pešaʿ פֶּשַׁע

Strong H6588 · nom masculin · transgression, révolte · 93 occurrences

La faute comme rupture délibérée d'une relation : on se dresse contre celui à qui l'on doit fidélité ou on porte atteinte à son droit. C'est le mot le plus fort de l'hébreu pour le péché, et pourtant Dieu le pardonne.

Racine et étymologie

Le verbe pāšaʿ (H6586) appartient d'abord au langage politique. Quand un vassal cesse de reconnaître son suzerain, le texte dit qu'il « se révolte » : « Moab se révolta contre Israël, après la mort d'Achab » (2 R 1.1) ; « Édom se révolta contre l'autorité de Juda » (2 R 8.20). Le schisme des dix tribus est décrit de la même manière : « Israël s'est détaché de la maison de David » (1 R 12.19). Le péché désigné par cette racine n'est donc pas une erreur ou une faiblesse, mais une rupture consciente d'un lien d'allégeance.

Les prophètes transposent ce vocabulaire dans la relation entre Dieu et son peuple. Ésaïe ouvre son livre par un procès : « J'ai nourri et élevé des enfants, mais ils se sont révoltés contre moi » (És 1.2). Osée parle d'Israël qui a « violé mon alliance, et transgressé ma loi » (Os 8.1). Amos, avec ironie, invite à aller « pécher » à Béthel (Am 4.4) : le culte lui-même devient révolte quand il couvre l'injustice.

Le nom pešaʿ n'est cependant pas cantonné à la politique. Dans le Code de l'alliance, il désigne une « affaire frauduleuse » portant sur un bœuf, un âne ou un vêtement (Ex 22.9) : l'atteinte au bien d'autrui. Entre personnes, il nomme l'offense qui brise la confiance, comme celle de Jacob envers Laban ou des frères envers Joseph. Toujours, il suppose une relation et une volonté qui la rompt.

Sens et emplois

  1. L'offense contre une personne

    Le mot désigne d'abord le tort fait à quelqu'un avec qui l'on est lié. Jacob, accusé de vol, demande à Laban de nommer sa faute ; ailleurs, les frères implorent le pardon de Joseph pour leur « crime ».

    « Quel est mon crime, quel est mon péché, que tu me poursuives avec tant d'ardeur? »Gn 31.36, Segond 1910
  2. L'atteinte au droit d'autrui

    Dans la loi, pešaʿ qualifie un litige de propriété où l'un s'est approprié le bien de l'autre. Le mot appartient alors au vocabulaire juridique du délit.

    « Dans toute affaire frauduleuse concernant un bœuf, un âne, un agneau, un vêtement, ou un objet perdu »Ex 22.9, Segond 1910
  3. Les crimes des nations

    Amos ouvre son livre par une série d'oracles « à cause de trois crimes, même de quatre ». Les nations païennes sont jugées pour leurs atrocités, puis Juda et Israël pour leur infidélité et leur injustice.

    « À cause de trois crimes de Damas, Même de quatre, je ne révoque pas mon arrêt »Am 1.3, Segond 1910
  4. La révolte contre Dieu

    Le sens théologique dominant : le péché comme rébellion du vassal contre son souverain. Michée identifie le « crime de Jacob » à la capitale elle-même, siège d'un culte et d'une politique infidèles.

    « Quel est le crime de Jacob? n'est-ce pas Samarie? »Mi 1.5, Segond 1910
  5. La transgression avouée et pardonnée

    Le mot le plus grave est aussi celui que les psaumes de pénitence associent le plus au pardon. L'aveu de la révolte ouvre sur la joie du pardon.

    « Heureux celui à qui la transgression est remise, À qui le péché est pardonné! »Ps 32.1, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante n'a pas de traduction fixe pour pešaʿ. On y trouve ἀσέβεια (« impiété »), ἀνομία (« iniquité, mépris de la loi »), ἁμαρτία, ἀδικία et parfois ἀθέτησις (« rejet, rupture »). Cette dispersion montre que les traducteurs grecs ne disposaient pas d'un mot qui dise à la fois la révolte politique et la faute morale. Le Psaume 32.1 devient ainsi « Heureux ceux dont les iniquités (ἀνομίαι) sont pardonnées », forme que Paul cite en Romains 4.7.

Le Nouveau Testament n'a donc pas d'équivalent unique de pešaʿ, mais il en garde l'idée par d'autres mots : παράβασις, « transgression », chez Paul (Rm 5.14 parle de la transgression d'Adam) ; ἀσέβεια, « impiété » (Rm 1.18) ; et l'image du fils qui rompt avec son père dans la parabole de Luc 15. La Vulgate emploie « scelus », « praevaricatio » ou « delictum ». Segond varie beaucoup : « transgression », « crime », « révolte », « rébellion », « péché ».

