danker, A Greek-English Lexicon of the New Testament (BDAG), 3e éd., Chicago, 2000, art. « μετάνοια ».
- William L. Holladay, The Root šûbh in the Old Testament, Leiden, Brill, 1958.
- Martin Luther, Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum (95 thèses), Wittenberg, 1517.
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Pénitence-Conversion ».
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