šeʾôl שְׁאוֹל

Strong H7585 · nom propre de lieu (féminin) · séjour des morts · 66 occurrences

Le monde souterrain où descendent les morts dans la pensée de l'Ancien Testament : un lieu d'ombre, de silence et d'oubli, loin de la louange de Dieu. Mais Dieu y garde son pouvoir, et certains textes espèrent déjà en être arrachés.

Racine et étymologie

L'origine du mot šeʾôl reste incertaine, et il faut le reconnaître franchement. Le rapprochement le plus courant le rattache au verbe šāʾal, « demander, réclamer » : le Shéol serait celui qui réclame sans cesse, et les Proverbes le rangent justement parmi les choses insatiables (Pr 30.16). D'autres y voient un lien avec la consultation des morts, désignée par le même verbe. Une troisième hypothèse le relie à une racine signifiant « être creux ». Aucune n'est démontrée, et aucun équivalent sûr n'existe dans les langues voisines, ce qui surprend pour un mot aussi central.

Le mot s'emploie sans article, comme un nom propre, et le plus souvent avec un verbe de mouvement vers le bas : on « descend » au Shéol, on y est « précipité ». Il se trouve à l'opposé des cieux dans la géographie biblique : « Si je monte aux cieux, tu y es ; si je me couche au séjour des morts, t'y voilà » (Ps 139.8). Il est souvent associé à la « fosse » (bôr), à l'« abîme » ou à la « perdition » (ʾăbaddôn, Pr 15.11).

La plupart des emplois se trouvent dans la poésie : Psaumes, Job, Proverbes, Ésaïe. La Segond 1910 traduit presque toujours par « séjour des morts », une périphrase heureuse qui évite les connotations de l'« enfer » ; elle emploie parfois « sépulcre » (Ps 18.6).

Sens et emplois

  1. Le lieu où descendent les morts

    Le sens le plus simple : là où l'on va en mourant, juste ou méchant. Jacob, croyant Joseph mort, pense le rejoindre au Shéol, sans aucune idée de châtiment.

    « C'est en pleurant que je descendrai vers mon fils au séjour des morts! »Gn 37.35, Segond 1910
  2. Un monde sans louange ni activité

    Le Shéol est le lieu de l'oubli et du silence. Les psalmistes en tirent un argument pour supplier Dieu de les garder en vie : les morts ne le louent pas.

    « Car celui qui meurt n'a plus ton souvenir; Qui te louera dans le séjour des morts? »Ps 6.6, Segond 1910
  3. Une puissance avide et personnifiée

    Le Shéol est parfois décrit comme un monstre à la gueule ouverte, qui engloutit les puissants comme les foules. L'image vient d'un imaginaire proche-oriental où la Mort dévore.

    « C'est pourquoi le séjour des morts ouvre sa bouche, Elargit sa gueule outre mesure »És 5.14, Segond 1910
  4. Un lieu ouvert au regard de Dieu

    Contrairement aux mythologies voisines, aucun autre dieu ne règne sur le Shéol : il est « nu » devant l'Éternel. Nul ne peut s'y cacher de lui.

    « Si je monte aux cieux, tu y es; Si je me couche au séjour des morts, t'y voilà. »Ps 139.8, Segond 1910
  5. Le lieu dont Dieu délivre

    Certains textes expriment l'espérance que Dieu ne livrera pas le fidèle au Shéol, ou qu'il l'en fera remonter. Pierre lira ce verset comme une annonce de la résurrection du Christ (Ac 2.27).

    « Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption. »Ps 16.10, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Les traducteurs de la Septante ont rendu šeʾôl presque toujours par ᾅδης, le nom grec du monde souterrain (à l'origine le dieu Hadès lui-même). Le choix était naturel, mais il a introduit des connotations grecques : l'Hadès des poètes est un royaume organisé, gouverné par un dieu, alors que le Shéol biblique n'a d'autre maître que l'Éternel.

Dans le Nouveau Testament, ᾅδης est rare mais significatif. Pierre cite le Psaume 16 : « tu n'abandonneras pas mon âme dans le séjour des morts » (Ac 2.27). Jésus promet que « les portes du séjour des morts » ne prévaudront pas contre l'Église (Mt 16.18), et le Ressuscité déclare tenir « les clefs de la mort et du séjour des morts » (Ap 1.18). La parabole du riche et de Lazare (Lc 16.23) montre une évolution : l'Hadès y est déjà différencié, avec un lieu de tourments distinct du « sein d'Abraham ». Il ne faut pas confondre l'Hadès avec la géhenne (γέεννα), lieu du jugement final. La Vulgate a traduit par « infernus », d'où l'« enfer » des anciennes traductions, source de bien des malentendus.