Le débat

Le pešaʿ est-il d'abord une « révolte » d'ordre politique contre un souverain, ou un « délit » qui brise une relation de droit ?

Les deux lectures s'accordent sur l'essentiel : pešaʿ suppose une relation et une volonté qui la brise. Knierim a raison de ne pas tout ramener à la révolte des vassaux, car les emplois juridiques et familiaux sont anciens. Mais dans les Prophètes, où Dieu est le souverain d'alliance, la nuance de rébellion est bien présente. « Transgression » ou « révolte » conviennent selon le contexte, pourvu qu'on garde l'idée d'une rupture voulue.

Portée théologique

Avec pešaʿ, le péché prend son visage le plus sérieux : non une faiblesse ni une maladresse, mais un refus. Le peuple que Dieu a « nourri et élevé » se dresse contre lui comme un vassal ingrat contre son suzerain. Ce vocabulaire interdit de réduire le péché à une simple infraction à des règles : c'est une relation personnelle qui est brisée, et brisée volontairement. Les oracles d'Amos montrent que cette révolte se manifeste très concrètement, dans la vente du pauvre et le mépris du juste.

C'est précisément ce mot, le plus dur, que les textes associent le plus fortement au pardon. Le Dieu du Sinaï se présente comme celui qui « pardonne l'iniquité, la rébellion et le péché » ; le Psaume 32 proclame heureux celui dont la transgression est remise ; Ésaïe entend Dieu dire : « C'est moi, moi qui efface tes transgressions pour l'amour de moi. » Le Serviteur, enfin, est « blessé pour nos péchés », littéralement pour nos révoltes. La prédication peut tenir ensemble ces deux pôles : on ne mesure la grandeur de la grâce qu'en prenant la révolte au sérieux.

Chaîne : De la révolte au pardon

  1. Gn 50.17 Joseph et le crime de ses frères : « Vous parlerez ainsi à Joseph: Oh! pardonne le crime de tes frères et leur péché, car ils t'ont fait du mal! Pardonne maintenant le péché des serviteurs du Dieu de ton père! Joseph pleura, en entendant ces paroles. »
  2. Ex 34.7 Le Dieu qui pardonne la rébellion : « qui conserve son amour jusqu'à mille générations, qui pardonne l'iniquité, la rébellion et le péché, mais qui ne tient point le coupable pour innocent, et qui punit l'iniquité des pères sur les enfants et sur les enfants des enfants jusqu'à la troisième et à la quatrième génération! »
  3. Lv 16.21 Les transgressions confessées : « Aaron posera ses deux mains sur la tête du bouc vivant, et il confessera sur lui toutes les iniquités des enfants d'Israël et toutes les transgressions par lesquelles ils ont péché; il les mettra sur la tête du bouc, puis il le chassera dans le désert, à l'aide d'un homme qui aura cette charge. »
  4. Ps 32.1 Heureux le pardonné : « De David. Cantique. Heureux celui à qui la transgression est remise, À qui le péché est pardonné! »
  5. Ps 51.3 Efface mes transgressions : « Au chef des chantres. Psaume de David. Lorsque Nathan, le prophète, vint à lui, après que David fut allé vers Bath-Schéba. Ô Dieu! aie pitié de moi dans ta bonté; Selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions; »
  6. Ps 103.12 Aussi loin que l'orient de l'occident : « Autant l'orient est éloigné de l'occident, Autant il éloigne de nous nos transgressions. »
  7. És 1.2 Des enfants révoltés : « Cieux, écoutez! terre, prête l'oreille! Car l'Éternel parle. J'ai nourri et élevé des enfants, Mais ils se sont révoltés contre moi. »
  8. És 43.25 Je les efface pour l'amour de moi : « C'est moi, moi qui efface tes transgressions pour l'amour de moi, Et je ne me souviendrai plus de tes péchés. »
  9. És 53.5 Blessé pour nos transgressions : « Mais il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. »
  10. Am 2.6 Les crimes d'Israël : « Ainsi parle l'Éternel: À cause de trois crimes d'Israël, Même de quatre, je ne révoque pas mon arrêt, Parce qu'ils ont vendu le juste pour de l'argent, Et le pauvre pour une paire de souliers. »
  11. Rm 4.7 Paul cite le Psaume 32 : « Heureux ceux dont les iniquités sont pardonnées, Et dont les péchés sont couverts! »

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Bibliographie

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