Le débat

Le Shéol est-il le destin commun de tous les morts, une simple désignation de la tombe, ou le sort réservé surtout aux méchants et aux morts malheureuses ?

Les textes ne livrent pas une doctrine systématique. Jacob envisage le Shéol pour lui-même, ce qui contredit une lecture trop restrictive ; mais Johnston et Levenson ont raison de noter que le mot surgit surtout dans la détresse et le jugement. Plutôt qu'un lieu décrit, le Shéol est le nom de la mort comme séparation d'avec Dieu, ce qui explique que l'espérance porte justement sur l'en être arraché.

Portée théologique

Le Shéol dit la mort avec une sobriété qui étonne le lecteur moderne. L'Ancien Testament ne la romantise pas et n'invente pas un au-delà consolant : la mort est descente, silence, coupure d'avec le culte et la louange. « Ce n'est pas le séjour des morts qui te loue », prie Ézéchias (És 38.18). Cette franchise a une portée pastorale : elle autorise la plainte devant la mort et rappelle que la vie présente, avec ses relations et sa louange, est un don à recevoir.

Pourtant, le Shéol n'échappe pas au Dieu d'Israël. « L'Éternel fait mourir et il fait vivre ; il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter » (1 S 2.6). Aucun dieu rival n'y règne ; le Seigneur peut y tendre la main. De là naît une espérance qui grandit au fil des textes : « Dieu sauvera mon âme du séjour des morts » (Ps 49.16), « Je les rachèterai de la puissance du séjour des morts » (Os 13.14). Le Nouveau Testament y voit l'annonce de la résurrection : le Christ n'a pas été abandonné à l'Hadès, et il en tient désormais les clefs. Paul reprend Osée pour chanter la victoire sur la mort (1 Co 15.55).

Chaîne : Du séjour des morts aux clefs du Ressuscité

  1. Gn 37.35 Le deuil de Jacob : « Tous ses fils et toutes ses filles vinrent pour le consoler; mais il ne voulut recevoir aucune consolation. Il disait: C'est en pleurant que je descendrai vers mon fils au séjour des morts! Et il pleurait son fils. »
  2. 1 S 2.6 Il fait descendre et remonter : « L'Éternel fait mourir et il fait vivre. Il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter. »
  3. Jb 14.13 Caché jusqu'à la fin de la colère : « Oh! si tu voulais me cacher dans le séjour des morts, M'y tenir à couvert jusqu'à ce que ta colère fût passée, Et me fixer un terme auquel tu te souviendras de moi! »
  4. Ps 16.10 Tu ne m'abandonneras pas : « Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption. »
  5. Ps 49.16 Dieu rachète mon âme : « Mais Dieu sauvera mon âme du séjour des morts, Car il me prendra sous sa protection. -Pause. »
  6. Ps 139.8 Même là, tu y es : « Si je monte aux cieux, tu y es; Si je me couche au séjour des morts, t'y voilà. »
  7. Ec 9.10 Ni œuvre ni pensée : « Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le; car il n'y a ni œuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts, où tu vas. »
  8. És 38.18 Les morts ne louent pas : « Ce n'est pas le séjour des morts qui te loue, Ce n'est pas la mort qui te célèbre; Ceux qui sont descendus dans la fosse n'espèrent plus en ta fidélité. »
  9. Os 13.14 Séjour des morts, où est ta destruction ? : « Je les rachèterai de la puissance du séjour des morts, Je les délivrerai de la mort. Ô mort, où est ta peste? Séjour des morts, où est ta destruction? Mais le repentir se dérobe à mes regards! »
  10. Mt 16.18 Les portes ne prévaudront pas : « Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. »
  11. Ac 2.27 Pierre lit le Psaume 16 : « Car tu n'abandonneras pas mon âme dans le séjour des morts, Et tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption. »
  12. Ap 1.18 Les clefs de la mort : « et le vivant. J'étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts. »

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Bibliographie

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